Top Spin 4, carrière avortée

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Un jour, faudra qu’on m’explique pourquoi les jeux de tennis sont incapables d’offrir de vrais modes carrières engageants…

Un gameplay abouti…

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Nadal frappe comme une fillette !
Pratiquement un an après sa sortie, je me suis récemment laissé convaincre par une vile promotion sur Top Spin 4, me vantant les mérites du passing shot et de la petite culotte de Kournikova, pour un poil plus de neuf euros. Il faut dire qu’après les critiques dithyrambiques qu’il avait collectionnés l’année dernière, je ne pensais pas prendre de trop gros risques… surtout à ce prix-là. Et pourtant…

Alors bien sûr, je ne vais pas critiquer le gameplay de ce jeu. Il a très largement été vanté par le passé, déjà avec les premiers épisodes, mais plus spécialement encore à l’occasion de ce quatrième opus. Je ne serais pas crédible si je le faisais, et de toute façon je n’en ai aucunement l’intention tant je le trouve abouti.
Pour faire bref, disons qu’il est précis, exigeant, que le système de coups puissants/coups précis est judicieux et que l’inertie des joueurs est convaincante, tout comme la physique de balle.
Non, je ne critiquerai pas l’excellent gameplay de ce jeu, ni ne m’amuserait à le comparer aux autres titres du genre, tant il les surclasse.

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Lors des tournois, on a droit à des plans foireux dans les couloirs… Les développeurs devaient trouver que c’était une super idée. Pas moi.
Je ne m’épancherai pas non plus sur les graphismes, pour la simple et bonne raison que ceux-ci sont d’une qualité déplorable. La modélisation des joueurs génériques est assez grossière (les quelques stars sont plus réussies), celle du public nous ramène aux années Playstation et l’ambiance visuelle des courts est quasiment inexistante (ce qui n’est pas le cas de l’ambiance sonore, plutôt réussie… musiques d’ascenseurs exceptées).
C’est moche… non, c’est clairement hideux. Mais honnêtement, on s’en fout. L’essentiel dans un jeu de sport, voire dans un jeu tout court, n’est pas sa charte graphique. On est content quand un jeu est beau, mais on préfère quand un jeu est jouable.

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A la création de votre personnage, vous pouvez choisir de le faire gémir sur tous ses coups, ou seulement sur ses services… Option particulièrement plaisante dans le cas d’une tenniswoman. Beaucoup moins dans le cas d’un tennisman.
Non, ce qui m’intéresse ici, c’est la profondeur de jeu.
Cette profondeur recherchée, c’est ce qui fait généralement l’apanage des jeux de sports : Ce qu’on appelle le mode Carrière.
C’est ici qu’on se prend pour un vrai pro et qu’on passe le plus clair de notre temps, nous sportifs virtuels.
Chronophage, briseur de ménage, exaltant, voilà ce que doit être un mode Carrière. C’est d’ailleurs précisément ce qu’il est dans les références que sont Fifa ou NBA 2K. Malheureusement, c’est loin, très loin d’être le cas dans Top Spin 4 en particulier, mais aussi et surtout dans les jeux de Tennis en général.

…mais un ennui profond

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Les montées au filet sont plus instinctives que dans la plupart des autres jeux de tennis.
Et franchement, je ne comprends pas pourquoi les développeurs de jeux de tennis s’échinent tous à saboter leur travail en sortant des modes carrières aussi insipides.
Croient-ils que ça nous passionne de jouer des matchs qui se résument à un super tie-break ou, au mieux, à une partie en trois jeux gagnants ?
Pourtant, c’est à chaque fois ce à quoi on a le droit. Et quand je pense aux parties de Fifa, qui durent bien dix à quinze minutes chacune, aux 82 matchs d’une quinzaine de minutes qu’on doit s’enchainer pour compléter une saison de NBA 2K, je ne peux que sourire en contemplant le mode carrière de Top Spin 4, dont on fait le tour en moins de deux heures.

Pourtant, il proposait des idées intéressantes, notamment dans la progression du joueur et l’attribution d’entraineurs. On peut même participer à quelques événements spéciaux, pour gagner en expérience ou accroitre son fanclub. Certes, c’est du déjà-vu et ça ne va pas chercher bien loin, mais ça m’aurait amplement suffit si derrière il y avait un véritable enjeu, un véritable challenge… bref, un véritable mode.

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En créant un gros frappeur de fond de court, on met à l’amende n’importe quel adversaire.
Car non contents de nous offrir une succession de matchs plus chiants, voire pénibles (au bout d’une heure, t’as limite envie de te suicider), les uns que les autres, les développeurs ont poussé le bouchon jusqu’à nous offrir des adversaires manchots, incapables de frapper la balle correctement et encore moins de se mouvoir sur le court sans leur déambulateur.
Messieurs les développeurs, expliquez-moi quel est l’intérêt de continuer une partie, quand après à peine plus de deux heures de jeu, je participe à mon premier grand tournoi (soit dit en passant, les Masters de Bercy… pourtant réservé à l’élite et pas à mon petit tennisman débutant) et que j’humilie les trois premiers joueurs mondiaux, Federer, Nadal et Djokovic ?!

Alors bien sûr, je pourrais très bien augmenter le niveau de difficulté. J’en suis bien conscient. Mais le problème n’est pas tant dans la difficulté, mais plutôt dans l’uniformisation du niveau des joueurs adverses. Car que vous jouiez face à un adversaire fictif, pour la plupart des tocards, ou que vous jouiez face au numéro 1 mondial, il n’y a aucune différence. Ni dans le degré de challenge, ni dans le style de jeu. C’est d’autant plus vrai que, contrairement à eux, votre joueur va très rapidement devenir une machine de guerre, progressant à vue d’œil et capable de coups que même les plus aguerris sont incapables de sortir.

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Les shorts, ça devrait être interdit pour les joueuses ! Elles croient vraiment qu’on mate le tennis féminin pour la qualité de leur jeu ??!
Question réalisme, pourtant censé être au cœur de toute simulation qui se respecte (et à fortiori dans le cas de simulations sportives), on repassera. Question challenge, on repassera.
Alors c’est sans doute bien fun à deux, mais vu la complexité du gameplay, le mec en face à intérêt de connaitre son sujet. Impossible par exemple, contrairement à Virtua Tennis, de jouer avec un pote qui n’a jamais touché le jeu. Il sera incapable de mettre une balle sur le court.
Bref, après deux heures et demie, le jeu retourne sur mon étagère et n’en bougera sans doute plus jamais. Pour neuf euros, ça ne me fait pas encore trop mal… mais si je l’avais acheté au prix fort à l’époque, ce n’aurait pas été la même.

Au final, tout ça me laisse une désagréable impression de vaste gâchis. Un tel gameplay au milieu de modes aussi insipides, c’est un peu comme des truffes du Périgord dans un BigMac… une aberration.

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