L’école des fans

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A chaque blockbuster qui sort, c’est la valse des 10/10.

La perfection n’est pas de ce monde

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Des rues vides, mortes et jaunes… ouuuuuh quelle ambiance de folie. C’est que j’en mouillerai presque mon caleçon dis donc.
Dans l’industrie du jeu vidéo, il y a une équation qui ne manque jamais de se vérifier : Plus ce média s’offre au grand public, plus les budgets de développement s’envolent et moins les critiques sont crédibles. Il n’y a qu’à faire un tour de temps en temps sur le fameux site News4Gamers, pour voir la valse des notes parfaites (ou presque) qui accompagne la sortie des blockbsusters. Pourtant, il suffit de regarder les dernières grosses sorties de l’année, pour se rendre compte facilement de l’abus pratiqué par la plupart des sites… et pas que les plus gros. Gears of War 3 : Un jeu quasiment copié/collé des précédents, les scènes d’anthologie en moins, du rail shooter chiant comme la mort en plus… et un multi loin d’avoir trouvé le bon équilibre, aux dires des joueurs qui le pratiquent. Pourtant, les notes l’accompagnant donnent le vertige. Autre exemple, Deus Ex Human Revolution : Une réalisation datée, une ambiance de Playmobil, une I.A. aux fraises et une récurrence outrancière des mécaniques de jeu (Conduit de ventilation, etc.). Encore une fois, les notes ont fait flamber le web. On pourrait dire la même chose de tous ceux qui ont suivis : Battlefield 3, Modern Warfare 3 et, prochainement, Uncharted 3 dont je doute qu’il soit aussi parfait que ne semble le penser les différentes rédactions à travers le monde.

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Battlefield 3, la campagne solo la plus chiante de l’histoire. A ce niveau, même le pitoyable World at War fait mieux.
Alors attention, je ne dis pas forcément que ces jeux sont mauvais (même si pour certains, je le pense très fortement). La plupart ont de grandes qualités, mais il n’empêche que leurs défauts pullulent presque autant. Certains vont trouver des excuses, comme Battlefield qui est surtout pensé pour être joué en multi. Il n’empêche que fournir un mode solo, d’une part ça attire de nouveaux joueurs, encore réticents à se faire humilier en ligne, qui se retrouvent alors avec un mode solo court et bourré de scripts parmi les plus mal conçus jamais vus. Ensuite ça implique de mettre des mecs au développement, voire de bouffer du temps et de l’espace disque qui auraient pu profiter d’avantage au multi. Dès lors, il me parait aberrant de ne pas sanctionner le jeu de DICE, pour avoir fourni une campagne solo d’aussi piètre qualité… même si son multi est réussi (bien qu’il ne se démarque pas assez à mon sens de Bad Company 2). Alors pourquoi la plupart des sites et magazines français et étrangers sont-ils aussi consensuels ? Les raisons sont sans doute multiples…

A qui profite le crime ?

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Vous vous souvenez du scandale Gamespot/Kane & Lynch ? Les rédactions ont-elles tirées les leçons de leurs erreurs ? Bah non…
D’abord, il faut savoir que pour la plupart des médias, qu’ils soient en ligne ou sur papier, la publicité qui les fait vivre est essentiellement payée par les éditeurs de jeu. Et pour cause, celle-ci s’articule autour des jeux vidéo, dans 90% des cas (si ce n’est plus). C’est quand même curieux, vous ne trouvez pas ? Je ne sais pas, le joueur lambda ne va pas au cinéma, n’achète pas de déodorant, n’écoute pas de la musique, ne conduit pas de voitures, n’utilise pas de PC… bref, ne fait pas tout ce que font monsieur et madame tout le monde ? Alors pourquoi les rédactions ne partent pas en quête de nouveaux annonceurs, qui ne laisseraient planer aucun doute quant à leur crédibilité et leur liberté d’expression ? Alors je ne dis pas forcément qu’ils sont tous pourris et qu’ils nagent dans des piscines de biffetons que Ubisoft, Activision et Electronic Arts déversent régulièrement par bennes entières. Il n’empêche que lorsque tu vois une note surélevée pour un jeu pas si parfait que ça, alors que la pub trône en bonne place sur le site/mag, il y a de quoi se poser des questions… non ? Si, entre deux tests, on avait des pubs pour Axe, Citroën et Durex, on serait déjà moins enclins à tirer des conclusions hâtives.

