Lords of Shadow, la saga Castlevania réinventée

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Véritables intentions ou techniques marketing à la mords-moi-le-nœud ? Une chose est sûre, c’est que ce dernier Castlevania souffle un vent nouveau sur la série de Konami.

Entrez sur les terres du clan Belmont

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Lords of Shadow est de ces jeux où par moment, tu t’arrêtes de jouer juste pour regarder les décors.
Pour m’être tapé la longue, très longue, pour ne pas dire interminable chronologie de la saga Castlevania, je peux affirmer que Lords of Shadow n’en est absolument pas un ! Déjà, parce que le jeu a été annoncé bien en amont du rattrapage médiatique par Kojima, sous le seul nom de Lords of Shadow (lors de la GamesConvention de 2008). Ensuite, parce que le titre de MercurySteam propose un scénario ; ce qui est en totale contradiction avec l’ensemble de la saga de Konami dont l’histoire se résume à un simple « Dracula réveillé, Dracula défoncé ». Enfin, parce qu’il ne propose pas les principaux codes de la série, et notamment l’immuable design baroque et ténébreux. La meilleure preuve n’est-elle d’ailleurs pas le fait que Konami l’a annoncé comme un reboot et non une suite. Une façon comme une autre de nous dire : « Ouais ok ça n’a rien à voir, mais on va dire qu’on a tout recommencé à zéro, hein ?! » C’est vrai que la saga Castlevania n’est absolument pas populaire, donc il est préférable de repartir à plat. De la même manière, on peut se demander quel est l’impact de Kojima sur le développement ? Y a-t-il réellement participé, ou son nom s’est-il simplement vu apposé afin de ne pas brouiller les fans qui ne comprendraient pas qu’aucun japonais digne de ce nom ne travaille sur un titre estampillé Castlevania ? On ne le saura sans doute jamais, et on lui accordera donc le bénéfice du doute, même si l’absence de cinématiques de plus de quatre heures me fait supposer qu’il n’a pas du s’y investir à fond… Mieux vaut donc prendre du recul et considérer ce Lords of Shadow pour ce qu’il est, et non pour ce qu’on a voulu en faire ; d’autant plus qu’il ne manque pas de qualités le bougre.

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Les araignées de Castlevania m’ont traumatisé…
On est donc jeté en pleine campagne roumaine, ou une région similaire qui n’étonnera pas les fans d’Underworld, Van Helsing et autres films du genre mêlant vampires et loups-garous. Jeté c’est le terme, car outre une pseudo-description des tourments de l’époque par une voix off très bien choisie, on ne sait guère grand-chose sur les motivations du héros… un Belmont bien entendu. Mais nul besoin de tergiverser, les premiers lycans apparaissent et il est grand temps d’éprouver un peu les mécaniques de combat. Très inspiré de God of War évidemment, Lords of Shadow puise également dans la maniabilité d’un Devil May Cry pour nous offrir une action fluide et sanguinolente faite de combos meurtriers et d’exécutions barbares. Pour être honnête, les deux premières séquences m’ont particulièrement gonflé. Je ne saurais dire si elles sont réellement ratées ou si ça tient au fait qu’on nous les avait balancés en vidéo et en démo à de très nombreuses reprises, mais elles me lassaient avant même de commencer (et puis les tutos, c’est jamais bien passionnant). Heureusement, très vite les choses évoluent : Les décors passent, le bestiaire s’étoffe, les combos s’affinent et le plaisir de jeu s’en voit décuplé. C’est bien simple, je n’avais pas vu depuis bien longtemps un bestiaire aussi plaisant (cinéma compris) et encore moins un jeu offrant autant de variété dans ses environnements.

Faune et flore

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Certaines séquences font irrémédiablement penser à Shadow of the Colossus.
Contrairement à ce à quoi l’industrie du jeu nous a récemment habitué, et notamment lorsqu’il s’agit de jeu d’action/aventure/beat’em all, Castlevania: Lords of Shadow est long ! Oui, long… une vingtaine d’heures. Je sais, ça ne vous était pas arrivé de jouer plus de vingt heures à un même jeu depuis les années 80. Comme quoi, il reste encore des développeurs aujourd’hui qui respectent les joueurs et leurs investissements et c’est suffisamment rare pour être souligné. Et s’il est long, c’est parce qu’il vous fait voir du pays : On commence dans un obscure village ravagé par des lycans, puis on traverse des marais tout aussi magnifiques que dangereux, des forêts luxuriantes, des châteaux bâtis à flanc de montagne, des cités oubliées, des vallées enneigées et j’en passe. Les environnements sont tout aussi variés qu’impressionnants, et regorgent de passages absolument dantesques, à gravir des parois abruptes à la seule force du poignet. C’est bien simple, par moment, même Assassin’s Creed peut aller se rhabiller. Bon, on aurait aimé que les développeurs ne nous fassent pas briller les éléments propices à être escaladés comme si nous n’étions qu’une bande de demeurés incapables de faire marcher leur jugeote, mais on finit par ne plus y faire attention et on se laisse aller à une progression des plus agréables, à fouiner dans les recoins pour en dénicher tous les secrets entre deux bestioles exterminées avec force et brutalité.

