Runaway, la trilogie qui a ressuscité le Point & Click

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Avec la sortie récente de Runaway : A Twist of Fate, le studio madrilène Pendulo clos les aventures de Brian et Gina. Mais que de chemin parcouru depuis l’accident de voiture qui les a réunis.

Naissance d’un mythe

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Bon, vu sous cet angle, on peut comprendre que Brian se soit foutu dans les ennuis pour aider Gina.
Tout commence à la sortie d’une ruelle sombre, lorsque Gina poursuivie par les hommes de main de la famille Sandretti, tombe sur le capot de la voiture de Brian. Elle est stripeuse, lui un geek qui vient tout juste de quitter le doux foyer de papa-maman. Autant dire qu’ils n’étaient pas fait pour se rencontrer, et pourtant… Tout aurait pu s’arrêter après que Brian l’ait déposé, inconsciente, à l’hôpital. Mais voilà, Gina est en danger et, comme tout bon héros de jeu vidéo qui se respecte, notre petit geek à lunettes va tout mettre en œuvre pour la sauver. Des drag-queens façon Priscilla folle du désert, à la bande de cinglés autour de Sushi, l’as de l’informatique, Runaway nous offre une galerie de personnages comme on n’en avait plus vu depuis bien des lustres. Les énigmes sont retorses, l’humour omniprésent et efficace, et les clins d’œil à l’âge d’or du jeu vidéo, et notamment aux productions LucasArts, sont nombreux. Ce sera d’ailleurs une constante dans toute la série.

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L’une des rencontres les plus drôle de l’histoire du jeu vidéo.
Alors bien sûr, Runaway ne révolutionne pas vraiment le Point & Click. Il en reprend les bases les plus classiques, consistant à balader un personnage sur un plan 2D, à la recherche du moindre pixel sur lequel interagir… le plus généralement de la façon la plus éloignée qui soit de votre premier reflexe. Mais il tombe à point nommé, à une époque où d’autres se perdaient dans l’univers 3D, comme le troisième opus des Chevaliers de Baphomet pour ne citer que lui. Tout de suite, le succès est immédiat… fort de l’accueil triomphal que lui réserve la presse, sans doute elle aussi nostalgique de ces temps oubliés où la chasse au pixel était un sport inscrit au comité olympique. Un succès très largement mérité qui prouvera alors que le Point & Click n’est pas mort et ouvrira ainsi la brèche à de nombreux autres studios, désireux de ramasser leur part du gâteau.

Le rêve de la tortue se transforme en cauchemar

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Un p’tit coté Flight of the Amazon Queen… on peut dire que Runaway 2 partait super bien !
Puis, en 2006, soit trois ans après le premier opus, Runaway : The Dream of the Turtle sort enfin, au grand soulagement d’une horde de fans en manque qui comptaient les jours depuis son annonce. On retrouve un Brian bien plus sûr de lui, qui a laissé tombé les lunettes et la raie sur le coté pour un look plus fashion de surfer hawaïen (C’est dingue ce qu’une femme peut avoir de l’influence sur le look de son bonhomme). A bord d’un avion qu’il faut vraiment chercher les ennuis pour y monter, nos deux tourtereaux s’écrasent sur une île du Pacifique curieusement contrôlée par l’armée américaine. Et là, c’est le drame : Gina ayant sauté avec le seul parachute du coucou, Brian se retrouve alors seul et va tout mettre en œuvre pour retrouver sa frêle compagne. Et là, c’est le deuxième drame… bien plus douloureux celui-ci : Le scénario, pourtant l’une des grandes forces du premier épisode, part en cacahouète à mi-chemin dans l’aventure, nous entrainant dans une stupide histoire d’extra-terrestre (les Trantoriens) et de leur arme secrète tant convoitée par l’armée.

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Sauf qu’il ne nous aura rien épargné, pas même le saut dans le temps… à l’époque des flibustiers.
Encore une fois, la presse sera toutefois unanime sur les qualités de cette suite. Et, pour être honnête, il est vrai que toute la première partie est excellente, que les gags fusent toujours autant et que les dialogues restent un vrai régal. Mais pour moi, cela restera l’une des plus grandes déceptions vidéoludique des années 2000, tant je vois cette intrusion des extra-terrestres comme une trahison, une sorte de grand n’importe quoi balancé n’importe comment, sans doute du à une moule pas fraiche dans la paëlla du scénariste ou au stagiaire censé photocopier le script pour les équipes de développement. Cependant, en bon fan que je suis, je suis tout de même allé jusqu’au bout de cette misérable aventure pour tomber sur une fin en queue de boudin qui nous laissait alors comme des cons à devoir attendre le troisième et dernier opus de la saga. Un comble !

Le destin d’un roi

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Pleure pas bichounette, tu vas le revoir ton Brian.
Et ce troisième et dernier épisode de la saga, c’est à la fin de ce mois de novembre qu’il est arrivé… trois ans après son prédécesseur, six après le début des aventures de Brian Basco. Et il faut reconnaitre que ce troisième volet commence très fort : Par l’enterrement de Brian et les larmes de veuve éplorée de Gina, qu’on aurait bien consolé si elle n’était pas qu’un amas de pixel… un joli amas de pixel, je le reconnais, mais un amas quand même. Bien entendu, je ne spoilerai personne en vous disant que tout cela n’était qu’une feinte et que Brian n’est pas mort. Alors, pourquoi une telle mise en scène ? C’est ce que le titre va nous faire découvrir, nous plongeant tour à tour dans la peau du blondinet et dans celle de sa bonasse de femme. Et là, c’est la série qui renait tant l’épisode est maitrisé de bout en bout. Les références et clins d’oeil fusent de toute part, l’autodérision est de mise (comme lorsque les développeurs critiquent eux-mêmes leur précédent opus) et la qualité d’écriture atteint un niveau encore jamais égalé dans un Point & Click. D’autant plus que le titre s’avère, étrangement d’ailleurs, bien plus adulte que les deux précédents. Enfin, et ce n’est pas rien, ce Runaway : A Twist of Fate constitue, selon moi, le jeu le plus drôle auquel j’ai joué depuis bien longtemps. Et rien que pour ça, il vaut le coup !

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Joshua donnera de précieux conseils aux aventuriers bloqués… mieux vaut ne pas en abuser.
Toutefois, on regrettera que l’aventure se termine aussi vite. Les énigmes semblent un ton en-dessous des épisodes précédents question difficulté et ne devraient retenir les habitués que peu de temps. Les néophytes quant à eux, pourront compter sur une aide interactive, distillé par Joshua himself, d’un simple clic sur l’icône correspondante en haut de l’écran. Du coup, en à peine plus de six heures, on parvient au terme de cette trilogie, non sans une certaine fierté d’avoir bourlingué aux cotés de B&G durant ces neuf dernières années. Au final, on oublie les extra-terrestres merdiques du deuxième opus (qu’on retrouve forcément dans le troisième, mais de manière mieux maitrisée et plus adulte). On oublie qu’il ne nous a fallu guère plus d’un après-midi pour arriver au bout du troisième. On oublie les quelques bugs de son ou de traduction qu’on a pu rencontrer ça et là. A Twist of Fate est un grand jeu, et Runaway une merveilleuse saga.

Avec cette trilogie, Pendulo rejoint les LucasArts et autres Sierra au panthéon du Point & Click. De l’humour à revendre, des personnages attachants et charismatiques et une histoire à rebondissement auront eu raison de toutes les critiques, pourtant souvent justifiées.

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