Prince of Persia, une certaine idée de la poésie

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La saga Prince of Persia ne date pas d’hier, mais en la remettant au goût du jour avec Les Sables du Temps, Ubisoft se l’est approprié. Pour sa première apparition sur PS360, le prince se devait de se réinventer ; surtout après ses deux derniers semi-échecs.

Un prince ou un assassin ?

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Un peu à l’image d’Assassin’s Creed, les combats manquent de punch mais sont parfaitement chorégraphiés.
Même si le terme est aujourd’hui obsolète, on l’attendait depuis un bout de temps ce Prince of Persia « Next Gen ». A tel point qu’on s’attendait plus à le voir arriver que son homologue croisé d’Assassin’s Creed. Altaïr et le Prince ont d’ailleurs beaucoup de choses en commun : Une certaine désinvolture dans la démarche et les propos, une agilité féline, ainsi qu’une large propension à escalader tout ce qu’ils trouvent. La ressemblance est tellement frappante qu’en jouant à Prince of Persia, on imagine sans mal ce que sera Assassin’s Creed 2… qui ne manquera pas de s’inspirer du gameplay de Prince, s’inspirant lui-même de celui des premières aventures d’Altaïr qui, il faut l’avouer, lorgnait déjà beaucoup sur les précédents Prince of Persia. La boucle semble donc interminable et on pourrait presque croire à une seule et même saga, alternant entre diverses époques. Toutefois il subsiste une différence de taille entre les deux séries, et notamment avec ce Prince of Persia là : Les combats ! Car si par le passé, le Prince avait la lame plus facile encore qu’Altaïr, aujourd’hui il passerait presque pour un objecteur de conscience. Car en effet, les combats se font rares dans ce Prince of Persia. En cela, il semble beaucoup plus revenir à ses origines ancestrales ; celles datant d’une autre époque, d’une autre vie… l’époque de l’Apple II. En ces temps immémoriaux, les combats n’étaient pas légion et reposaient tant sur une chorégraphie parfaitement orchestrée que sur la personnalité même des adversaires. C’est un peu ce qu’on retrouve ici avec, certes quelques adversaires génériques qui ne feront jamais très long feu (et peuvent même être éliminés avant leur apparition), mais aussi et surtout, quatre puissants gardiens que l’on combattra de façon récurrente tout au long de notre progression. Les adeptes du meurtre de masse seront donc forcément déçus, d’autant plus que ces combats, si parfaitement chorégraphiés, ne se déroulent pas à un rythme infernal ; n’offrent pas non plus des moments d’anthologie contre des monstres de quinze mètres de haut à la puissance dévastatrice. Ça, le prince préfère le laisser aux Hayabusa et autres Dante.

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Si je tombe c’est pas bien grave, Elika veille sur moi.
Ces quatre gardiens (L’Alchimiste, La Concubine, Le Guerrier et Le Chasseur), sont les hommes de mains du dieu des ténèbres, Ahriman, longtemps retenu prisonnier par les Ahuras, un peuple vénérant un dieu supposé juste et bon appelé Ormazd. Peu à peu les Ahurans perdirent les pouvoirs que leur offrit leur dieu, et désertèrent uns à uns les cités prospères où ils avaient élu domicile. Très vite il ne resta plus de ce peuple, qu’un roi sans sujet et sa fille, la princesse Elika. Seulement voilà, celui-ci passa un pacte avec Ahriman, et brisa le sceau qui le retenait prisonnier. La dernière chance de sauver le monde de l’emprise des ténèbres prit alors l’apparence d’un jeune voleur perdu dans la tempête, à la recherche de son âne Farah. C’est ainsi que commence l’histoire du Prince de Perse, une fable poétique qui n’a pas grand-chose de très original mais ne tombe pas forcément non plus dans les clichés auxquels nous sommes si souvent habitués. L’histoire se laisse donc vivre au gré des dialogues tendres, drôles et parfois un brin provocateurs entre le prince, ou plutôt le voleur, et la princesse. Ce qui est amusant, c’est que mis à part les cinématiques et quelques dialogues automatiques, le gros de l’histoire, tout comme la philosophie des personnages, s’apprend en questionnant la princesse avec la gâchette gauche. Ainsi, les joueurs peuvent se contenter de faire des galipettes avec Elika (au sens premier du terme j’entends), ou choisir d’en apprendre d’avantage en laissant une part importante de son temps aux dialogues. J’avoue que j’ai grandement apprécié ces petits bavardages entre nos deux héros, même s’il faut reconnaitre que les doublages auraient pu être plus réussis.

