La Peste, le Choléra et le Rail Shooting

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Parce que j’en ai marre de la politique vomitive des éditeurs de jeux vidéo, j’ai décidé de pondre ce papier à charge, contre les mécaniques qui gangrènent l’industrie du jeu vidéo : L’Auto-regen, le QTE et le Rail-Shooting.

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté j’avoue que plus ça va, plus je deviens blasé quand on parle de jeux vidéo. Il faut dire aussi que je n’aime pas, mais alors pas du tout le chemin qu’est en train de prendre ce média depuis qu’il s’est ouvert au grand public. Je sais, ça fait toujours élitiste-à-la-con-qui-se-la-pète-parce-qu’il-était-là-avant ce genre de phrase. Seulement, je ne vois pas comment le dire autrement. C’est juste le triste constat que je porte, du haut de ma modeste mais longue expérience et de mes goûts de chiottes. Je ne dis pas que tout était mieux avant. Je ne dis pas non plus que tout est à jeter et que je ne vibre pas lorsque je tombe sur un jeu qui envoie du bois. Mais force est de constater que même dans les meilleurs titres de ces dernières années, il faut régulièrement qu’on se tape la peste, le choléra ou le rail shooting.

La Peste

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Entre hier, aujourd’hui et demain, Call of Duty aura décidément bien pourri le jeu vidéo…
La peste pour moi, c’est l’Auto-Regen. Ce que K.mi appelle fièrement « la reprise de vie pour glands ©». On estime que l’Auto-Regen est apparu pour la première fois avec Halo – ou plutôt « J’ESTIME ». Je préfère préciser car on ne sait jamais quand on va tomber sur un historien intégriste qui va vous sortir le nom d’un jeu en Basic auquel lui seul a joué vers la fin des années 70. Seulement, à l’époque du FPS de Bungie, la tumeur était encore bénigne, car seul le bouclier se régénérait. La jauge de vie quant à elle, était toujours soumise au dictat de ce bon vieux médikit. Ce n’est que plus tard, avec l’arrivée de Call of Duty 2 en 2005, qu’elle a muté en cellule cancéreuse et s’est propagée à vitesse grand V dans toute l’industrie. Aujourd’hui, c’est une véritable hécatombe. Les développeurs rivalisent même d’ingénierie pour nous pondre des codes visuels classes pour nous faire comprendre qu’on est en train de crever. Ecran qui s’assombrit, qui rougit, type vaisseaux sanguins ou pas, voire carrément un simple icône à la con qui apparait progressivement façon Gears of War. A croire qu’il s’est ouvert des écoles pour designer d’Auto-Regen.

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Pourtant, des alternatives géniales à l’auto-regen, ça existe !
Les conséquences de cette démocratisation de l’auto-regen sont multiples. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de la disparition pure et simple d’un semblant de réalisme, à l’heure où paradoxalement, certains se tirent la bourre pour nous pondre des pseudos-jeux guerriers qui se veulent (ou plutôt se disent) fidèles aux conflits actuels. L’auto-regen est sans doute également responsable de l’absence de challenge dans les jeux d’action actuels. Ceux qui sont nés avant la Playstation se souviendront sûrement de cette appréhension qui nous prenait aux tripes quand on avançait arme au poing dans un obscur couloir avec un piètre 10% de points de vie au compteur. A l’époque on pouvait lire des tags dans les chiottes « Je suce pour un médikit ». Du coup, on avançait bien moins vite, bien plus prudemment. Alors qu’aujourd’hui, on s’en branle. On fonce dans le tas en beuglant « Yaaaaaaaaaaaaah » et si on se mange une ou deux bastos de trop, on se planque une dizaine de secondes pour récupérer avant de repartir au charbon la fleur au fusil. Tu parles d’un kif !

Le Choléra

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Tout ça, c’est de sa faute ! Va rôtir en enfer, Ryo.
Le choléra, c’est le QTE. Rien que pour ça, je maudis Shenmue sur treize générations et je prie tous les jours pour que ne sorte jamais ce troisième épisode tant fantasmé par les fans, par pure méchanceté et esprit de vindicte. Si l’auto-regen a considérablement réduit la notion de challenge dans les jeux actuels, le QTE lui l’a tout simplement réduit au néant. De nos jours, on a même droit à des jeux où l’intégralité du gameplay (ou presque) repose sur cette idée stupide qu’avec un QTE, tu t’identifies vachement plus à ton personnage par le biais d’actions contextuelles à la con. Ouais c’est sûr, appuyer sur la gâchette pour se laver les dents, ça me rappelle trop mon quotidien. D’ailleurs s’il y a un Dieu dans l’univers, je suis sûr qu’il a un pad 360 entre les mains et qu’il fait des arcs de cercles avec son stick à chaque fois que je vais couler un bronze. Mais bon, les jeux de David Cage ça passe encore (puisque tout le monde aura compris que c’est d’eux que je parle). Deux ou trois jeux par-ci par-là, ce n’est pas ça qui plombe une industrie. Et puis ça permet de basher, c’est cool. Non, le pire ce ne sont pas les jeux QTE, ce sont les autres. Ceux qui sont censés avoir un vrai gameplay et qui ne peuvent pas s’empêcher de te balancer un « Press X » à tout bout de champ parce qu’ils pensent que c’est trop de la boulette de faire en sorte que tu t’excites comme un con sur ta manette pour ouvrir une porte ou tuer un rat dans un conduit de ventilation.

