Tirer, courir, sauter

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Depuis que le jeu existe, au final, on fait toujours la même chose : Tirer, courir, sauter. Et si c’était ça qui faisait tourner le jeu vidéo en rond ?

Pourquoi ?

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Une scène très commune dans le jeu vidéo.
Alors bien entendu, « tirer, courir, sauter » ça ne concerne pas les jeux de sport, de course ou de réflexion par exemple, mais vous me comprenez, j’en suis sûr (sinon vous êtes des relou), dans la plupart des titres de votre ludothèque depuis la nuit des temps la mécanique de jeu principale regroupe grosso modo ces actions. Un FPS, un TPS, un RPG etc ? On court, on cogne. On a beau inventer de nouvelles façons de jouer avec des périphériques ultra révolutionnaires (blablabla), la recette reste la même. Et si on pouvait faire autre chose dans un jeu ? Est-ce que justement l’évolution du jeu vidéo, l’avancée du jeu vidéo ne serait pas là ? Que notre personnage puisse se morpher selon nos actions, qu’on puisse aller sur l’eau, sur terre et dans le ciel, ériger une armée, c’est marrant mais est-ce que ça fait avancer notre façon de percevoir le jeu vidéo au sens global ? Est-ce qu’il se diversifie pour autant ? Non. Et pourtant aller au-delà de ces actions pourraient être, par exemple, un vecteur d’empathie supplémentaire envers nos personnages. Ca pourrait également changer la narration à laquelle on nous a habitué au sein des jeux, on pourrait nous raconter d’autres histoires.

Qui ?

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Warren Spector n’est pas le dernier lorsqu’il s’agit d’innover et de marquer les esprits.
Heavy Rain a approché cette idée de façon un peu extrême mais si on met son gameplay de côté, il faut reconnaître et approuver que se retrouver plonger dans une histoire où l’on va commencer par s’habiller, prendre une douche, jouer avec ses mômes, leur mettre la table etc (vivre une vie normale d’un type normal) contribue à façonner une empathie envers les personnages évidente et permet de raconter une histoire autrement. Autrement qu’en tirant sur 15 mecs en 2 minutes, en sautant derrière un muret ou en courant au vent dans de vastes plaines la bite à l’air (ou un truc dans le genre). Certains passages du jeu de Quantic Dream évoquent des sentiments inédits, lorsqu’Ethan s’occupe seul, fantomatiquement, de son fils après la mort de son autre enfant, on touche la dépression… Il n’y a pas que David Cage qui est persuadé que le jeu vidéo doit s’enrichir d’autres verbes que les habituels « tirer, courir, sauter », par exemple l’illustre Warren Spector (Deus Ex) emploie également presque mot pour mot la même formule et souhaite les mêmes choses. En restant dans les jeux à « histoire », quelques titres ont tentés une approche différente au sein de leur gameplay. Pas forcément sur la totalité du jeu, mais au moins sur quelques aspects.

Comment ?

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Le paisible début de Yakuza 3 est très empathique envers les enfants.
GTA IV est un des symboles du « tirer, courir, sauter » pourtant on peut sympathiser avec divers personnages en sortant avec eux dans les bars, les bowlings et compagnie, empathique à mort ! Shenmue propose au-delà de péter la gueule à main nues à des tas de types d’enquêter, de questionner des habitants d’une ville en vivant à travers leurs us et coutume et pour lesquels on apprend parfois plus qu’un renseignement, de travailler pour avoir l’argent nécessaire à la poursuite de notre quête, des valeurs sont transmises, de l’honneur. De ce fait on s’attache énormément à Ryo, le héros, et ce qu’il vit mais aussi à certains des personnages qu’il croise. Yakuza 3 dispose d’un début où l’on s’occupe des enfants de l’orphelinat en résolvant divers soucis inhérent à leurs vies, même si par la suite on défonce du bad guy à n’en plus finir sans réfléchir, on défend l’orphelinat avec plus de volonté et d’empathie en ayant un vécu commun avec les gosses. D’autres exemples existent et d’autres exemples existeront, L.A. Noire aura son lot de gunfights et de courses poursuites mais l’une de ses principales activités consistent à dénicher des indices et des preuves ainsi qu’à interroger des suspects pour faire avancer les enquêtes…

Parce que !

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Allez-y moquez-vous !
Cependant les jeux d’action-aventure modernes où l’on va au-delà du « courir, tirer, sauter » sur l’ensemble du titre sont extrêmement rares. L’industrie passant son temps à se comparer à celle du cinéma, est-ce qu’un jour on aura un jeu « réaliste » où l’on dirigera pleinement le personnage et qu’il n’aura jamais à « tirer, courir, sauter » comme c’est le cas dans une comédie ou autres ? Est-ce que les joueurs actuels se sentiront investis par un jeu où l’histoire que l’on va nous raconter ne comportera aucune scène d’action dans le sens où on l’entend aujourd’hui ? Est-ce que si on jouait pleinement les scènes « passives » d’un Heavy Rain qui ne raconterait pas l’histoire d’un serial killer – robot tueur – soldat de l’espace – nain guerrier, seraient considérées par les hardcore gamers que nous sommes comme un véritable jeu et ce même s’il raconte une véritable histoire ? J’ai envie d’y croire mais le débat fait déjà rage et les avis sont mitigés. Quoi de plus facile que de railler Shenmue 2 pour son passage où l’on porte des caisses ? Quoi de plus simple que d’extraire des scènes et de faire un bon mot en se pseudo interrogeant sur l’intérêt d’un jeu où l’on fait pipi et met la table ? Où une action sort de notre ordinaire gamer inattaquable « courir, sauter, tirer » ? Et après on se plain que le jeu vidéo est considéré comme un truc de décérébrés neuneu… J’adore les FPS, TPS, RPG etc, vous le savez, mais je veux pouvoir jouer à autre chose un jour ! Et sans même qu’on puisse y mettre un genre dessus si ce n’est « comédie », « tragédie » ou encore « aventure »

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