Elika, l’ange gardien

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Trop peu de moments de réflexion ponctuent la progression. Et ceux-ci n’ont vraiment rien d’insurmontable.
Un peu partout, ce Prince of Persia nouvelle génération divise. Si tout le monde, ou presque, s’accorde à dire qu’il s’agit d’une prouesse visuelle extraordinaire, nombreux sont ceux qui montrent du doigt son gameplay et son manque de challenge. C’est vrai que les choses ont énormément changées depuis les précédents volets, mais est-ce un mal ? Car malgré un excellent premier épisode, les deux suivants s’enlisaient dans une médiocrité de plus en plus palpable… jusqu’à en faire une sorte de God of War du pauvre ; quelques cabrioles en sus. Alors bien entendu que le jeu se veut plus accessible. C’est d’ailleurs la politique générale d’Ubisoft et de nombreux autres éditeurs. Je suis d’ailleurs un des premiers à regretter cette absence de challenge, mais cela veut-il nécessairement dire que ce Prince of Persia est un mauvais jeu… ou même un jeu moyen ? Ce qui choque essentiellement les joueurs, c’est la présence d’Elika, nous sauvant irrémédiablement d’une mort assurée, et ce même lorsqu’elle est censée être ligotée, dans les vapes ou à la traine de quelques centaines de mètres derrière. Tout cela manque cruellement de cohérence, mais au final il ne s’agit ni plus ni moins que d’un checkpoint déguisé. Bon nombre de jeux se seraient contentés de nous faire mourir et revenir quelques mètres en arrière. Ici la mort est proscrite et le retour se fait sur la dernière plateforme stable connue. Rien de bien scandaleux en fin de compte. Tout comme la possibilité de faire appel à ses pouvoirs pour nous projeter un peu plus loin dans notre saut. Qu’y a-t-il là dedans de plus anormal qu’un sempiternel, mais néanmoins irrationnel, double saut ? Au final, le principal défaut d’Elika, c’est peut-être d’avoir un peu le cul entre deux chaises. D’un coté on la sent fragile et cela nous donne envie de la protéger. De l’autre elle parait bien plus puissante que le prince, et c’est elle qui les trois quart du temps nous sauves les miches. Du coup, on la voit plus comme un ange gardien que comme une Yorda des milles et une nuits.

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La plupart, pour ne pas dire la totalité des paysages sont à couper le souffle.
Plus que la présence d’Elika, c’est dans l’approche des pirouettes que le jeu se perd un peu à mon sens. En effet, si l’on a constamment le choix des niveaux que l’on souhaite effectuer (sans aucun temps de chargement qui plus est), cette liberté se trouve cependant bridée lorsqu’il s’agit de faire nos acrobaties. Les parcours menant au combat de fin de niveau sont en effet plus que balisés et ne laissent que rarement le choix dans l’itinéraire. Pire, une fois les deux premiers niveaux passés, on a appréhendé quasiment tout ce qu’il était possible de faire comme cascade ; hormis l’utilisation des plaques de pouvoir. Je regrette également que les développeurs aient eu recours à des artifices pour rallonger une durée de vie déjà relativement courte. En effet, chaque fois qu’une région sera fertilisée, celle-ci pourra être arpentée (avec plus de liberté d’ailleurs, ce qui est appréciable) pour y récolter la cinquantaine d’orbes disséminés. Certains sont particulièrement difficiles d’accès et c’est peut-être seulement dans ces moments là que le jeu nous demandera un minimum de réflexion. Mais il reste que cette méthode de nous faire recommencer le niveau une seconde fois, même si la collecte des orbes est plus ou moins facultative puisque seule la moitié est nécessaire pour finir le jeu, donne cette désagréable impression d’un titre qui partait pour se finir en cinq heures, auquel on a rajouté un trajet aller/retour pour doubler le temps de jeu (un peu comme DMC4 quoi). Malgré tout cela, et puisque seule ma subjectivité est tolérée en ces lignes, je suis tombé sous le charme de ce Prince of Persia. Les personnages sont attachants, les animations d’une fluidité exemplaire et les paysages grandioses, peut-être même est-ce le jeu le plus impressionnant de cette génération à mon sens. Et même si l’on se sent parfois pris par la main, on prend… du moins J’AI pris… un plaisir incommensurable à arpenter l’univers d’Elika et de feu son peuple. Il y a quelque chose de magique dans tout cela, et moi ça me touche bien plus qu’un gros barbare grec qui décapite des dieux à tour de bras.

On pourra reprocher beaucoup de choses à ce Prince of Persia nouvelle génération, à commencer par son approche peut-être trop grand public. Mais en retrouvant une atmosphère magique et poétique comme avait su le faire Les Sables du Temps, ils nous plonge dans un état de félicité permanent, renforcée par des graphismes et un level design tout simplement époustouflant.

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