Brooklyn Funk Essentials, revenir à l’essentiel

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Juste pour faire mentir tous ceux qui pensaient que je ne parlerai que de rap, ma première chronique musicale s’attarde sur l’un de mes groupes fétiches, entre funk, jazz… et un poil de hip-hop quand même, parce que faut pas déconner.

Sodomie en 56k

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Ça fait du monde sur scène…
Mon histoire avec Brooklyn Funk Essentials n’est pas banale. Elle remonte à une bonne dizaine d’années, alors qu’Internet n’en était qu’à ses balbutiements.
A cette époque, je chattais en 56k sur des forums de discussions et, entre autres sujets, mes conversations tournaient de façon récurrente autour de la musique.
C’est ainsi que j’ai rencontré une fille, avec qui je me suis trouvé beaucoup de points communs… musicalement parlant. Tour à tour, on s’échangeait des mp3 chopés sur Napster tout en commentant nos trouvailles sur messenger, pas peu fiers de nos goûts et de nos connaissances respectives.

Puis, un jour, chez elle… alors que j’étais assis sur le lit simple qui lui servait de canapé, à écouter du Asian Dub Foundation je crois (encore un grand groupe dont il faudrait que je vous parle un jour), elle me raconte que son kif, c’est de sodomiser son mec avec un gode ceinture, sur ce même canapé.
Je me suis enfui en serrant les fesses, et n’ai plus jamais entendu parler d’elle par la suite : Je l’ai rangée dans un coin perdu de ma mémoire, au rayon des nombreuses tarées que j’ai pu croiser depuis que je surfe sur le web (un jour faudrait que j’écrive un livre là-dessus tiens).


Mais Brooklyn Funk Essentials, c’est elle qui me l’a fait découvrir et, depuis, ce groupe trône régulièrement en bonne place dans mes playlists. Je ne l’en remercierai jamais assez pour ça… même si ça a failli me coûter mon intégrité anale.

Brassage de culture

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Shä-Key a un sacré look, mais elle n’a pas son pareil pour faire bouger une salle.
Brooklyn Funk Essentials, comme son nom ne l’indique pas vraiment, est un groupe d’Acid-Jazz newyorkais crée au début des années 90 par Arthur Baker, l’un des plus vieux et des plus éminents DJ/Producteur de la scène Hip-Hop (Il a produit Afrika Bambaataa quand même… excusez du peu). On y retrouve, pêle-mêle, des influences jazz, électroniques, funk, hip-hop… et même du folklore turque (L’album In the Buzzbag est une association avec Laço Tayfa).

A l’image des musiciens qui composent le groupe, leur style est un melting-pot de nombreux courants musicaux, un symbole de ce que la diversité peut apporter en termes d’enrichissement culturel.


Il faut dire aussi qu’ils sont nombreux dans ce groupe : On retrouve notamment les deux newyorkaises Joi Cardwell et Shä-Key, le chanteur de reggae suédois Papa Dee, le clavier japonaise Yuka Honda ou encore le percussionniste portoricain de The Jazz Passengers, E.J.Rodriguez.

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Ne vous fiez pas à leur look de beaux gosses turcs qui animent les mariages… leur musique vaut le détour.
A ce jour, le groupe compte quatre albums au compteur, éparpillés entre 1994 et 2008. Quatre albums en 14 ans, ça ne fait pas lourd… Mais ce temps, ils l’ont mis à profit pour étoffer leurs influences et nous sortir ainsi des opus assez différents les uns des autres.
Le premier d’entre eux, Cool and Steady and Easy sonne très jazz. In the buzzbag, comme dit précédemment, ajoute une touche de folklore turque pour un mélange vraiment unique. Make Them Like It quant à lui, est sans doute le plus abouti (en tout cas à mes yeux), cherchant ses sonorités du côté du funk, du jazz, de la soul, du reggae et parfois même du ska, tout en réussissant l’exploit de rester homogène. Enfin, Watcha Playin, plus moderne, plus électronique, plus technique aussi je trouve… mais paradoxalement, moins accrocheur à mon sens (bien que très bon tout de même).

Halte à la morosité

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Selon moi, le meilleur album du groupe.
Aujourd’hui, et malgré l’absence d’actualité dans les bacs depuis quatre ans, le groupe est toujours en activité.
D’abord, parce que depuis le mois de novembre dernier, un petit « working on new stuff » trône en en-tête de leur page myspace. Ensuite, parce qu’ils continuent d’aligner des dates de concerts de temps à autres…même si rien n’est pour l’heure prévu en 2012.
J’ai eu la chance d’assister à l’un de leurs concerts, en 2010, dans une petite salle municipale à Ivry s/Seine. Une sorte de concert improbable, dans une ville improbable, à plusieurs milliers de kilomètres de leur New York natal. Inutile de préciser que ça poutrait sévère !


A quelques centimètres de la scène, une centaine (150 tout au plus) de pèlerins avertis parmi lesquels je figurais en bonne place, ont pu assister à une extraordinaire performance de ce collectif très remuant, à la joie prodigieusement communicative. A ce jour, ça reste l’un de mes meilleurs concerts (avec celui de Sharon Jones, dont il faudrait que je vous parle un jour également).
Toute la salle dansait, sautait et exultait comme un seul homme au rythme de leurs meilleurs morceaux. Tout le monde, musiciens comme public, était tellement déchainé, que je n’ai même pas pu, ni même voulu, me frayer un chemin vers le bar, où la bière était pourtant pas cher.
Si ça ce n’est pas un gage de qualité…

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Une bien belle brochette de tarés…

Bref, Brooklyn Funk Essentials, devrait être reconnu d’utilité publique… spécialement en temps de crise comme aujourd’hui. Un remède à la morosité et à la junk-music qu’on nous assène dans les oreilles beaucoup plus que de raison.

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