Spartacus : Plaisirs Coupables

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En me lançant dans la série Spartacus avec 10 ans de retard et pas mal d’a priori, je m’attendais à tomber sur une belle bouse pour beauf. Et s’il y a définitivement un peu de ça, c’est aussi une des meilleures séries de l’histoire.

J’en rajoute peut-être un poil par provocation et pour attirer le chaland, mais même pas tant que ça en fait. Petite mise en situation avant que vous ne me jugiez si ça n’est pas déjà le cas : nous sommes fin 2020, on est en plein second confinement, je télétravaille depuis 8 mois, il arrive un moment où j’ai un peu fait le tour des séries qui me branchaient sur Netflix / Amazon / OCS. En plus je ne cherche pas forcément n’importe quelle série, mais un truc pas trop prise de tête que je puisse regarder en mangeant. Je ne sais plus exactement comment les planètes se sont alignées pour que mon algorithme mental fixe son choix sur Spartacus (dispo sur Netflix). Il faut dire que peut-être comme la plupart d’entre vous, j’avais plutôt un assez gros a priori négatif sur cette série de gladiateurs aux allures de 300 version Direct-To-DVD avec une esthétique à la fois cheapos et racoleuse. Pourtant donc je me lance dans cette série B péplum sans conviction en me disant qu’au pire ça fera un peu de distraction à coups de combats au glaive et de nichons qui se baladent dans un Lupanar.

Spartacus : effets spéciaux
Il faut un peu s’accrocher au début pour passer outre les effets spéciaux cheapos

Le début est un peu moins pire que ce que je pensais. Sans trop spoiler je pense que je peux dire qu’on retrouve donc le héros de l’histoire, un guerrier Thrace plein de fougue, d’honneur et d’amour pour sa femme qui au bout de quelques péripéties se retrouve séparé de sa dulcinée, réduit en esclavage et forcé à se battre en tant que gladiateur dans l’arène. Une introduction pas foncièrement subtile ni très originale, mais ça se laisse regarder. Je prends même un petit plaisir à regarder de haut et au second degré cette débauche d’artifices grossiers : des hectolitres d’hémoglobine factice à la moindre entaille, un usage ultra abusif du ralenti, de la nudité totalement gratuite… tout y passe avec l’impression de regarder un pastiche aux décors carton-pâte ou plutôt écran vert devant lesquels les ¾ de la série ont dû être tournés. Les épisodes sont des enchainements de clichés qui peinent à se renouveler, mais ça en devient même marrant.

Spartacus : petits ou gros seins ?
Vous êtes plutôt petits ou gros seins ? Quoiqu’il en soit Spartacus saura vous divertir à ce niveau

Spartacus qui ne se fait pas encore appeler comme tel se retrouve donc dans une écurie de gladiateurs propriété de Batiatus, un romain de faible ascendance mais aux fortes ambitions, épaulée par sa femme Lucretia (Lucy « Xena » Lawless) tout aussi ambitieuse et fourbe mais plus décolletée. La troupe de gladiateurs est formée de combattants hauts en couleurs menés par le très expressif (sarcasme) gaulois Crixus. Il règne dans le Ludus (caserne de gladiateurs) du Laniste (marchand / propriétaire de gladiateurs, oui j’ai décidé de donné une petite touche éducative à cet article) une ambiance qui tient à la fois du vestiaire sportif avec ses blagues potaches, de prison avec ses codes établis, de cour d’école avec ses commérages et règlement de compte à deux balles et de backroom de hammam gay avec ces messieurs qui passent la moitié de leur temps à s’huiler les muscles saillants les uns des autres. Entre deux complots et deux orgies, on retrouve donc nos chers gladiateurs dans l’arène à combattre dans une version gore et armée de la WWE avec des chorégraphies un peu grotesques, mais bon quand même distrayantes et pas prise de tête ce qui était le but que je cherchais à la base, je vous le rappelle. Il y a donc malgré tout dans cette première saison un assez bon équilibre entre intrigues, cul, combat et progression des personnages.

