Enquête sur un média en mal d’amour

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St Valentin obligé, voici un article sur l’autocensure de l’industrie vidéoludique, lorsqu’il s’agit de traiter des relations sentimentales et sexuelles dans leurs jeux.

Média frigide

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Je ne comprends pas pourquoi ce mod a fait scandale… le gameplay était pourtant bien calibré.
A l’heure où il est de bon ton de montrer son cul à la télé, où les madones pop adulées par les adolescentes rivalisent de provocations sexuelo-gerbantes dans leurs clips diffusés aux heures de grande écoute et où les gamines apprennent à sucer des bites avant de savoir écrire, le jeu vidéo fait figure d’exception en étant le dernier bastion des valeurs puritaines de nos aïeux. Alors bien sûr, les héroïnes à gros nichons ne manquent pas non plus chez nous et on ne compte plus les guerrières barbares vêtues d’armures qui, manifestement, n’ont pas du coûter bien cher en matières premières. Toutefois, les relations sentimentales et/ou sexuelles entre deux individus pixélisés restent encore exceptionnelles ; du moins suffisamment pour que lorsque ça arrive, ce soit surmédiatisé (cf. Mass Effect). L’exemple le plus probant, c’est sans doute le scandale du mod Hot Coffee de GTA San Andreas, qui a remué l’industrie parce qu’on s’y attelait à « bousculer » des femmes de petite vertu, dans toutes les positions possibles et imaginables (pas tant que ça en fait). Pourtant GTA n’est pas censé être classifié 18+ ? Rappelez-moi quel est l’âge minimum conseillé pour mater Loanna se faire tringler dans une picine, les candidats de Dilemme promener les autres candidats en laisse ou ceux du Jerry Springer Show se laisser aller à toutes sortes de dépravations ? Quel est l’âge conseillé pour regarder un JT qui ouvre sur un président grisonnant se faisant pomper le dard par une assistante vénale ? Pourquoi lorsqu’on parle de sexe ou de violence, c’est toujours deux poids deux mesures entre le jeu vidéo et le reste de l’entertainment (cinéma, musique, télévision, etc.) ?

Indignez-vous

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Au final, le jeu le plus pervers de tous, c’est bien les Sims.
En bon anar-gaucho, je vous répondrai que c’est parce que l’industrie du jeu ne pratique par le lobbysme au même titre que les groupes religieux (pour les valeurs puritaines) ou les corporations de l’agroalimentaire, de l’automobile et de tous ces gurus cherchant à nous faire idolâtrer la sacro-sainte société consumériste qui dicte aujourd’hui nos programmes télévisuels. Montrer une paire de seins, ça fait vendre du Coca Light, une paire de fesses et les commandes d’iPhone grimpent en flèche, deux et c’est carrément les ventes de voitures qui se refont une santé… et à chaque émission de Cauet, le Cac 40 explose tous les records. Du coup, on aurait presque envie de croire que le cul dans le jeu vidéo ne fait pas vendre. Pourtant, en tant qu’acteur de la consommation, le jeu vidéo n’est clairement pas en reste. Il fait même figure de poids lourd aujourd’hui. De la même manière, tous les jeux flirtant avec l’érotisme se multiplient plus vite que les petits pains de Jésus : Mass Effect, God of War, Heavy Rain (vous ne me ferez pas croire qu’il existe des gens qui ont acheté ce jeu autrement que pour voir Madison en petite culotte), Singles et même Les Sims (Le premier truc qu’un joueur des Sims fait, c’est de se mettre une poufiasse dans son lit puis d’engager une femme de ménage pour la sauter pendant que sa poufiasse part bosser). Du coup, ma théorie anarchiste tombe donc un peu à plat. Donc si ce n’est la faute des gouvernements et corporatistes mafieux, qui pourrait être responsable et pourquoi ?

Tous illetrés

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La scène où Dom retrouve Maria, dans Gears of War 2, est sans doute la scène la plus ridicule de toute l’histoire du jeu vidéo.
La faute en incombe donc forcément aux éditeurs, et peut-être sans doute aussi un peu, à l’absence de scénaristes talentueux chez les développeurs. Car écrire une histoire d’amour, si on ne veut pas qu’elle ressemble à la filmographie gnangnan de Julia Roberts, ça demande un minimum d’imagination, de vocabulaire, d’expérience et de créativité ; bref de talent. Or, chez les développeurs, on a rarement vu un gars savoir écrire plus de deux lignes de scénario. En général, ce sont des histoires proforma du genre : « Les arabes sont des méchants, alors les gentils américains leur défonce la gueule ». Ou bien : « Les extra-terrestres sont des méchants, alors les gentils humains leur défonce la gueule ». Ou encore : « Les orcs sont des méchants, alors les gentils hommes, elfes et hobbits leur défonce la gueule. » Et quand une histoire d’amour vient poindre dans tout ce magma de violence, elle débarque généralement avec ses gros sabots (enfin surtout avec ses gros nichons) et se marie au contexte un peu comme une tâche de vin sur une nappe blanche. Les exemples sont nombreux, comme la scène ridicule de Gears 2 ou la scène de cul de Fahrenheit qui tombe comme une mouche au milieu d’une soupe. Au final, les véritables scènes sentimentales sont celles qui ne cherchent pas à l’être, comme la relation qui lie le prince à Elika dans le Prince of Persia cel shadé que tout le monde sauf moi a détesté, ou le lien qui unit Ico et Yorda dans le jeu de Fumito Ueda.

