Après de multiples reports, le superbe jeu des chypriotes Sad Cat Studios a fini de nous faire languir et peut enfin nous brûler la rétine…
Annoncé en 2021 et reporté à de multiples reprises, Replaced figurait en bonne place dans ma wishlist depuis toutes ces années, et j’avais un peu peur qu’il nous fasse une The Last Night en disparaissant purement et simplement de nos agendas. C’est dire comme j’étais à la fois enthousiaste de le voir enfin sortir, comme inquiet du produit final qui nous serait délivré, les nombreux reports n’étant jamais gage de qualité dans ce milieu. J’étais d’autant plus inquiet que les premiers retours de la presse à sa sortie étaient plutôt mitigés, relevant notamment des problèmes de bugs, de rythme ou de lisibilité. Mais bon, ce ne serait pas la première fois que la presse « professionnelle » raconte n’importe quoi (surtout ceux qui rushent pour sortir leurs tests day one) ; il fallait donc que j’en ai le cœur net…
Le monde selon ChatGPT

L’action de Replaced se passe dans une Amérique dystopique des années 80, où un accident nucléaire survenu 40 ans plus tôt a contaminé une grande partie du territoire. C’est dans ce contexte qu’est né le Projet Phoenix, visant à soigner les populations irradiées en remplaçant les organes touchés via des donations consentantes. C’est à une IA, baptisée R.E.A.C.H., qu’on a confié le soin de gérer ces donations, en mettant en correspondance les demandeurs et les donneurs. Très vite, la notion de consentement a vrillé et les inégalités, voire la cruauté a pris le pas sur les bonnes intentions. Phoenix, la ville abritant le projet éponyme, s’est alors recroquevillée à l’abri d’un mur gigantesque érigé en barrière autant physique que sociale, entre la caste de privilégiés et les rebuts, les jetables comme on les appelle, ces pauvres hères qu’on a privé d’organes, voire de membres. Mais suite à un accident survenu dans le laboratoire abritant REACH, l’I.A. se voit contrainte de trouver refuge dans le corps de Warren, son créateur, et se retrouve curieusement chassée et pourchassée hors des murs de Phoenix. C’est là, au milieu des populations défavorisées qu’elle va découvrir l’ampleur des conséquences de ses décisions et remettre en question toute son existence.

J’ai lu pas mal de choses sur le scénario de Replaced, que d’aucuns trouvaient sans saveur et plutôt banal, et j’avoue ne pas trop comprendre la critique. Alors certes, il ne marquera pas notre expérience de joueur pendant des décennies ni ne sera cité en exemple pour ses cliffhanger de fou ou sa portée dramatique. Mais s’il fallait pointer du doigt tous les jeux dont le scénario n’est pas inoubliable, ils ne seraient pas nombreux à échapper au pilori. En l’état, j’ai trouvé le scénario plutôt au-dessus de la moyenne, avec un écho tout particulier sur les problématiques liées à l’Intelligence Artificielle et ses dérives qui frappent de plein fouet notre société actuelle. Mais c’est surtout tout le travail effectué sur le lore, par les différentes petites histoires et les points de détails glanés ci et là façon collectibles, qui apportent de la profondeur à l’univers ; même si ça demande un effort particulier pour se discipliner à les lire. Reste quelques incohérences, plutôt liées au gameplay pour le coup, puisque j’ai un peu de mal à comprendre comment un scientifique scotché à son bureau H24 peut avoir pu se sculpter un corps rompu au combat et aux acrobaties en tous genres, voire capable de supporter une chute de plusieurs mètres sans se péter une cheville.
Melting pot

