GRIS, le jeu le plus grisant du moment

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Initialement sorti fin 2018 sur Nintendo Switch et PC/Mac, la migration sur PS4 et en format mobile iOS a été faite il y a seulement quelques mois. Cela permet à des joueurs casual, sans télé ni console, de profiter de ce genre de petit bijou.

Intuitivement l’on pourrait penser que l’adaptation aurait été faite dans l’autre sens tant le format de ce jeu (et sa courte durée de vie) semble davantage propice à un jeu mobile. A l’instar de Monument Valley (pour le coup uniquement jouable sur iOS et Android), Gris dénote de la même volonté de mêler la forme au fond, le visuel et l’auditif. Chaque action a une incidence sur votre environnement et sur les sons : le sound design a fait corps avec le game design au service d’une immersion parfaite. Quand on parle de jeux sur mobile, on pense spontanément aux jeux free-to-play répétitifs et racoleurs qui vous inondent de publicités et de couleurs criardes. Mais il y a parfois des perles qui émergent de cet océan freemium. Gris est l’une de ces petites merveilles nacrées…

L’histoire

Développé par le studio espagnol Nomada, Gris est un jeu de plateforme dans lequel vous incarnez une femme tombée des cieux, sans voix, qui atterrit sur une terre aride jonchée des ruines d’une civilisation passée. Vos possibilités de mouvement sont très réduites : vous pouvez aller à gauche, à droite, sauter. C’est tout. Vous errez dans un lieu désertique sans croiser âme qui vive. Au fur et à mesure de votre voyage initiatique, vous restaurez la vie du monde qui vous entoure et lui rendez ses couleurs de noblesse. Votre champ des possibles s’ouvre alors même que vous essayez de comprendre ce qui vous a fait chuter du firmament et vous a rendu aphone…

Les Sons…

Le bruit du vent dans les feuilles…

A la lecture de ce résumé, on imagine une ambiance oppressante. C’est tout le contraire : la personne qui s’y essaye est tout de suite happée par la poésie et l’aspect onirique du jeu. Il s’en dégage une sérénité mélancolique, douce et amère à la fois.

Vos oreilles seront choyées par des sons tantôt aériens (comme le bruit blanc de l’air ou d’une brise qui souffle sur de grandes étendues), tantôt aquatiques  (vous serez bercés par le clapotis de la pluie ou la réverbération d’une goutte d’eau tombant dans une nappe phréatique). A la composition c’est le groupe Berlinist dont vous pouvez retrouver toutes les tracks du jeu ici.

Si la catégorie existait, je rangerai ce jeu sous l’étiquette « Jeu ASMR » tellement il est relaxant et amène le joueur vers un état de quiétude.

…Et les couleurs

Vos rétines seront quant à elles caressées dans le sens des cils avec de jolies couleurs pastel. La progression du jeu est d’ailleurs chromatique, une couleur par acte : le jeu ouvre avec le rouge de la terre aride et de la roche, puis vient le vert de la végétation, ensuite le bleu des sources aquatiques et enfin le jaune de la lumière.

Chaque niveau est thématisé et vous propose une ambiance différente qui fait que, malgré la simplicité épurée du jeu, on ne s’ennuie pas. On prend même goût à pauvreté de nos actions : lâcher prise pour se laisser absorber par le jeu et sa poésie contemplative. La solitude dans le jeu, rassurante plutôt qu’effrayante, vous fera vous émerveiller de la moindre rencontre avec un autre être vivant. Ou presque…

Un allié aquatique qu’il faudra d’abord réveiller de sa torpeur
Mignon petit caillou qui vous sert de guide

Ceux qui ont malgré tout besoin que le jeu leur résiste trouveront des challenges secondaires à débloquer avec un mode par chapitre proposé une fois le jeu terminé. Délicieux prétexte pour retourner explorer ce monde féérique de nouveau.

L’avis de Smy

Voilà, on laisse deux secondes les clés de Polygamer au petit nouveau et il en profite pour attaquer l’article sur ce sublime jeu dans son coin !

Gris fait immanquablement penser à Monument Valley, en retirant ses torsions de perspectives à la Escher pour ne garder que son coté onirique et graphique. Ida est remplacée par Gris, une jeune fille aux étranges jambes pointues qui évolue dans un univers mi retro futuriste, mi post apocalyptique.

