Diablo 3, chef d’oeuvre ou foutage de gueule ?

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S’il ne fait aucun doute que Diablo 3 est le jeu événement de cette première moitié d’année, la star du hack’n slash est-elle vraiment à la hauteur de son illustre ancêtre ?

Le jeu de la honte

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Les villages dans Diablo 3 sont nases et inutiles tant il n’y a rien à y faire.
Bon ça y est, je me décide enfin à m’attaquer à la critique de Diablo 3. Il faut dire que l’expérience aura été des plus chaotiques. Déjà d’emblée, je ne recevais pas la version que Blizzard avait dit m’envoyer. Ça partait mal. Du coup, au bout d’une semaine, j’ai perdu patience et je suis allé me l’acheter moi-même, comme si j’en avais les moyens. Résultat, lorsqu’une vingtaine de jours plus tard j’ai reçu la version presse qui s’était perdue dans les méandres abyssales de La Poste, je me suis retrouvé avec deux exemplaires sur les bras. Mais les galères autour de ce titre maudit n’allaient pas s’arrêter là. Car vous n’êtes pas sans savoir que sa sortie a été très largement pourrie par l’impossibilité de se connecter au réseau, passage obligé même pour ceux qui souhaitaient y jouer en solo. Pour contourner le problème, il fallait alors passer par les serveurs américains, sauf que du jour au lendemain ça ne fonctionnait plus. Il a alors fallu télécharger le launcher US pour ne pas perdre toute sa progression. C’était à s’arracher les cheveux et je suis persuadé que ce n’est pas fini cette histoire. Car à chaque mise à jour de Blizzard, le jeu plante et c’est la croix et la bannière pour réussir à le relancer. C’est bien simple, je n’ai jamais eu autant de mal à lancer un jeu de ma vie, et pourtant j’ai connu l’époque des disquettes de boot, où il fallait trafiquer les AutoExec.bat et les Config.Sys. Enfin, une fois en jeu, c’était la carte graphique du PC de Nachcar, avec qui je joue en coop’, qui fumait sa mère et plantait tout l’ordi. Résultat, il nous aura fallu deux mois pour atteindre l’acte III du jeu. Et dire qu’il y en a certains qui râlent sur sa durée de vie…

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Les cinématiques inter-actes sont superbes, mais les crayonnées sont un peu moisies.

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Une grosse cloche qui s’abat sur vos ennemis, aka le pouvoir magique le plus ridicule de l’histoire des pouvoirs magiques.
Diablo 3 c’est LE jeu galère par excellence. Mais c’est aussi le titre qui cristallise toute la mauvaise foi insondable du gamer PC. Vous connaissez tous dans votre entourage, l’un de ces ayatollah du jeu vidéo (peut-être en êtes vous un vous-même). Ils prêchent la supériorité de l’ordinateur sur la console, car sur ordinateur, les éditeurs n’essayent pas de nous arnaquer avec des DLC hors de prix. Non c’est vrai, sur ordinateur, ils vendent juste des armes et accessoires à payer directement par carte bleue. C’est plus simple et ça a au moins le mérite de la transparence. Ici on n’essaie pas de vous la mettre en douce, on le fait à la vue de tous, sans prendre de gants. Et puis sur PC, les jeux c’est pour les hommes, les vrais ! On ne joue pas à ces jeux pour puceau comme Mario Party ou Halo. C’est vrai, Diablo 3 ce n’est pas un jeu casual du tout : Un gameplay qui se limite à bourriner les deux boutons de la souris, pas d’arbre de compétence (ou si peu), une difficulté inexistante en mode normal, aucune personnalisation du héros… C’est bien simple, Diablo 3 est tellement casual, qu’on y jouerait la princesse Peach, ça n’étonnerait personne ! Et avec le passage par l’hôtel des ventes rendu obligatoire pour toute personne souhaitant jouer dans les difficultés maximales, on finit presque par avoir l’impression de jouer à un MMO Free2Play sur Facebook. Enfin, soulignons la soumission du joueur PC à Blizzard (comme à Steam d’ailleurs, mais ça c’est un autre débat), qui hurle au scandale et sort dans la rue avec des envies de révolution dès lors que Ubisoft plante des DRM dans ses jeux PC. Vous les avez entendu se plaindre des DRM de Diablo 3, qui vous oblige à être connecté à Internet même en solo et vous empêche de jouer au jeu que vous aviez précommandé en version collector hors de prix, parce qu’ils n’avaient pas prévu qu’ils en vendraient plus de douze exemplaires ? Non, ou alors à demi-mot, en cachette pour ne pas être traité d’hérétique par les papes intégristes qui font régner l’ordre et la morale sur les forums à la façon de la Grande Inquisition. C’est qu’on ne rigole pas chez le joueur PC !

Un plaisir inexplicable

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Hormis la cloche du moine, la plupart des sorts sont franchement impressionnants visuellement.
Passé les problèmes techniques et moraux vis-à-vis des choix plus que contestables des équipes Blizzard, il faut bien reconnaitre que leur bébé a de la gueule. Même si ça ne risque pas de faire toussoter votre carte graphique (à part celle de Nachcar, mais elle datait de 1982), le jeu est plutôt joli et propose une ambiance glauque très poétique. Hormis peut-être le niveau dans le désert qui sent la fainéantise à plein nez et l’absence totale d’inspiration des level designers, c’est du lourd donc.

