Space Marine, dans le sang et les larmes… mais surtout dans le sang

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Gears of War s’inspirait de l’univers de Warhammer 40K, Space Marine s’inspire de Gears of War… la boucle est bouclée.

Clone

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Les forces du Chaos arrivent trop tardivement dans la campagne… trop d’orks tue l’ork.
Vous le savez désormais, je suis un fan inconditionnel de l’univers Warhammer 40K ; je ne vais pas revenir dessus, je me suis suffisamment épanché sur le cas, dans ma critique du misérable Kill Team. Et malgré la douche froide qui calma l’enthousiasme que j’éprouvais pour ce jeu XBLA, je ne pouvais m’empêcher d’être plus fébrile encore, dans l’attente de ce nouvel hommage à l’univers futuriste de GamesWorkshop. Il faut dire que j’étais intimement persuadé que je prendrais mon pied, qu’importent ses défauts. Car il ne faut pas se leurrer, si les previews étaient plutôt bonnes et si le statut de clone de Gears of War me mettait la puce à l’oreille quant au potentiel du titre, le passif du studio en terme d’action (The Outfit) ne laissait guère planer le doute sur les lacunes qui ne manqueraient pas de pourrir le jeu. Ceci étant, je dois bien avouer que je m’attendais à pire. Car le problème de Space Marine réside avant tout dans son illustre modèle, Gears of War. En effet, si les UltraMarines n’utilisent pas le cover comme ces lavettes de Marcus et Dom, ils leur empruntent quasiment toutes les autres mécaniques de jeu.

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que les cinématiques n’ont rien de sexy…
Du coup, la comparaison est inévitable tout au long de l’aventure, et elle n’est pas toujours très flatteuse. A commencer par les graphismes d’ailleurs. Car si Gears of War est un maitre-étalon en la matière, Space Marine est loin du compte, avec des textures plutôt pauvres et passe-partout, et un level design peu inspiré, multipliant les bourdes de type mur invisible et autres joyeusetés du genre qui ne devraient plus avoir cure en 2011. Mais le plus déroutant dans le titre de Relic, c’est surtout le manque de rythme de la campagne solo. Là où d’autres font monter la sauce crescendo, Space Marine manque d’ambition et se contente d’enchainer les vagues d’ennemis, dans des situations qui peinent à se renouveler. Il n’y a guère que l’arrivée (tardive) des forces du Chaos pour pimenter un peu le jeu, presque pile poil au moment où on commençait à se lasser de découper de la vermine ork.

Brutal

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Comme Dragon Age, le sang macule l’armure du héros. Mais contrairement à Dragon Age, il finit par disparaitre, ce qui évite d’être ridicule.
Malgré tout, Space Marine reste à mon sens, un titre incontournable pour les fans de l’univers ; et un titre relativement plaisant à jouer pour les autres. Ce qui le sauve, c’est clairement sa brutalité outrancière, qui éveille le serial killer qui réside en chaque joueur. De ce point de vue-là, le titre n’a rien à envier à Gears, et multiplie les gerbes de sang et les exécutions sauvage, à coup de tronçonneuse dans les gencives ou de marteau sur la gueule. Comble du bon goût, les corps encore fumant des hordes d’orks annihilées, gisent au sol, nous forçant à piétiner le charnier verdâtre que devient parfois le champ de bataille. C’est immersif au possible, et puis voir tous ces corps mutilés de votre main, c’est comme une œuvre d’art morbide, on en ressent une certaine fierté. D’autant plus que le jeu se paie le luxe de ne jamais ramer, malgré la présence récurrente à l’écran de plusieurs dizaines d’ennemis déchainés (en même temps, il use habilement du slow motion pour s’assurer un framerate convenable).

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La tronçonneuse fait irrémédiablement penser à Gears of War (même si c’est Gears qui l’a pompé), mais son utilisation est radicalement différente.
D’ailleurs dans l’ensemble, le jeu est plutôt bien maitrisé par ses développeurs. Alors oui, le level design aurait pu être plus imaginatif et la campagne manque de rythme ; sans parler du fait qu’il n’invente pas grand-chose. Mais malgré tout, ce qu’il fait, il le fait bien. Le gameplay est solide et le feeling réussi, que ça soit en qualité de shooter ou lors des rixes au corps à corps. Il me fait d’ailleurs penser à une sorte de mix entre Gears pour le shoot et Viking, pour la brutalité des combats de mélée. L’I.A. ennemie est dans la moyenne du genre, noyant ses lacunes par le nombre. Et puis ce sont des orks, du coup qu’ils soient un peu bêtes ne gêne en rien. Il en va par contre autrement de l’I.A. alliée, souvent à la traine. Mais il faut reconnaître que leur immortalité est parfois utile, lorsqu’on recule pour les laisser seuls sur le front, histoire d’atomiser en toute sérénité, comme une petite pute de planqué, les ennemis à distance, occupés avec nos équipiers.

Gears du pauvre

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Comme 140% des shooters, Space Marine propose sa séquence de rail shooting chiante comme la mort. Le Rail Shooting, c’est le MAL !
Space Marine est clairement un jeu qui manque de moyens, d’ambition. Dans tous les secteurs de jeu, il se contente de remplir les conditions minimum pour plaire. Le constat le plus flagrant concerne le scénario et la mise en scène. Certes, l’histoire est balisée de codes qui parleront aux fans de l’univers (beaucoup moins aux autres), ce côté médiévalo-futuriste et tout ce que ça implique socialement et religieusement, mais elle peine à passionner, dépourvue qu’elle est de diversité et de moments épiques. C’est d’autant plus vrai que la mise en scène, et ses cinématiques molles du genou, et le level design trop quelconque, ne pousse pas à l’impression de démesure. Encore une fois, c’est d’autant plus évident lorsqu’on le compare à Gears of War, avec lequel il partage cette passion pour l’architecture baroque et les vaches normandes. L’un nous en met plein la vue à chacun de nos pas, l’autre nous enferme dans une certaine monotonie environnementale.

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On se retrouve très souvent submergé… et ça, c’est quand même bien kiffant.
Mieux vaut ne pas être trop exigeant donc, pour jouer à Space Marine. Certains feront fi de sa réalisation pâlotte et de sa redondance, pour ne retenir que le plaisir coupable de tailler dans le Space Ork, le sourire aux lèvres. D’autres, au contraire, s’ennuieront ferme et lui préfèreront une énième nouvelle partie sur les deux premiers Gears, histoire de se remettre dans l’ambiance à quelques jours du troisième volet. Moi en tout cas, j’ai passé du bon temps sur ce jeu… plus que sur Deus Ex, mais à priori je suis le seul à m’y être ennuyé. Du coup, il est peut-être préférable de ne pas donner de crédit à mon avis. Mais si vous êtes joueur, vous pouvez toujours essayer l’occase. A moins que vous ne vouliez jouer en ligne, bien sûr… Online Pass oblige.

C’est certain, mieux vaut être fan de l’univers Warhammer 40K pour apprécier ce titre à sa juste valeur. Clone un peu au rabais de Gears of War, il offre ce plaisir coupable, violent et brutal, qu’a du ressentir DSK dans la chambre du Sofitel.

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