Far Cry 4, le DLC le plus cher de l’histoire

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Compte tenu du succès, amplement mérité, de Far Cry 3, Ubisoft se sentait obligé de se fendre d’un DLC. C’est chose faite avec ce voyage à Kyrat, même si je ne comprends toujours pas pourquoi ils l’ont baptisé 4, ou vendu au prix d’un jeu complet…

Vacances au Kyrat

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Avec Pagan Min, Ubi a voulu nous vendre un méchant charismatique et un peu foufou… C’est rapé !
La région du Kyrat est un petit pays fictif, niché au pied de l’Himalaya, dirigé d’une main de fer par le dictateur Pagan Min. Vous, vous êtes Ajay Ghale, fils d’un révolutionnaire local, élevé par votre mère aux Etats-Unis. Bien que ça ne soit jamais dit dans le jeu lui-même, sachez qu’Ajay a eu quelques démêlés avec la justice américaine, notamment suite à un braquage auquel il aurait participé, qui aurait mal tourné, se soldant par la mort d’un commerçant. S’étant alors rendu à la police, Ajay s’en est sorti en balançant purement et simplement le nom de son complice, celui qui aurait tiré sur le commerçant. Vous l’aurez donc compris, sous couvert d’une pseudo quête de la rédemption et de l’expiation, c’est une putain de poucave qu’Ubisoft vous propose d’incarner ! Enfin bref, à la mort de votre mère, vous vous jurez de respecter ses dernières volontés, à savoir disperser ses cendres à Lakshmana, un lieu qui lui est cher, situé dans la région nord du Kyrat. Vous pensiez qu’il s’agirait d’une formalité, qu’on pouvait aller et venir dans un pays en pleine guerre civile comme on irait au Wall-Mart ou au Starbuck Coffee. C’est limite si vous ne vous pointez pas en tongs et en marcel, prêt à organiser des barbecues sur les contreforts de l’Everest. Mais voilà, les rebelles du Sentier d’Or mène la vie dure à Pagan Min, ce qui a le don de passablement énerver le dictateur en question. Votre arrivée ne se fera donc pas sans heurt, et vos plans initiaux se trouveront quelque peu chamboulés. Alors avant de répondre aux dernières volontés de votre mère, un petit coup d’état, ça vous dirait ?

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Le monde de Shangri-la est presque aussi beau qu’il n’est chiant
Très honnêtement, il n’y a guère matière à s’attarder sur le scénario de Far Cry 4. L’histoire est d’une banalité affligeante et les personnages clairement ratés, voire ridicules. Là où le troisième opus revendiquait son esprit « nanar action » et s’entichait d’un « méchant » parmi les plus mémorables du jeu vidéo (Vaas), cette suite ne fait que copier et le fait grossièrement, à la manière d’une contrefaçon chinoise d’un sac Vuitton. Peu inspirées, les missions s’enchainent sans jamais véritablement nous impliquer. Pour sortir un peu la tête de l’eau, il n’y a guère que l’animosité entre les deux leaders rebelles, Sabal et Amita. A chaque mission pour le Sentier d’Or, ces deux-là nous poussent à adhérer à leurs idéaux : Honneur et traditions pour l’un, au risque d’être ringard et dépassé par le monde d’aujourd’hui. Victoire coute que coute pour l’autre, au risque de sacrifier des vies ou trafiquer du narcotique pour y parvenir. A l’arrivée, c’est surtout de l’esbroufe car ça ne change pas vraiment le déroulement de l’histoire, mais les choix sont toujours un moment délicat qui mettra à l’épreuve vos convictions personnelles. Et dans cet océan de monotonie ambiante qui règne du début à la fin, ça fait un bien fou de se retrouver un peu bousculé. Dommage que, dans les faits, ça ne se résume bien souvent qu’à aller à un point X pour buter tout le monde, ou aller au point Y pour buter tout le monde.

Voilà pour l’histoire et le contexte dans lequel vous allez évoluer. Pour le reste de cette critique, je me suis senti obligé de cibler deux catégories de joueurs distinctes : Ceux qui ont joué à Far Cry 3 et les autres…

Vous n’avez jamais joué à Far Cry 3

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La dualité Sabal / Amita est la seule vraie bonne surprise
Si vous n’avez jamais joué à Far Cry 3, c’est que votre vie ludique ces dernières années n’a pas dû être très passionnante. Vous n’avez même pas l’excuse de sortir de prison puisqu’on sait tous qu’aujourd’hui, dans les prisons françaises, on trouve des Playstation avant même qu’elles ne sortent sur le marché. Enfin bref, cet écart de logique et de bon goût vous aura finalement été salvateur, puisque c’est en puceau que vous allez pouvoir profiter de ce Far Cry 4, provoquant chez vous ce même émerveillement qu’avait été le nôtre deux ans plus tôt. Pour vous donc, cette quatrième itération passe pour un jeu novateur et un FPS grisant comme on n’en avait plus vu depuis longtemps. Le monde ouvert qui vous entoure est grand, beau, riche, multipliant les possibilités pour s’occuper. On y trouve toutes sortes de quêtes annexes : Raids sur les avant-postes, assassinats, courses, livraisons, escalades de clochers façon mod FPS pour Assassin’s Creed pour ne citer qu’eux. On peut également s’adonner aux plaisirs de la chasse, de la cueillette ou tout simplement se balader par la voie des airs, des mers et de la terre, dans un pays beau comme le diable. En effet, les véhicules ne manquent pas (canoé, jetski, 4×4, quad, deltaplane, gyrocoptère ou wingsuit…) et la faune locale se compose d’une bonne quinzaine d’espèces différentes, toutes plus fascinantes mais aussi toutes plus hostiles les unes que les autres. On n’a jamais pris autant de plaisir à chasser dans un jeu (un vrai jeu je veux dire, pas les Deer Hunter) depuis Red Dead Redemption.

