Gintama, le grand n’importe quoi érigé en art

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Selon moi, s’il y a un animé japonais largement au-dessus tous les autres, c’est bel et bien Gintama, aka la série la plus drôle et la plus déjantée de l’archipel nippon. Focus sur un shõnen vraiment pas comme les autres…

Fin tragique

001-808.jpgA la fin du mois de mars dernier, le couperet est tombé : Gintama s’est arrêté, au bout de 252 épisodes ! Pour les non-initiés, ça peut paraitre beaucoup. Mais quand on sait que One Piece en est à plus de 540 épisodes, que Naruto en totalise plus de 470 et que Dragon Ball, si on compte DBZ et DBGT, a dépassé les 500, on se dit que finalement, c’est plutôt court pour un shõnen.

Au début je n’y croyais pas.
Il faut dire que la série avait déjà fait le coup par le passé, avec un faux dernier épisode, puis avec une pause d’une année complète pour laisser le manga reprendre un peu d’avance sur l’animé. Et quelque part, rien ne dit d’ailleurs que la série ne renaitra pas une nouvelle fois de ses cendres.
J’irai même jusqu’à dire que je l’espère du fond du cœur, tant je me sens déjà comme orphelin.
Car Gintama c’était fou rire sur fou rire, comme un grand bol d’air frais : 20 minutes hebdomadaires salvatrices en ces temps de crise et de morosité ambiante.

Drôle à en pleurer

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Tout le monde en prend pour son grade

Pourtant, quand on regarde le pitch de cette série, ça ne fait pas rêver… loin de là :
En effet, on suit les aventures d’un ancien samouraï dans un Japon futuriste (mais curieusement très traditionnel), envahi par des extra-terrestres ayant interdit le port du sabre pour mater toutes velléités de rébellion.
Vétéran de guerre malgré son jeune âge (qu’on estime aux alentours de la trentaine) et armé d’une simple épée de bois, Gintoki a monté sa société de services consistant à venir en aide aux gens moyennant finances, et ce quelque-soit leurs requêtes.

Bien entendu, comme dans tout bon shõnen qui se respecte, le héros est un guerrier exceptionnel, et on sent venir gros comme une maison, les combats sanglants blindés de moments de bravoure et de morale à la con.
Et finalement, pas du tout… ou presque. Car s’il y a bien quelques arcs centrés sur l’action et les combats (mais non dénués d’humour pour autant), la grande majorité du temps l’histoire part totalement en couilles, les codes du genre sont piétinés allègrement et les personnages n’ont de cesse de basher les autres mangas, de critiquer la fainéantise des créateurs, de montrer du doigt l’avarice des producteurs et de donner dans l’humour pipi-caca-vomi-crottes de nez agrémenté de sexes sous mosaïque, de bêtise profonde et de sadomasochisme.
Non vraiment, Gintama n’est pas une série comme les autres.

 

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Le premier épisode en 16:9 parodiait à la fois Dragon Ball pour le look et One Piece pour le retour deux ans après…

 

La parade des abrutis

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Gintoki est accro au Jump

Outre son esprit totalement nawak, la grande force de Gintama c’est son casting ; à commencer par son héros.
Car s’il est un génie dans l’art de manier le sabre, doué d’une volonté à toute épreuve dans la plus pure tradition du shõnen, c’est aussi une putain de feignasse affublée d’une désinvolture incommensurable.
A ses côtés, les deux autres personnages principaux sont campés par deux adolescents :
Kagura, une gamine au look de jeune chinoise frêle et innocente, qui s’avère en réalité être un extra-terrestre doté d’une force herculéenne et d’un franc parler démesuré, flirtant souvent avec la vulgarité et le mépris.
Et Shinpachi, apprenti samouraï à la vertu irréprochable, qui passe son temps à gueuler sur les autres pour tenter de rétablir l’ordre moral d’une série qui n’en a guère.

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Une belle brochette de crétins !

Puis, suit une batterie assez phénoménale de personnages secondaires, tous pires les uns que les autres, entre une kunoichi masochiste et amoureuse de Gintoki qui se prend vent sur vent, un terroriste, et accessoirement meilleur ami du héros, complètement débile qui vit avec un canard géant (ou plutôt un mec portant un costume de canard) baptisé Elizabeth, ou encore le trio infernal du Shinsengumi, la milice locale, composée d’un capitaine démoniaque accro à la clope et à la mayonnaise, de son second sadique et désireux de tuer son supérieur hiérarchique pour prendre sa place et du chef de la tribu, un sombre crétin fou amoureux de la sœur de Shinpachi (une hôtesse de bar ultra-violente), qui passe son temps, avec la Kunoichi masochiste, à harceler sa prétendante. Ajoutez à cela bon nombre d’autres personnages du même acabit, aux apparitions plus ou moins régulières, et vous aurez une petite idée des raisons qui font que cette série dérive toujours vers le grand n’importe quoi.

Culte

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Le double épisode du classement Jump est à mourir de rire.

Pour vous donner quelques exemples, la série n’hésite pas à proposer un double épisode centré sur les fameux classement de popularité du Jump (LA bible du manga), où pour gagner des places au classement, chaque personnage s’attèle à humilier les autres, principalement en les abandonnant inconscients, le froc baissé et la bite, mosaïquée, à l’air.
On assiste alors à une sorte de Battle Royale assez surréaliste, attisée par les jalousies des plus mal classés, où les vannes et les situations débiles fusent de toute part.

Plus audacieux encore, les créateurs se sont permis de consacrer un épisode entier (vingt minutes) avec pour seul décor un plan fixe, où seul un vendeur de bouffe itinérant s’activait derrière son étal. L’épisode se contentait alors, et d’une manière magistralement réussie, de nous faire marrer qu’avec les voix des personnages principaux, s’arrêtant au stand pour casser la croute.

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Elizabeth et Sadaharu – Dans Gintama, même les pets s’y mettent.

Bref, les épisodes cultes s’enchainent les uns après les autres, et même les quelques arcs plus sérieux où la baston et le sang coulent à flot, sont plutôt réussis dans le genre (même si ce ne sont pas ceux que je préfère). Et puis, dans l’ensemble, même si la qualité est forcément fluctuante d’un épisode à un autre, il y en a quand même très peu de véritablement ratés. En tout cas, là tout de suite, je n’en ai pas en tête.

Alors si vous aussi vous n’avez pas le moral, laissez-vous emporter par cette belle bande d’abrutis congénitaux, vous ne devriez pas le regretter. Car franchement, j’ai beau chercher, je n’ai pas souvenir de m’être autant marré comme une baleine, que ça soit devant un animé ou une série live d’ailleurs.

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