Mahō Shōjo Madoka Magika, les Magical Girls désenchantées

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Quoi de mieux qu’un Ovni de la Jap’anime pour mon dépucelage vékatrien extra-jeux vidéo ?!

Rose Bonbon

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Une belle brochette de Magical Girls, tout ce qu’il y a de plus classiques.
Magical Girl : C’est un genre bien spécifique de la Jap’anime, qui met en scène de très jeunes filles aux pouvoirs magiques divins, dans un océan de cœurs et de rose bonbon. Ils sont destinés aux petites filles (ou, au pire, aux pervers pédophiles), un peu comme Oui-Oui se destine aux petits garçons. Bref, c’est typiquement le genre de trucs dont vous n’auriez jamais du entendre parler sur Polygamer, même si on a changé de formule et décidé de s’ouvrir à d’autres horizons. Pourtant, c’est bien d’un Magical Girl dont je veux vous parler aujourd’hui : Mahō Shōjo Madoka Magika.

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Esthétiquement, la série est vraiment classe.
Bien entendu, si je l’évoque ici c’est qu’il ne s’agit pas d’un Magical Girl comme les autres. C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai mis du temps à accepter, puisque malgré les très bons échos que j’avais pu lire et entendre çà et là, je m’étais toujours refusé à voir cette série. Question d’orgueil sans doute.

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Les mondes des sorcières sont surprenants à bien des égards.
Pourtant, dès les premières minutes il n’y a pas de doute possible quant au genre que l’on visionne. On retrouve tous les poncifs du Magical Girl typique, avec de jeunes filles innocentes correspondant toutes aux différents clichés qui régissent la culture otaku : L’héroïne gentille et naïve, la nouvelle élève transférée hautaine… même le petit familier kawaii avec son grand sourire indélébile.
On nous plonge alors dans l’histoire de jeunes filles qui vendent leurs âmes en échange d’un vœu, et se dévouent entièrement à la destruction de sorcières, entités invisibles qui poussent les gens au suicide.

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Elle va en verser des litres et des litres de larmes, Madoka.
Durant les deux premiers épisodes, on navigue donc dans un Magical Girl un peu atypique, de par son univers plus mature qu’à l’accoutumée, sa réalisation magistrale qui n’est pas sans rappeler parfois Bakemonogatari (en même temps c’est pas étonnant, c’est le même réalisateur), et le style particulièrement glauque et surprenant à bien des égards, du monde des sorcières.
Autant l’avouer, c’est cette force visuelle et scénaristique qui nous permet de nous laisser porter durant les deux premiers épisodes… le temps nécessaire pour oublier qu’on est devant un Magical Girl. Car à partir du troisième, la série brise alors toutes les barrières du genre, et nous emportent ainsi vers des profondeurs abyssales d’une rare noirceur.

Noir Désespoir

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Sous ses airs kawaii et son sourire indélébile, Kyûbi est un personnage très intéressant.
En effet, si les premiers épisodes sont déjà plus adultes que les autres représentants du genre (Généralement, la mort n’existe pas dans un Magical Girl), on reste cependant dans un schéma relativement traditionnel, le temps de mettre en place l’intrigue et les personnages. Les jeunes filles s’amusent, s’interrogent et sont d’une niaiserie sans borne à tel point qu’elles en énerveront plus d’un. Puis très vite, les événements prennent une tournure dramatique et l’innocence fait peu à peu place à une réalité plus brute, plus sombre.

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Dans chaque source de lumière, se cache parfois les ténèbres les plus sombres.
Pourtant, dans l’ensemble je dois dire que Madoka Magika ne surprendra guère, au-delà des deux, trois premières scènes dramatiques. Ainsi, les familiers de la mythologie nippone décèleront bien vite certains indices. Les autres verront certaines situations venir de loin, y compris la fin, un peu trop spirituelle (au sens religieux du terme) à mon goût, et très largement prévisible.
Mais l’important n’est pas là. Car la plus grande réussite de l’auteur, c’est d’avoir foutu un gigantesque coup de pied au cul d’un genre enclavé dans ses codes ultra-restrictifs. Une fois ceci fait, le récit n’a plus qu’à suivre le courant engendré par cette ouverture des vannes et nous emporter avec lui dans son tourbillon de tourments, sans espoir de retour.
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A part Madoka, toutes les jeunes filles ont un passé tourmenté.
On reste alors les yeux rivés à l’écran, à contempler le désenchantement de ces très jeunes filles qui s’enfoncent inexorablement dans les méandres d’une destinée sinistre et inéluctable.

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Sa naïveté et son indécision sont parfois pénibles à supporter.
Au final, seule l’héroïne déçoit par son comportement vraiment trop naïf et son incapacité à prendre des décisions : Il faudra bien attendre les trois-quarts des douze épisodes qui composent la série, pour commencer à la voir évoluer, à arrêter de pleurer et enfin s’affirmer et s’impliquer. C’est beaucoup, c’est trop. D’autant que tous les autres personnages autour d’elle semblent se relayer pour porter ce poids qu’elle n’est pas capable de supporter.
Il n’en reste pas moins que, malgré tout, Madoka est certainement l’une des séries les plus surprenantes qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années. Une franche réussite graphique doublée d’une vraie prise de risque scénaristique. Faut juste éviter de se faire chopper à mater un Magical Girl, car vous risquez de finir devant le procureur d’Outreau avant même d’avoir pu expliquer la situation.

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