Spartacus et Gannicus
C’est toi qui as volé mes billes, hein ?!

Car oui malgré tout ce divertissement décérébré commence un peu à tourner en rond au bout du Xième combat dans l’arène, de la Xième scène d’orgie, de la Xième manigance. Sauf que donc en dépit de tout ça, de tout cet aspect formel assez primaire, la série tisse petit à petit une toile narrative de plus en plus dense, sérieuse et prenante. Arrivé à la fin de la première saison Spartacus n’est plus que le défouloir primitif que je croyais, mais se mue en une véritable fresque historique et dramatique… avec quand même toujours du (faux) sang, du cul et des passages à la limite du ridicule.

Spartacus : Lucretia
On peut aussi combattre en toge à coups de manigances

La deuxième saison prend une direction à première vue assez déroutante, mais au final totalement justifié prouvant le génie quasi-total de cette œuvre parfaitement maitrisée. Oui je m’emballe encore un peu dans l’emphase, mais au bout des quatre saisons qui forment la série je le dis sans sourciller, Spartacus est une des meilleures séries que j’ai vues. Ou en tout cas l’une de celles qui m’a le plus happé et surpris alors que je ne m’y attendais pas. Les auteurs ont su élaborer un character development très poussé pour à peu près tous les personnages avec des arcs très bien pensés et ce parfois sur le fil des 4 saisons avec des destins qui se s’entremêlent avec quelques ficelles pas toujours fines, mais globalement avec un vrai sens de la cohérence et de la densité narrative, le tout sans s’éparpiller et en se renouvellant même. Malgré sa forme tellement tapageuse qu’elle peut en devenir repoussante, Spartacus offre au spectateur bien plus que ce qu’il est venu chercher avec une vraie dimension psychologique, historique, socio-politique. Un peu comme une bimbo qui s’avèrerait cultivée et malicieuse sous le maquillage et la mini-jupe (enfin je me comprends). La série est ultra violente, sûrement la série la plus violente qui soit, mais si cette violence est purement gratuite au début, elle prend petit à petit un sens plus profond permettant même un certain degré de réflexion pour peu qu’on regarde un peu au-delà des effets gores pour réfléchir deux secondes à la question de la légitimité et de l’inexorabilité de la violence dans les luttes politiques et personnelles. Du coup on dépasse un peu le cadre que j’avais fixé dans ma quête d’une série pas prise de tête, sauf que sans être prise de tête, Spartacus est une série tellement addictive qu’elle est passée de série que je regarde en bouffant à série de quatre saisons que j’ai binge watchée en un mois.

Spartacus au ralenti
La série abuse clairement des ralentis…
Spartacus : du sang !
…et du faux sang

Tout au long de ces quatre saisons il se passe un milliard de choses, avec des intrigues, des retournements de situation, des évolutions de personnages, de l’amour, de la bagarre, du sexe, de la trahison, de la réconciliation, de la vengeance, de la ruse, de la colère, de la justice… Alors oui c’est peut-être un peu moins fin que Breaking Bad, moins épique de Game Of Thrones, mais je ne me suis pas ennuyé une minute pendant quatre saisons (le début de la 3 patine un petit peu quand même pour être honnête). J’avoue avoir pris plaisir à suivre cette épopée, cette galerie de personnages, à me moquer de la mise en scène, du jeu des acteurs, des dialogues aussi pour ce qui est un peu comme The Last Kingdom (mais avec moins de moyens) tout simplement l’une des meilleures séries pop-corn qui soit et je ne saurais que trop vous conseiller de vous y mettre et de lui laisser le temps de vous convaincre si comme moi vous l’aviez jugée un peu hâtivement sur ses atours. Spartacus c’est n’importe quoi, mais c’est génial au second et au premier degré.

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