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Se laver les dents en secouant sa manette c’est trop génial, trop indispensable ! C’est l’AVENIR !!!
A l’époque où j’étais jeune et découvrais la vie, je me souviens que la rencontre avec un boss était toujours un moment éprouvant. Une lutte à mort, au sens premier du terme. C’était bon, c’était intense, et quand finalement il tombait sous nos coups de boutoir, notre corps tout entier était envahi de spasmes en même temps que l’adrénaline retombait. Un combat contre un boss, c’était limite sexuel ! Aujourd’hui, quand tu combats un boss, tu regardes une cinématique en baillant aux corneilles… et de temps en temps, t’appuies sur un bouton pour faire style tu lui as donné un coup vachement impressionnant. C’est passionnant. J’imagine le mec en brainstorming, tout fier de balancer que pour tuer le boss de fin, ce serait super géant s’il fallait appuyer sur X puis Y avant de faire une action combinée du stick et de la gâchette gauche. Et là, toute l’équipe, émue aux larmes, applaudis en chœur l’idée de génie du jeune stagiaire préposé aux photocopies et se persuade qu’ils tiennent l’idée du siècle et vont révolutionner le jeu vidéo. Le pire dans tout ça, c’est que je serai graphiste dans cette histoire, j’aurai sérieusement les boules. Car à cause du QTE, plus personne ne regarde ton boulot. On est tellement concentré pour savoir sur quel maudit bouton il va falloir appuyer, que la seule chose qu’on aperçoit c’est la couleur du bouton en question… la cinématique derrière, tout le monde s’en branle. Par contre, les mecs qui ont créé le design des pads 360 et Playstation, doivent être ravis. Et s’ils touchaient des royalties pour la reproduction de leurs boutons, ils seraient les rois du pétrole !

Le Rail Shooting

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Pas un jeu d’action ne sort sans son rail shooting.
Mais le pire de tous, c’est bien le Rail Shooting. A tel point que je n’ai pas trouvé de maladie à laquelle j’aurai pu l’associer. Même l’Ebola à côté, ça me semble bénin. Alors je ne sais pas quel connard a décrété un jour que rester à glander derrière une tourelle pour buter des mobs qui se pointent par vagues c’était super fun, mais ce mec-là n’avait sans doute jamais touché une manette de sa vie. Le problème, c’est que cet abruti devait être très influent dans le milieu, parce qu’aujourd’hui il n’y a pas un seul jeu d’action, à la première comme à la troisième personne, qui ne sorte sans sa petite séquence de Rail Shooting chiante comme la mort. A croire qu’à un moment pendant les brainstormings, il y en a toujours un pour dire : « Non mais les gars, là notre jeu il est trop cool, faut qu’on mette des séquences de rail shooting pour que les joueurs s’emmerdent un peu, sinon on risque de passer pour un studio talentueux ». Franchement, je sais bien que l’industrie du jeu vidéo est une industrie du copier/coller, mais je ne comprendrais jamais ce besoin qu’ont les développeurs de se saboter eux-mêmes, sous prétexte que le copain d’à côté à fait la même chose.

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La scène préférée de K.mi dans Gears of War 3… Enfin, le peu qu’il s’en souvient vu qu’il dormait.
Ces séquences de rail shooting, quelque part, ça trahit bien le manque total de talent et d’imagination des développeurs, lorsqu’il s’agit de mise en scène. Un peu comme le fait que très peu ne savent raconter une histoire sans passer par la sacro-sainte cinématique, on a l’impression qu’il n’existe pas un studio qui soit capable d’offrir un jeu bien mis en scène, sans être obligé de passer par ces caches misère que sont le QTE et le Rail Shooting. C’est peut-être là ce qui empêche le jeu vidéo de se hisser au niveau du cinéma, lorsqu’il s’agit de retranscrire des émotions. Pourtant, en nous racontant une histoire dont nous sommes les héros, le jeu vidéo devrait légitimement mettre une pilule au cinoche dans ce domaine. Malheureusement, tout ce qu’on sait faire c’est scripter à mort et restreindre les contrôles du joueur pour l’emmener là où on le souhaite. Et nous enlever le contrôle de nos personnages, c’est bien LA raison qui fait qu’on ne peut pas exprimer d’empathie pour eux. Le jour où l’industrie du jeu vidéo aura compris ça, on aura fait un grand pas.

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