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Tout le monde vous dira que Modern Warfare c’est du pipi de chat, pourtant les notes sont toujours faramineuses.
Ensuite, il y a le sacro-saint lectorat qu’il ne faut pas froisser. Ça peut paraitre curieux dit comme ça, mais très souvent un jeu est surcoté car il est très attendu. Oui, vous avez bien lu : Les notes sont généralement attribuées en fonction de l’attente suscitée par un produit, et non par sa seule qualité. Les rédactions sont en effet peu enclines à tailler un jeu qui va se vendre par millions d’unités, car elles veulent se faire l’écho du plus grand nombre ; et le plus grand nombre, il est rarement très objectif. Allez expliquer à un fanboy Microsoft que Gears of War 3 est raté, à un fanboy Rockstar (vous n’avez pas besoin de le chercher bien loin, on en élève un par ici) que Red Dead Redemption n’est pas aussi parfait qu’il veut bien le croire, ou encore à un fanboy Nintendo que non, Nintendogs n’est pas un jeu super mature. Pour ne pas se mettre à dos ces lecteurs et donc « clients » potentiels, les rédactions (notamment professionnelle), arrondissent les angles et surévaluent les jeux les plus attendus. D’ailleurs pour s’en convaincre, il suffit de les entendre décrier Modern Warfare tout au long de l’année et comparer leurs propos avec la note plutôt bonne attribuée pourtant à la sortie du jeu.

Génération Playstation

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Comme Warner n’en a rien à carrer de notre gueule, pour tester leurs jeux, on passe par Okajeux. Merci à eux.
Enfin, il y a les rédactions amateurs qui pullulent sur le net. Pour une très très grande majorité d’entre elles, la principale source de motivation ce sont les jeux gratuits (contrairement à nous bien sûr, qui faisons ça pour la beauté du sport…). Or, obtenir des jeux de la part des éditeurs n’est pas toujours très simple. Regardez-nous, ça fait plus de cinq ans que nous sommes dans le milieu, nous avons connu nos heures de gloire avec Xbox-Attitude (avant de sombrer dans l’anonymat à cause de vous et de l’absence de pub que vous nous faites, bande d’ingrats !) et pourtant il faut toujours batailler ferme pour obtenir un jeu à tester. Il arrive d’ailleurs très régulièrement qu’on doive se contenter de le louer pour en faire le test (Merci Okajeux). Alors imaginez ceux qui ont moins de bouteille et/ou moins de lecteurs (ah non, ce n’est pas possible ça)… Vous croyez vraiment qu’avec tout le mal qu’ils se donnent pour obtenir une version, ils vont en plus la tailler au risque de mécontenter l’éditeur si généreux ? Pourtant, l’éditeur en question n’est en rien responsable… à aucun moment il ne leur met la pression (en tout cas pas sur les blogs… pour la presse pro, c’est une autre histoire). Appelez ça le principe de précaution. Et puis il ne faut pas oublier que bon nombre de pseudo-rédacteurs aujourd’hui, ont découvert le jeu vidéo avec la Playstation. Du coup, leur demander de tester Deus Ex HR par exemple, c’est un peu comme demander à un gamin qui a découvert la musique avec Lorie, d’écrire un papier sur Eric Burdon

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Espionner puis attaquer un camp ennemi dans Far Cry, ça c’était de la liberté de choix… et y avait pas de conduits de ventilation en plus.
C’est sûr, pour eux qui n’ont jamais connu d’autres formules que le couloir Callofdutyien, leur laisser deux ou trois choix de temps en temps, ça les mets en émoi… et qu’importe que ces choix soient ridicules, redondants et parfois illogiques. S’ils avaient joué à Far Cry ou à S.T.A.L.K.E.R. ils sauraient ce qu’est réellement la notion de liberté. Mais ce n’est pas le cas, alors ils encensent le jeu comme s’il venait d’inventer la roue. Dans le même ordre d’idée, et toujours à propos de Deus Ex (ça va finir par se voir que je vomis ce jeu), s’ils avaient lu des œuvres Cyberpunk de Sterling et Gibbons, s’ils avaient vu des films comme Soleil Vert ou Blade Runner, ils sauraient ce qu’est l’ambiance d’anticipation. Mais encore une fois, ils ne connaissent que Transformers, alors forcément ils pensent que Deus Ex HR propose une ambiance géniale et fidèle au genre. Bref, les raisons sont multiples pour surévaluer un jeu… multiples et parfois surprenantes. Toujours est-il qu’avec de telles pratiques, aujourd’hui la presse a perdu toute crédibilité. Donc avant d’acheter un jeu, ne vous fiez pas aux notes… le mieux reste encore de lire les critiques dans leur ensemble, elles sont généralement bien plus révélatrices, et parfois même en totale contradiction, avec le verdict final.
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