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En termes de level design, le niveau dans le désert c’est limite du foutage de gueule.
C’est d’ailleurs curieux comme on peut s’éclater avec ce jeu, notamment en coopération (je ne l’ai pas essayé en solo). Car il faut bien reconnaitre que le titre se traine une palanquée de défauts assez lourdingues. Comme je le disais précédemment, ne comptez pas personnaliser votre héros. Vous pouvez choisir son sexe et sa classe, mais après c’est surtout son équipement qui va le différencier des autres. Même niveau pouvoirs et compétences, tout se débloque de manière très linéaire. Et si vers la fin il est possible d’orienter d’avantage son personnage, au début on n’a guère le choix, contrairement à un Torchlight II par exemple qui vous laisse le loisir de construire un personnage selon votre façon de jouer (magie, distance, corps à corps, santé, etc.).

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Ce passage est le seul où vous allez être un peu débordé…
Même au niveau du contenu, c’est très décevant. On s’attendait à des combats épiques, notamment contre les boss ou des nuées d’ennemis, au final il n’en est rien. Mis à part au début du troisième acte et à quelques rares moments lors du second, il n’y a jamais vraiment énormément d’ennemis ; pas de quoi affoler un joueur expérimenté en tout cas. Et les boss, je n’en parle même pas tant ils sont ennuyeux (seul le boucher était amusant à combattre). Alors certes, on l’a joué en mode Normal ; sans doute qu’en difficultés supérieures, ça doit être une autre histoire. Mais dans ce mode « par défaut », il suffit de bourriner en remontant sa jauge de vie de temps en temps, et on n’en parle plus. Les mini-boss dans la seule bêta de Torchlight II (encore lui) étaient bien plus coriaces, alors que le jeu dans son ensemble est tout aussi facile.

La lose du loot

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Le boucher est clairement le boss le plus intéressant du jeu.
Mais le plus détestable dans ce jeu, c’est clairement la gestion du loot. Ici, tout est fait pour vous forcer à faire péter votre carte bleue dans l’Hôtel Des Ventes. Comprenez que la grande majorité du loot que vous ramassez sur les cadavres, n’a aucun intérêt, ni même aucune valeur marchande (si non, vous auriez plein de pièces à dépenser à l’HDV et n’auriez pas besoin de votre CB). Pire, les marchands ne sont là que pour la déco, tant leur stock est ridicule et sans intérêt. C’est bien simple, je crois que je n’ai acheté aucun équipement chez un marchand (ou si, une pauvre amulette, au début… avec les thunes de Nachcar d’ailleurs). Et puis, puisqu’on parle de l’équipement, j’aimerai souligner ce point, certes anecdotique mais qui traduit bien l’esprit casual du jeu : Lorsque vous ramassez un objet inconnu, vous n’avez même plus besoin d’un parchemin d’identification pour savoir de quoi il s’agit. Il suffit de faire un clic droit dessus. Alors du coup je m’interroge. Pourquoi proposer des objets non identifiés ? Si quelqu’un peut m’expliquer…

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Le bestiaire n’est pas très original, mais il est particulièrement riche.

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Ça donne envie de faire une pause et descendre pêcher la truite dans la rivière…
Bref, Diablo 3 a presque plus de défauts que de qualités. Pourtant, je m’éclate d’avantage dessus qu’avec le premier Torchlight ou le sympathique Dungeon Siege 3 sorti il y a peu (avec qui il partage l’excellente voix aux accents siciliens des héroïnes Katarina/Moniale). D’ailleurs à ce propos, notez que j’ai opté pour un (en fait une) moine histoire de me la jouer subtil kung-fu, et au final j’ai plus l’impression de jouer un char d’assaut qu’autre chose. Remarquez que c’est bien pratique pour cette campouse de Nachcar, qui peut ainsi se permettre de rester douze mètres en retrait et me regarder faire le job en balançant quelques timides headshots de temps à autres pour me piquer mon XP. Vous l’aurez compris, Diablo 3 aurait pu, voire AURAIT DU, être bien meilleur. Mais malgré tout, on s’éclate vraiment à parcourir ce monde en proie au chaos, en dézinguant du squelette et autres joyeusetés quelque peu rebutantes à la pelle… surtout quand on joue à plusieurs. Notez également, et je m’arrêterai là, que l’avenir du jeu s’annonce encore plus sombre qu’il ne l’est déjà. On sait depuis longtemps que le PvP devrait faire son apparition, j’espère qu’il sera gratuit. Ce qui risque de ne pas l’être par contre, c’est le contenu supplémentaire, puisque de l’aveu même des grands pontes de Blizzard, le contenu est jugé très insuffisant. On peut donc s’attendre à de nouvelles quêtes et de nouveaux environnements prochainement. Et même s’ils considèrent leur propre jeu très insuffisant, on imagine qu’il va sans doute falloir payer ce DLC à prix d’or quand même, vu la politique menée jusqu’ici par l’éditeur. On parle quand même des gars qui te vendent Starcraft II en trois parties distinctes…

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