Deus Ex Mankind Divided, le Old School Has Been

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Blockbuster annoncé de cet été, Deus Ex revient pour vous plonger dans l’univers Cyberpunk de la surpopulation, des augmentations cybernétiques et des entités gouvernementales aux forts accents d’illuminatis. Un monde sombre et pessimiste cherchant son salut dans les conduits de ventilation.

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Les contrôles au faciès sont légion…
Une critique de jeu vidéo, ou de toute autre œuvre artistique d’ailleurs, peut s’avérer très subjective. Comprenez par-là que les goûts, le ressenti personnel et les attentes du critique entrent toujours en ligne de compte, mais parfois ceux-ci prennent plus de place qu’on pourrait le penser de prime abord. C’est en tout cas exactement ce qu’il va se passer avec cette critique de Deus Ex Mankind Divided, tant je vais monopoliser les prochaines lignes de cet article à vous citer un par un ses nombreux, très nombreux défauts. Et pourtant, je dois bien avouer que l’expérience n’a pas été aussi désagréable que je l’aurai pensé… assez inexplicablement d’ailleurs. Il faut dire aussi que ça partait très mal, tant j’ai détesté son prédécesseur : Deus Ex Human Revolution. Encore aujourd’hui, je ne m’explique pas pourquoi j’ai acheté cet épisode… si ce n’est cet été aride, tant en termes de météo que de sorties jeux vidéo (en même temps il m’a fallu détester quatre épisodes d’Assassin’s Creed avant de me dire qu’il serait temps d’arrêter de les acheter…). Pour vous resituer, sachez que ce titre débute deux ans après les événements de Human Revolution. A la fin de ce dernier, et tant pis si ça vous spoile, un virus était relâché dans la nature, rendant fou les personnes augmentées jusqu’à en faire des meurtriers malgré eux. Connu sous le nom de « L’Incident », cet événement bouleversa le monde et un climat de tension extrême opposant les humains « normaux » aux augmentés s’est instauré.

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En théorie, Golem City est un gigantesque ghetto surpeuplé. En pratique, c’est juste un pauvre couloir avec trois PNJ qui se battent en duel.
Clairement, nous n’avons pas droit ici au message subliminal anti-racisme et xénophobie, via un parallèle aussi fantaisiste que grossier, comme on en a l’habitude de le voir. Non, nous avons passé là un cap, si bien que même l’Apartheid sud-africain paraît presque sympathique à côté du monde qui nous est dépeint dans ce bien-nommé Mankind Divided (Humanité divisée, pour les anglophobes). En termes d’univers et de contexte, le titre de Square n’a donc rien à envier aux meilleures œuvres Cyberpunk des William Gibson et autres Bruce Sterling. Le problème, comme pour son aîné d’ailleurs, vient surtout de la représentation de cet univers sur le terrain. Ce n’est pas en mettant trois pauvres gus qui pleurent recroquevillés dans une ruelle sombre, et des policiers en patrouille qui parlent avec une grosse voix, qu’on rend tout ça crédible. Pire, et toujours à l’instar de Human Revolution, les environnements font fake, très carton-pâte façon rues marseillaises de Plus Belle la Vie et autres soap low cost du genre. Le pire étant que cet environnement clairement raté, est en plus découpé en plusieurs parties, liées entre elles par de très longs et pénibles temps de chargement. A l »heure des Open World gigantesque et fourmillant de vie, ça fait un peu tâche… Ajoutez à cela des PNJ statiques rappelant les heures glorieuses mais néanmoins lointaine de Morrowind et vous comprendrez que la mayonnaise peine à prendre. C’est plutôt dommage car pour une fois, on nous envoie vers des destinations plutôt singulières. De plus, l’histoire nous plonge dans un conflit très sombre, directement issu de l’épisode précédent. On a donc une continuité très intéressante dans le récit, et même si on n’échappe pas aux clichés, cet affrontement entre humains purs et humains augmentés arrive à capter toute notre attention.

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Chaque fois que le jeu vous enverra hors de Prague, ce sera pour vous confiner en intérieur. Super le dépaysement !

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L’analyse de comportement de votre interlocuteur est l’une des chouettes idées du jeu. Malheureusement sous-exploitée.
C’est donc dans ce contexte des plus tendus qu’Adam Jensen refait surface, au sein d’une branche d’Interpol basée en République Tchèque, deux ans après avoir été laissé pour mort. C’est toutefois à Dubaï que cette nouvelle histoire commence, durant une opération militaire presque routinière, qui forcément va partir en couilles. S’en suit alors une plongée dans un Prague futuriste peu recommandable, dans une ambiance post-attentats qui n’est pas sans nous rappeler de trop récents souvenirs. Mankind Divided reprend donc la trame principale de son aîné, mais que les néophytes se rassurent, une longue vidéo d’une quinzaine de minutes vous contera les événements importants de ce dernier si vous le désirez. De quoi se mettre ou se remettre dans le bain afin de se plonger dans cette aventure dans les meilleures conditions. C’est d’ailleurs d’autant plus important que le scénario tient une place prépondérante ici. Les dialogues y sont même légion, plutôt bien écrits si on excepte une VF oscillant entre l’acceptable et le honteux (pas essayé la Vostfr). Les conversations avec les PNJ prennent même une dimension assez unique et particulièrement plaisante sitôt que vous débloquerez le module CLASSIE, dans l’arborescence des compétences d’Adam. En effet, une fois acquise, cette capacité vous permettra d’analyser le comportement de vos interlocuteurs pour orienter le plus efficacement possible vos interrogatoires. Ça reste assez gadget compte tenu du fait que l’histoire vous mènera d’un point A à un point B quelque-soit vos décisions, mais c’est suffisamment bien foutu pour que l’illusion d’avoir le choix soit parfaite. Seulement comme je le disais, encore faudra-t-il avoir débloqué la compétence correspondante. Car bien entendu, après un reboot plutôt bien amené scénaristiquement parlant, vous allez devoir reconstruire de zéro, ou presque, le surhomme qu’est Jensen. Et franchement, vous n’aurez que l’embarras du choix pour orienter votre avatar dans la direction que vous souhaitez (action, infiltration, piratage… voire plateforme).