Poésie d’un arbre-pluie

Si le début est très contemplatif, le jeu évolue de monde en monde pour devenir plus complexe. J’y ai joué pour ma part sur Switch, et les commandes très simples au départ évoluent en fonction des éléments, sur terre, dans l’air ou dans l’eau et ne se résument plus aux déplacements latéraux. Gris découvre alors de nouvelles capacités, comme se transformer en un lourd cube et détruire le sol pour le traverser.

Le Gameplay est parfois très imaginatif, comme dans un des mondes qui introduit la gravité inversée. Une ligne de rupture est située au centre de l’écran, dans la partie basse Gris va être attirée pars le sol. Mais si elle arrive à faire un saut suffisamment important, elle traverse la délimitation et se retrouve attirée par le haut de l’écran et pourra alors marcher tête en bas, les pieds au plafond. Dans d’autres niveaux, des cubes d’eau paraissent flotter en apesanteur dans le ciel, il est possible d’y sauter pour y nager, et les traverser.

Ce jeu est relativement court, mais les quatre ou cinq heures sont envoûtantes.

L’avis de Fylodindon

Je vais finir par croire que je me sens à mon aise, dans ce costume de grincheux. Systématiquement, c’est à moi qu’il revient de pointer du doigt les errements et les faiblesses des œuvres et escape games qu’on critique en commun.

Alors oui, Gris est magnifique : Esthétiquement, c’est une toile de maître qui se découvre au fil des pas de son héroïne. Musicalement, c’est une masterpiece, tant ses compositions sont fantastiques et ensorcelantes. Malheureusement, sur un jeu aussi court, je trouve plutôt dommage qu’il en oublie justement d’être un jeu, sur toute sa première moitié.

Comme un enfant dans un musée : c’est beau mais on s’ennuie !

Car c’est bien joli de faire dans le contemplatif. Seulement, si on considère qu’un jeu doit avant tout être ludique, on est loin du compte avec Gris.

En toute honnêteté, marcher sans pratiquement jamais rien faire d’autres, si ce n’est quelques sauts ça et là, pendant près de deux heures, me fut presque pénible. Alors oui, il y a bien quelques chemins annexes pour débloquer bonus et succès en tous genres, mais même là, je trouve ça mal amené. Car dans un jeu où vos seuls choix se résument bien souvent à partir vers la gauche ou partir vers la droite, c’est frustrant d’être contraint d’y revenir une fois le jeu terminé, pour explorer ces chemins annexes ; la route principale ne permettant pas de revenir en arrière. Pour moi, une voie ou une quête annexe, doit être clairement identifiable. Après, libre à chacun de s’y frotter, en fonction de sa difficulté.

Fort heureusement, la deuxième moitié du jeu instaure davantage de challenge et devient plus créative dans son level design. C’est celle-ci que je veux retenir et qui fait qu’à mes yeux, Gris est un excellent titre, à défaut du chef d’oeuvre qu’il aurait pu, qu’il aurait dû être.

L’avis de Toma021

Découvert sur Rainbow 6 (oui vraiment, le jeu a fait un partenariat étrange avec un pendentif offert à l’effigie de Gris) je pense avoir amené le sujet à la rédac à savoir si quelqu’un connaissait. Quelques jours plus tard, après avoir découvert qu’on était dans un tout autre univers que le shooter d’Ubisoft, on était 4 à faire le jeu et comme SlySovas, j’ai choisi le format iOs, d’abord pour son prix et parce qu’un petit jeu poétique et apaisant colle parfaitement au format tablette.

Au final je suis d’accord avec tout le monde, pas de jaloux, Gris est merveilleux, contemplatif, onirique, poétique, avec une direction artistique impeccable qu’il s’agisse des dessins ou des musiques et le jeu rappelle indéniablement Monument Valley. Mais effectivement, le début du jeu en est presque trop contemplatif et aurait mérité quelques puzzles plus solides afin de le rendre plus ludique ou aurait pu durer un peu moins car dans ce type de jeu, la durée de vie n’est pour moi pas un argument et Gris est presque un peu long pour ce qu’il propose. Parfois mieux vaut rester parfait quitte à être un peu rapide. En tout cas ne passez pas à côté.

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