Red Steel 2, quand les chinois jouent les cowboys

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En exclusivité mondiale, pour la sortie de Red Steel 2, Polygamer s’est entretenu avec Luc Besson. En effet, le réalisateur/producteur français se revendique à l’origine du projet et nous raconte comment il a su imposer ses idées à Ubisoft.

Confessions d’un noob

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Avec un peu de maquillage et son talent d’acteur inné, on ne le reconnait pas Jean Réno.
Après Spielberg et en attendant Mathieu Kassovitz, moi Luc Besson ait décidé de me lancer dans le développement de jeux vidéo. Bien sûr, si je suis un kador dans le cinéma et que la boite que j’ai crée, EuropaCorp, est une putain de machine à faire du blé, j’avoue que je m’y connais autant en jeux vidéo que Jean Réno en rôles de composition. Du coup, pour m’aider à faire mes premières armes dans le milieu, j’ai demandé à Ubisoft de bosser avec moi. C’est James, mon ami James Cameron, qui m’a donné le numéro de leur boss. Il m’a dit : « You know Liouc, Youbisoft helped me last year to develop the videogame of my damn mothafuckin movie, Avatar. They can help you too Liouc.” Chez Ubisoft ils sont bons pour faire tous ces trucs qu’on voit habituellement dans les jeux… vous savez, ces machins là qui ressemblent à Arthur et les minimoys… les graphismes ! Et ce truc aussi… comment ils appellent ça déjà ? Ah oui, le gameplay. Qu’est ce que j’y connais en gameplay, moi ? Déjà que j’ai du mal à programmer un magnétoscope… Nan, mon truc à moi c’est d’écrire des putains d’histoires… Et là pour le coup, j’avais une super idée. Je vous explique : A la base, je voulais faire un western. J’me suis dit que si des tocards comme Sergio Leone, Sam Peckinpah ou Michael Cimino étaient capables d’en faire, il n’y avait pas de raison pour que je me plante. Sauf que moi mon western il va déchirer le slip kangourou de ton grand-père ! Déjà, j’ai décidé que ça ne se passerait pas dans le grand Ouest américain. C’est surfait l’Amérique, l’avenir c’est les chinois ! Donc l’idée de départ, c’est de faire un western avec des chinois. J’aurai bien aimé que ça soit des Yamakasi, mais les mecs de chez Ubisoft m’ont dit que ce n’était pas super crédible des Yamakasi au FarWest. Ils n’y connaissent vraiment rien en Yamakasi ces cons ! Je me demande presque si j’ai bien fait de bosser avec eux. Parce que les Yamakasi passe encore, mais quand ils m’ont dit que ce n’était pas possible que le héros conduise une Audi, je suis tombé des nues. Attends, si moi je devais traverser le grand Ouest américain, je choisirais une Audi… plutôt deux fois qu’une. Du coup, à la place ils ont foutu des grosses motos et des pick-up façon Mad Max et moi je vais devoir tourner Le Transporteur 4 si je veux qu’Audi m’offre leur dernier modèle.

Des héros qui en ont

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Tu peux sauter sur tes ennemis en hurlant YAaaaaaaaaaaa !!
Bon, un western chinois avec des grosses cylindrées… vous voyez un peu le tableau ? Plan d’ouverture, le héros se réveille en plein désert… y a un gros loubard, façon Dolph Lundgren du XIIIème qui lui attache les poignets et le traine derrière lui sur des kilomètres avec sa moto. Sauf que Dolph Lundgren il n’est pas très futé et il passe au travers d’un mur de feu qui brûle alors les liens du héros. Mais attention, pas toute la corde… nan, c’est là que c’est un truc de fou : Le feu ne brûle que le coté droit de la corde, pour que le héros reste attaché mais puisse libérer sa main droite pour choper un gros gun. Là il tire sur la moto qui part dans une cascade de malade mental que même Rémy Julienne il n’aurait pas les couilles de la faire, avant d’exploser dans une gerbe d’effets pyrotechniques trop de la balle. Là, le héros se relève… sans une égratignure parce que c’est un putain de héros, tu vois. Gros plan travelling avec les flammes en fond et là tu t’aperçois que c’est Jason Statham. Et là t’es scié ! Enfin t’aurais du l’être, car ces cons de chez Ubisoft, ils lui ont foutu une grosse veste en cuir avec un col que t’as jamais vu ça dans la vraie vie… le col il lui remonte jusqu’aux oreilles. Du coup, on ne voit que ses yeux à Jason. Et faut être super calé en Jason Statham pour s’apercevoir que c’est lui au final. Alors bon, les Yamakasi, les Audi, maintenant Jason Statham… j’avais un peu les boules, donc y avait pas moyen qu’ils me la fassent à l’envers avec Jean Réno. Ils ont bien essayé de me dire que Jean Réno n’est pas asiatique et que du coup il ne peut pas jouer les rôles du sensei et du shérif, mais j’ai pas cédé. Attends, Jean Réno si il veut, il est plus asiatique que les asiatiques ! Il était même prêt à jouer la pute qui tombe amoureuse du héros, mais j’avais déjà prévu de faire jouer Milla dès qu’elle aurait fini de tourner Resident Evil.