Et justement, je prends au vol la perche que me tends moi-même avec cette superbe transition (oui, je m’envoie des fleurs) pour évoquer le gameplay de Replaced, qui mélange habilement les genres tout au long de son aventure. En effet, le jeu prend principalement des airs de walking sim à la Playdead (Limbo/Inside), avec son lot de plateforme et de puzzles simplifiés pour ne pas trop entraver la progression. On grimpe, on saute, on se balance en débloquant des nouvelles fonctionnalités au fur et à mesure de notre progression. Bref, du grand classique qui ne réinvente pas la roue mais fait dans l’efficacité. Certaines séquences prennent parfois des allures de Die & Retry, à cause d’une lisibilité pas toujours évidente quand on mêle obscurité à pixel art, mais rien de rédhibitoire pour autant ; en tout cas on est loin des critiques négatives que j’ai pu lire à ce sujet. Il n’y a véritablement qu’une seule scène que j’ai trouvée pénible à jouer, après une petite dizaine d’heures, où il fallait enchainer des sauts au millimètres dans un timing à la microseconde. Mais c’est plutôt anecdotique.


A côté de cette mécanique principale, Replaced s’agrémente d’une bonne dose de beat’em all aux allures de Mother Russia Bleeds mais au gameplay plutôt emprunté aux Batman Arkham Asylum & co, avec un sens du timing et de la chorégraphie presque plus importants que les combinaison de boutons et la lecture des pattern. On trouve aussi des séquences très Point & Click, axées autour de l’exploration et de l’observation via tout un tas de quêtes annexes disséminées dans les zones pacifiques du jeu. Ces quêtes étoffent généralement le lore, que ça soit via les dialogues où les objets trouvés, et parfois vous feront même gagner des demi-cœurs façon Zelda ou toutes sortes de bonus liés aux combats (l’énergie de votre flingue qui se régénère plus vite, etc.). Enfin, le jeu lorgne aussi et surtout même, ai-je envie de dire, du côté des films interactifs du type Dragon’s Lair ou Fahrenheit, pour chorégraphier son action. Le résultat de tout ce gloubi-boulga qui aurait pu se prendre les pieds dans le tapis, est finalement aussi surprenant que réussi selon moi, porté qui plus est par une réalisation à couper le souffle.
Du Pixel Grand Art

J’en ai vu des beaux jeux dans ma vie, souvent qualifiés ainsi pour le niveau de leurs textures, de leurs effets spéciaux (ray tracing, tout ça tout ça) ou leur aspect photoréaliste. J’ai aussi vu pas mal de beaux jeux en pixel art, comme The Drifter dernièrement (pour ne citer que lui). Mais je pense n’avoir jamais été aussi impressionné que je l’ai été par Replaced. C’est sans aucun doute le plus beau jeu en pixel art jamais vu jusqu’à maintenant, et probablement l’une des plus belles mises en scène du jeu vidéo. Outre l’aspect ultra chiadé et détaillé de chaque plan, les développeurs n’ont de cesse de jouer avec la lumière, les mouvements de caméra et les scripts bien placés, pour transformer l’expérience en véritable film interactif, mais vraiment interactif (pas ces ersatz de jeu à base de QTE pour faire genre tu joues). Il y a des faux airs de Naughty Dog dans ce Replaced j’ai trouvé ; du moins, j’y ai retrouvé ce goût pour la mise en scène punchy.

Bref, une fois encore je ne suis pas en adéquation avec les premiers tests publiés par la presse. Tous les goûts sont dans la nature vous me direz, et je n’ai semble-t-il clairement pas les mêmes qu’eux. D’ailleurs j’ai des goûts de chiottes si on écoute les membres de la rédac’ accro à Arc Raiders. Toujours est-il que j’ai adoré les heures passées aux côtés de Warren et REACH, à sauter de plateforme en plateforme et casser du cyber flic (ACAB !). Le titre de Sad Cat Studios a ses défauts, je ne vais pas le nier : une lisibilité pas toujours au top, des séquences de Point & Click qui aurait pu demander plus de réflexion, mais malgré tout la magie opère, et lorsqu’en fin d’année je réfléchirais à nommer mon GOTY, Replaced sera probablement en ballottage favorable.
Jeu acheté sur PC par mon assistant I.A. personnel, a qui j’ai confié la gestion de mon compte bancaire.