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Chasser l’ours au fusil à pompes, une belle activité écolo sponsorisée par la NRA
En bon sociopathe et tueur de lycéens que nous sommes tous, fan de jeux vidéo et de FPS en particulier, vous apprécierez notamment le rendu des armes, les différentes possibilités d’approches qui vous sont laissées lors des combats et l’I.A. ennemie généralement bonne (mais jamais à l’abri de faire nawak). D’autant plus qu’aux côtés de vos nombreuses armes, vous aurez droit à nombre d’accessoires plus ou moins utiles, comme les sempiternelles grenades et cocktails molotov, mais aussi aux couteaux de lancer, aux appâts pour attirer les prédateurs et foutre le boxon et à toutes sortes de drogues aux effets différents, que vous vous administrez via des seringues. Et qu’importe que les missions principales soient d’un ennui sans borne, qu’importe que le scénario soit encore moins bon qu’un épisode de Joséphine Ange Gardien et qu’importe que pour un mec en quête de spiritualité, vous soyez un putain d’anti-écolo, prêt à zigouiller de l’espèce protégée afin de vous confectionner un portefeuille en croco, un sac à main en rhino, des sandales en peau de tigre, des cure-dents en défense d’éléphants et des moufles en peau de couilles de yak. Non vraiment, si vous n’avez jamais joué au 3, vous allez adorer le 4. N’hésitez pas une seule seconde !

Vous avez déjà joué à Far Cry 3

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A part les missions du scénar’, on peut tout faire en coopération
Vous avez déjà joué au troisième épisode, et là tout se gâte. En effet, il n’est pas improbable qu’un sentiment de déjà-vu vous assaille en parcourant ce titre. Non seulement les mécaniques sont exactement les mêmes, à l’exception de deux ou trois nouveautés : Tirer en conduisant ou faire de l’escalade mais seulement dans des passages bien balisés, ce qui contraste avec l’open-world à mon sens. Mais on retrouve également peu ou prou le même environnement, à savoir une forêt dense plus ou moins vallonnée, coupée par nombre sentiers de terre et petits ponts de bois. Seule la présence de monts enneigés en fond (visitables seulement au cours de missions scénario… dommage) contraste avec la mer bleue azur et les plages de sable fin de Far Cry 3. Bref, on a clairement l’impression d’arpenter le même monde, pour y faire les mêmes choses. Même les missions scénarisées sont quasi-identiques au précédent opus. On retrouve ainsi la mission de fuite en introduction, moins réussie que dans le 3. Les missions hallucinatoires (Shangri-la) moins réussies que celles sous psychotropes dans le 3. Ou encore la mission d’incendiaire des cultures narcotiques, même si ici il s’agit de champs d’opium alors que dans le 3 c’était de la beuh, encore une fois… moins réussie que dans le 3.

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Ok, attaquer un avant-poste à dos d’éléphant c’est un peu cheaté, mais c’est fun
Bien entendu, le jeu reste riche et beau, même si un peu décevant pour la New Gen (quoi qu’à force d’être déçu, on va finir par revoir nos critères à la baisse pour cette génération). En oubliant également que, comme 90% des jeux d’Ubisoft qui sortent désormais, il s’agit ni plus ni moins que d’un Assassin’s Creed déguisé (j’escalade des lieux en hauteur pour débloquer moult quêtes annexes dénuées de tout intérêt). En faisant fi de la redondance, on s’amuse plutôt bien. Qui plus est, on peut désormais s’éclater en open world à deux, en coopération, et mener ainsi des raids parfaitement orchestrés d’avant-postes et de forteresses ennemies. Mais voilà, pour 50/70 euros, ça fait un peu cher le DLC. Après, quand on voit que Sony nous ressort une version PS4 de The Last of Us ou pire, que Square nous ressort une version PS4/XBO de Tomb Raider, on se demande bien pourquoi Ubisoft ne pourrait pas sortir eux aussi leur remake super HD de Far Cry 3. Mais il aurait été préférable d’être honnête avec les joueurs, plutôt que de leur vendre un pseudo quatrième épisode qui n’en est pas un. Et puis, quitte à faire un remake du troisième opus, ils auraient pu en profiter pour corriger les défauts du jeu : La faune beaucoup trop agressive (on se fait attaquer toutes les quinze secondes par un putain d’aigle… un aigle, bordel !), les petits cailloux sur lesquels on ne peut pas monter parce que c’est pas prévu, alors qu’on grimpe sur des rochers dix fois plus grands, etc.

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