Coupé au montage

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L’histoire est clairsemée de cinématiques interactives.
Comme ils ont vu que je boudais un peu pour l’histoire des Yamakasi, Ubisoft a quand même décidé de me faire plaisir, en proposant des combos de ouf où Jason il saute partout et défonce les méchants avec des coups de malade chorégraphiés par Chuck Norris et Steven Seagall. Parce que le truc mortel, c’est que le jeu est compatible avec le machin truc plus que tu branches sur la télécommande de ta Wii. Du coup, quand tu fais des mouvements avec ta télécommande, bah le mec à l’écran il fait pareil. Sauf que lui il n’a pas une télécommande mais un putain de katana. Et quand tu fais des mouvements bien spécifiques en appuyant sur les bons boutons, là ça te fait des coups spéciaux qui bougent dans tous les sens, pire que le Space Mountain. Moi ça m’a rendu malade, mais Jason et Steven ils y arrivaient bien. Faut dire qu’ils ne prenaient pas de supplément cassoulet à la cantoche, eux. Bref, en plus du katana, on a rajouté plein de flingues. C’était l’idée de Chuck ça. Enfin lui il voulait que le héros ait une grosse M-60 et bute du viet’, comme dans Porté Disparu, mais bon… ça ne fait pas très western. Du coup on a mis un fusil à pompe ! C’est mortel, car comme ça tu peux exploser le genou des ennemis, qui s’effondrent au sol comme des grosses merdes. Et après tu les achèves en les embrochant avec le katana comme un gros bâtard. Mais attention hein… Pas de sang ! On a remplacé l’hémoglobine par des espèces de gerbes maronnasses façon beurre de cacahuètes, histoire de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. Parce que les enfants ils aiment bien défoncer la gueule de mecs à coups de pétoires et de katana, mais tu risques de leur faire peur en leur montrant du sang. Alors que le beurre de cacahuètes tout de suite ça fait plus festif. Non, le seul problème c’est qu’à chaque fois que tu butes un mec, on doit linker le site Manger-bouger.fr.

Réduction budgétaire

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Un Far West sans pétoire, c’est pas un Far West… même à l’Est.
Pour Red Steel 2, on s’est vachement investit et on a pondu un truc autrement mieux gaulé que cette bouse de premier épisode. Le scénario défonce, y a plein de dialogues super bien entre la pute thaïlandaise et Jason Statham, et les mecs d’Ubisoft, ils ont vraiment assuré sur le gameplay. Bon, par contre niveau budget c’est un peu tendu. Surtout que là tu ne peux pas compter sur Audi pour te fournir des bagnoles, ni sur Armani pour habiller Jason gratos. T’es obligé de sortir les thunes de ta poche et du coup il restait plus grand-chose pour les décors. A la base on voulait des environnements hallucinants entièrement tournés sur fond vert, comme Avatar. Mais finalement on a du abandonner l’idée et tourner avec des décors en carton-pâte, dans une cité d’Aubervilliers. Le résultat n’est pas super saisissant à l’écran, mais finalement tout le monde s’en fout des décors. Surtout qu’en guise de cache-misère, on a eu une super idée : Le Cel Shading. Moi je ne connaissais pas, mais c’est une technique de traitement de l’image super sympa qui fait que t’as l’impression de jouer une bd, tu vois. En plus, pour rajouter un peu à la tension et faire croire aux joueurs que le jeu est super beau, on a foutu des séquences en précalculé, avec un QTE pour que le joueur n’ait pas trop l’impression de rien branler. C’est mon ami David Cage qui m’a filé l’idée. Il m’a dit : « Faire un jeu vidéo c’est tout con. C’est comme faire un film, sauf que tu rajoutes des boutons en incrust’ par-dessus l’image. Le joueur va appuyer sur les boutons et croire que c’est lui qui joue alors qu’en fait non. Ils sont trop cons ! ». Du coup, j’me suis dit qu’on pourrait refaire tout le jeu comme ça, mais Ubisoft ils n’ont pas voulu parce qu’ils pensaient que les joueurs préféraient jouer eux-mêmes que laisser l’action se dérouler en appuyant sur un bouton de temps en temps. Résultat, Heavy Rain se vend par brouettes et Red Steel 2 on est obligé de les donner pour qu’ils ne prennent pas la poussière dans les rayons.

Malgré un scénario et des dialogues tout justes dignes d’un téléfilm de deuxième partie de soirée sur la TNT, Red Steel 2 rempli parfaitement son office grâce à un gameplay ingénieux et un plaisir de jeu indéniable.

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