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Cornell, le seigneur des lycans, n’a plus rien à voir avec le gentil Cornell de Legacy of Darkness.
Ah les bestioles ! On touche sans doute là à la plus grande qualité de ce soft : Son bestiaire ! Certes, celui-ci n’est guère original… du moins pour la majeure partie de ses entrées. Quelques lycans de toutes tailles, des araignées géantes, des gobelins, des petits diablotins volants, des sortes de trolls à gros nez, des vampires, des goules, des armures vivantes ou des chevaliers fantomatiques pour ne citer qu’eux. Mais on ne peut que s’incliner devant leur diversité et leur esthétisme. Chacune des créatures rencontrées a subit un traitement particulièrement soigné et fait vraiment plaisir à voir. Ça ferait presque mal au cœur de les éviscérer, tellement certains sont choux (les trolls à gros nez surtout). De plus, très rapidement dans l’aventure, le héros va être en mesure d’améliorer son fouet (le fameux vampire-killer qui est tout juste évoqué, tout comme Gandolfi, au moment où on améliore son arme en pieu anti-vampire) pour le transformer en une sorte de chaine capable non seulement de permettre à Gabriel Belmont d’escalader les bâtisses ou se balancer au-dessus d’un précipice, mais également de choper une grosse bébête pour la monter (en tout bien tout honneur) et user de ses capacités à notre avantage. Et là, quand on chevauche pour la première fois un gros loup-garou ou une araignée géante, c’est juste la grande classe (Perso, ma préférence va au phacochère de combat) ! Un sentiment d’invincibilité nous envahi alors et c’est avec le plus grand des regrets qu’on finit par abandonner sa monture, non sans lui avoir écrasé la carotide (ou quelque chose de ce genre).

Pour les virtuoses

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Je me vois bien me balader sur les trottoirs parisiens en chevauchant une araignée géante tiens…
Au fil des minutes, puis des heures, on ne cesse d’être surpris et émerveillé par les nouvelles trouvailles des développeurs. L’aventure est sans cesse renouvelée et malgré sa grande durée de vie, ne tombe jamais (ou très rarement) dans l’ennui et la redondance. Aux séquences de génocide suivent des rixes plus touchy contre des créatures un peu plus imposantes, voire carrément gigantesques, puis des phases d’escalade à faire pâlir Lara Croft de jalousie ou encore quelques rares passages de réflexion… malheureusement pas suffisamment nombreuses, et encore moins originales, à mon goût. Les combos à disposition (pour la plupart à débloquer) sont particulièrement nombreux, et là encore font beaucoup penser à Devil May Cry. A ces enchainements s’ajoutent également des pouvoirs divins et maléfiques, qu’on acquerra au cours de notre progression. Ces pouvoirs ne sont d’ailleurs pas à prendre à la légère, et notamment les pouvoirs divins, puisqu’en les actionnant judicieusement, il est tout à fait possible (et même conseillé) d’absorber la vie de ses opposants. Une technique non seulement pratique, mais surtout salvatrice contre certains monstres de fin de niveau.

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Certains personnages énigmatiques font quelque peu penser aux films de Guillermo Del Torro.
Car sachez-le, Lords of Shadow n’a rien de simple, bien au contraire. Beaucoup de combats demanderont de la pugnacité et de la persévérance. Pour exemple, j’ai encore en mémoire ma première rencontre avec une araignée géante. Non seulement j’en ai bien sué pour l’abattre, mais j’ai surtout du m’en coltiner une deuxième dans la foulée, accompagnée de quelques lycans, sans la moindre once de vie supplémentaire. Bien sûr, comme souvent avec ce type de jeu, lorsqu’on comprend les subtilités et qu’on maitrise les différents combos, les affrontements deviennent plus abordables, mais le jeu ne devient jamais facile pour autant. Et quand on sait qu’il existe deux niveaux de difficulté au-dessus du déjà technique mode normal, les plus acharnés devraient trouver de quoi rentabiliser leur achat. D’autant plus que l’aventure renferme de nombreux secrets à dénicher, qu’il s’agisse de simples parchemins laissés par les cadavres d’anciens chevaliers déchus, des gemmes pour accroitre votre jauge de vie ou celles de vos pouvoirs divins et maléfiques, et bien d’autres secrets encore pour lesquels il faudra parfois revenir sur ses pas. Bref, entre une durée de vie conséquente, une réalisation de haut vol, un gameplay varié, une difficulté bien présente et pas mal de petits défis à réaliser, il faudrait être fou pour faire l’impasse sur ce futur GOTY.

Lords of Shadow n’est sans doute pas un Castlevania comme les fans l’entendent, mais ça ne l’empêche en rien d’être une franche réussite. De loin le meilleur jeu du genre sur cette génération et sans doute le meilleur titre de cette année 2010, devant les Red Dead, les Halo, les Starcraft et autres Mario Galaxy.

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