Shadows of the Damned, démons et merveilles

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La dernière collaboration entre Suda 51 et Shinji Mikami remonte à Killer 7, un des jeux les plus barrés de ces dernières années. Je ne m’attendais donc pas à de la philosophie profonde avec Shadows of the Damned.

500g de vieille école, 500g de nouvelle école, un mixer

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Elle, c’est Paula.
Si vous rejouez à Resident Evil 4 sur Gamecube (par Shinji Mikami) aujourd’hui, vous trouverez sûrement la jouabilité archaïque au possible. Si vous jouez à Shadows of the Damned, hormis le fait qu’on peut se déplacer en tirant, vous allez vous dire qu’on se croirait revenu chez les infectés hispaniques (d’ailleurs le héros, Garcia Hotspur, est latino et les « cabron » coulent à flot, sans compter pas mal de références plus ou moins directes au titre de Capcom)… Un manque de souplesse parfois crispant mais auquel je m’attendais un peu, les jeux floqués d’un « Suda 51 » n’ayant jamais été mémorables à ce sujet. Mais si je me mets à penser à Vanquish (dernière réalisation de Mikami), qui était d’une souplesse incomparable, je suis tout de même déstabilisé… Cette rigidité dans Shadows of the Damned serait-elle volontaire ? Pas mal de phases usent de la lenteur du personnage pour leurs mécaniques, c’est donc fort possible. Etre aussi rapide et fluide qu’une petite vieille en déambulateur correspond sans doute à l’essence ultime d’un jeu à penchant horrifique selon Mikami

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Lui, c’est Garcia.
Le titre est découpé en niveaux, avec son lot de puzzles simplets mais aussi d’innombrables boss à étudier et à différentes phases (celui de fin est évidemment hyper long à buter). Le gameplay principal est très carré, très ficelé, et propose une gestion des ténèbres multiple et pleinement intégrée… Intéressant. En fait, Shadows of the Damned a été construit à l’ancienne. C’est une qualité sur bien des points, mais concernant les déplacements c’est surtout risqué à une époque où les grosses productions disposent de plus d’animations dans un PNJ que le héros n’en a dans ce titre. C’est presque un aveu de je m’en foutisme balayé par la marque de fabrique de Suda 51 : Des idées folles, débiles, tordantes et un amour constant pour la sous culture qui transpire de partout. C’est grâce à ça qu’on traverse ce jeu avec plaisir, qu’on tient à avancer jusqu’à la fin et que certains passages passeront sans doute au rang de cultes. Shadows of the Damned sent la liberté créative à plein nez avec des niveaux entiers de gros délire notamment du shoot’em up 2D à scrolling horizontal en graphismes façon collage papier, ou encore les séquences en tourelles les plus hilarantes qu’il m’ait été donné de jouer (SCHWING !).

Par amour

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Schwing schwing schwing !
Garcia Hotspur est un chasseur de démons dont le perfecto violet (avec tête de mort à paillettes) recouvre le torse rempli de tatouages. Grosses bagouses à chaque doigt et balafre sur la ganache finissent d’asseoir son look définitivement très punk fashion, très production Suda 51. Le jeu commence alors qu’il retrouve sa petite amie, Paula, pendue dans son luxueux appartement. Et BING, des démons s’emparent d’elle, dont le grand chef, et l’emmènent dans leur monde où Garcia ne manque pas de plonger, pour la retrouver dans quasi tous les niveaux à travers des sortes de visions dégueulasses (même si elle est en lingerie fine à chaque fois) jusqu’à l’affrontement final. Le gore ainsi que l’humour graveleux et scato débordent de partout, le scénar’ n’est qu’un prétexte pour une succession de scènes idiotes et/ou crades, comme un bon vieux film Z. Z, c’est tout à fait ça, que ce soit dans les bruitages, un streum cheval qui va chier un halo des ténèbres, une réplique assassine, le design des portes, des livres de conte sur lesquels on tombe racontant des histoires complètement débiles, des démons en armure qui une fois dégradées laissent apparaître un string etc. Du Suda 51 pur jus, hilarant, tonitruant, qui me fait bien kiffer et qui fera s’offusquer les bien pensants. C’est puéril, c’est débile, c’est con, c’est ça qu’est bien.

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Ca, c’est Johnson.
Sans oublier que Garcia a un pote bavard, Johnson. C’est un ancien démon aujourd’hui reconvertit en tête de mort transformable en torche, en flingueS upgradables, et en moto, rien que ça. Délirant, il complète parfaitement le côté badass bourrin de Garcia par une personnalité un peu taquine (mais graveleuse aussi). Bien dommage que la traduction change parfois totalement le sens des phrases pourtant mordantes et essentielles à l’ambiance. Les non anglophones auront par exemple un « sushi biscornu » insignifiant à la place d’un « sushi with a dick » bien senti… Un vrai massacre intolérable. Pourtant, la trad’ ne se gêne pas pour lâcher des « sale pute » quand c’est nécessaire (certes, à la place de « fuck you », ce qui n’a pas trop de sens). Je vous avoue que je n’arrive pas à comprendre et si vous n’êtes pas pote avec l’anglais, vous passerez forcément à côté d’une partie du jeu…

Agrandis ton Johnson

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Oui, on doit bien pénétrer dans le trou…
Johnson étant partie intégrante de l’équipement de Garcia, ils ne se quittent pas d’une semelle ce qui permet un côté narratif intéressant mais sous exploité (je pense à Deadly Premonition et le fameux ami imaginaire de York qui offrait des perles d’inventivité narrative). Le scénario étant de toute façon minime ce n’est pas forcément un défaut, d’autant qu’on apprend tout de même, à travers des discussions en plein jeu entre les deux énergumènes, quelques aspects non négligeables et parfois bien drôles. Que ce soit sur l’univers traversé ou sur la relation entre Garcia et Paula (qu’il avoue à Johnson l’avoir trouvé dans une poubelle derrière un supermarché… Ou encore qu’il l’aime parce qu’elle est folle alors qu’elle est justement en train de nous courser version démoniaque, en corset sexy et jarretelles, pour nous offrir un baiser de la mort…). Les références pleuvent, d’Alanisse Morissette aux anciens jeux des deux créateurs en passant par Icare, Ghost’n Goblins, ou tant d’autres. C’est aussi ce qui est plaisant dans les créations de Suda 51 et outre mesure de celles de Shinji Mikami, ce sont des gens cultivés y compris en matière de sous culture et qui n’hésitent pas à balancer des hommages du plus subtil au plus flagrant, mais toujours sans dénaturer leur projet. Classe et jouissif.

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Les passages en 2D sont divertissants.
Enfin, il est étonnant de constater qu’aucun des deux grands pontes n’est le réalisateur du jeu, ils se sont « contentés » de prendre les rôles de directeur exécutif et producteur créatif pour laisser Massimo Guarini mettre les mains dans le cambouis. Plus clairement, ils ont surtout créé et donné les lignes directives pour laisser quelqu’un d’autre tout mettre en œuvre… Ca explique peut-être une mise en scène bien moins folle et culottée qu’un No More Heroes par exemple. Quant à la bande son d’Akira Yamaoka (bien connu pour son travail sur celle de Silent Hill), je vous avoue que j’en parle parce que le bonhomme est mis en avant, mais sans être mauvaise elle n’est pas mémorable pour un sou, c’est passe partout.

J’ai pas envie de faire une synthèse, vous n’avez qu’à lire l’intégralité de la critique, bande de faignasses. J’me casse pas le cul pour rien !

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