Minoritaires

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Tom Clancy’s Rainbow Six, Ghost Recon, Hawx, Mon Petit Poney… l’auteur américain est présent sur 95% des jaquettes d’Ubi mais n’a jamais sorti son crayon autrement que pour signer un contrat avec plein de zéros.
Mais vous me direz, si les histoires écrites par les développeurs sont aussi passionnantes qu’un skyblog d’adolescente, il suffit qu’un éditeur fasse un gros chèque pour attirer une grande plume, non ? D’ailleurs, ça s’est déjà vu, notamment avec la licence Tom Clancy d’Ubisoft (pour laquelle Tom Clancy n’a jamais écrit une seule ligne d’ailleurs, mais ça c’est un autre débat). Mais curieusement, cela se fait généralement pour s’acquitter des services d’un auteur qui signera une histoire que les développeurs savent également écrire : Un bête complot terroriste avec plein de flingues, d’explosions et de rebondissements vus et revus des millions de fois et qui, s’il s’agissait de cinéma, ne voleraient pas beaucoup plus haut qu’un stupide téléfilm de fin de soirée sur la TNT. En gros, à part pour faire joli sur la jaquette, ce genre de pratiques ne sert à rien ! Et même quand les jeux sont adaptés de romans plus ou moins bien écrits, on nivelle toujours l’adaptation par le bas en y ajoutant d’avantage d’action et moins de réflexion, moins de profondeur autour des personnages. Le jeu vidéo se doit d’aller vite, il doit nous tenir en haleine pendant 6 à 12 heures non stop, en nous en mettant plein la vue à chaque instant. Il n’a pas le temps de s’arrêter sur la psychologie des personnages. Or, elle est absolument indispensable pour qu’une histoire d’amour se développe intelligemment.

Pas assez mûr

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Définitivement, les jeux vidéo c’est pour les gosses !
Finalement l’amour ne fait pas vendre. Sans doute parce que le joueur est gras et lourd et qu’il s’en branle de l’amour. Cela tient d’ailleurs sans doute aussi à l’image puérile que se traine ce média depuis sa création et dont il n’arrive pas à se débarrasser. Parler d’amour à des enfants n’a pas de sens, alors on n’en parle pas et tant pis s’il y a deux, trois adultes dans le lot. De son coté, le sexe est de plus en plus présent mais s’utilise encore avec parcimonie ; suffisamment pour faire saliver les jeunes joueurs puceaux mais pas trop pour ne pas salir la sacro-sainte image de l’éditeur. Et comme l’amour n’existe pas dans le jeu vidéo, ces scènes de sexe n’ont d’autre but que de titiller la fibre masturbatoire de l’adolescent, jamais pour crédibiliser une histoire riche et complexe. On a beau les montrer du doigt, les jeux vidéo violents ne représentent pas la majorité des ventes ; bien au contraire, les statistiques ne parlent que de 5 à 10% de la masse globale de jeux écoulés. Il suffit de regarder les ventes de simulations de poneys, celles des sims, des jeux pokémon, WiFit et autres jeux de danse pour s’en convaincre. Du coup, écorner son image pour plaire à une bande de cons qui de toute façon achèterons n’importe quel jeu, du moment qu’il y ait un fusil à pompe dedans, ça n’est pas rentable à termes. Du coup, à l’heure où le jeu vidéo commence à lorgner du coté du cinéma, il ne lui emprunte que ses mauvais cotés, ce qu’il y a de plus exécrable dans les blockbusters estivaux. Cela prendra sans doute du temps pour que le jeu vidéo atteigne sa maturité et soit enfin reconnu comme un art à part entière. Ce jour là, l’amour s’immiscera forcément dans nos jeux. Mais d’ici là, on va devoir prendre notre mal en patience avec nos jeux de gamins en rigolant grassement quand Shepard se tape une alien bleue super bonnasse…
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