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L’interface de personnalisation des armes est très classe, mais pas très utile.
Le souci, c’est que le jeu vous pousse clairement vers l’infiltration. Vous aurez toujours la possibilité de résoudre n’importe quel conflit, les armes à la main, mais finalement c’est bien la solution pacifique que l’on retiendra le plus souvent. Faut dire aussi que si on veut du gunfight nerveux, c’est pas forcément vers la licence Deus Ex qu’on se tournera. Bref, rien de bien dramatique à première vue, si ce n’est que cette infiltration est rendue presque trop simple avec les augmentations permettant de devenir invisible, de sauter plus haut ou encore de pirater caméras et tourelles à distance ; sans parler de l’I.A. calamiteuse, parmi les pires rencontrées sur cette génération de consoles. Du coup, la lassitude peut très vite s’installer, au détour d’une 847ème balade dans un conduit d’aération ou de la 92ème caméra désactivée. On en vient presque à pousser un ouf de soulagement lorsqu’on commet une erreur qui mène à un échange de tirs avec la population locale. Pourtant, le jeu n’est pas avare en armes à découvrir et collectionner, ni en munitions de tous types (perforantes, IEM, électriques…). Il est même possible de modifier la cadence de tir ou les munitions emportées via une interface in situ très classe, ou encore d’améliorer la puissance et la précision des différents flingues ; voire d’y monter un silencieux, une visée laser ou une mire holographique. Ajoutez à cela les diverses grenades, les médikits et les virus informatiques en forme de cartouche Nintendo et vous comprendrez qu’il y a très largement de quoi saturer l’inventaire ridicule, tout droit issu des Point & Click des 90’s, dont le jeu est affublé.

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Vous pouvez sprinter au beau milieu de la rue, de toute façon une fois planqué au bout, ils vous auront perdu.
On retrouve également tous les poncifs du RPG, à commencer par cette propension à entrer partout et voler les affaires de tout le monde, sans que ça inquiète qui que ce soit. Certes, les PNJ réagiront si vous piratez leur coffre ou leur PC, mais pas si vous récupérez un flingue dans un tiroir ou de la thune sur leur table. A ce propos, vous allez gagner un max de crédits dans le jeu… le plus souvent en les ramassant ou en les volant. Mais s’il y a bien quelques boutiques pour faire des emplettes (notamment pour acheter des virus ou des munitions), dans les faits vous n’y passerez jamais (ou alors une fois, par curiosité). C’est d’autant plus vrai que votre inventaire ne vous permettra pas de collectionner les items. Bref, vous terminerez le jeu pété de thunes, mais ça ne vous aura pas servi à grand chose. Mais le pire, reste la représentation d’Adam Jensen lui-même. Déjà, en tant que joueur, vous allez contrôler une caméra flottante. Adam n’a pas de pieds, pas de corps, pas de mains et n’est mué par aucune inertie lorsqu’il se déplace. Vous aurez l’impression de retourner des années en arrière, à l’époque où Gordon Freeman déplaçait des objets avec ses mains invisibles. En 2016, c’est impardonnable. Ensuite, la mise en scène est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire, passant constamment d’une vue à la première personne vers une vue à la troisième, que ça soit durant l’action, lorsque vous vous collez à un mur, où durant les dialogues, lorsque ceux-ci sont soumis à une analyse de comportement.

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L’arbre de compétence est très varié et influe grandement sur votre façon de jouer.
Tous ces défauts pourrissent une expérience qui aurait pourtant pu, pourtant du être fantastique. C’est d’autant plus dommage que l’histoire, sans être transcendante, est plutôt engageante. Que les situations proposées offrent toujours deux, trois, voire quatre approches distinctes ; qu’il s’agisse de passer en douce, en force, d’escalader une façade, pirater un accès ou défoncer une grille. Et surtout, qu’il s’agisse de l’arsenal à disposition de Jensen, ou de son arbre de compétence, la diversité et l’efficacité est de mise. Vous aurez vraiment l’impression de construire votre personnage comme vous le souhaitez et d’orienter le gameplay en même temps que vous orienterez vos compétences. Malheureusement, les bonnes idées sont gâchées par la médiocrité technique et des mécaniques déjà considérées comme has been dans les années 2000. Même la durée de vie, plutôt acceptable pour un FPS, fait pâle figure pour un RPG. C’est d’ailleurs d’autant plus vrai que le scénario du jeu s’arrête assez abruptement, sans nous offrir de réel dénouement. Certes, on finit par éliminer le grand méchant, mais le complot des illuminatis lui reste en suspens, à ce point d’ailleurs qu’il aura finalement à peine été évoqué. Sans parler de la cinématique post-générique avec sa grosse révélation typique d’un season finale de séries américaines qui laisse plus un sentiment amer d’inachevé qu’une réelle envie de voir la suite.

En définitive, ce Deus Ex Mankind Divided s’avère un jeu tout juste sympathique, qui se laisse jouer en mode pilote automatique, sans jamais vous procurer de réelle satisfaction. Si vous vous ennuyez avec votre console en ce moment (genre si vous êtes sur PS4 par exemple), vous pouvez toujours vous laisser tenter. Mais mieux vaut attendre Cyberpunk 2077, ou relancer Shadowrun Returns pour vivre une expérience de RPG d’anticipation digne de ce nom…

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