Bravely Default, ce génie incompris

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Enfin ! Quatre mois après sa sortie, et alors que je l’ai acheté en Day One, j’ai enfin terminé Bravely Default. Voici donc le résumé de quatre mois de bonheur, de souffrance et de soulagement mêlés…

Mea Culpa

010-2.pngIl y a quelques semaines de cela, voire quelques mois même, j’ai commencé à rédiger ma critique de Bravely Default sur l’admin du site. Je n’atteignais alors péniblement que la trentaine d’heures de jeu. Ça peut paraitre beaucoup pour les non-initiés, mais en réalité ce n’est même pas la moitié de sa durée de vie. C’est quelque chose que je fais couramment : Commencer la rédaction d’une critique avant d’avoir pu me faire un avis définitif. Cela me permet de coucher sur le papier électronique, des idées qui germent à un instant T et auxquelles je ne penserais sans doute plus lorsqu’arriveront les crédits de fin. Généralement, je n’ai d’ailleurs pas trop à revenir dessus, car je fais rapidement preuve de discernement lorsqu’il s’agit de mettre en exergue les qualités et défauts d’un jeu (du moins, par rapport à ce que j’en attends). Seulement, en ce qui concerne Bravely Default, les choses ont pris une tournure pour le moins inattendue…

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Nos quatre héros : Agnès, Tiz, Edea et Ringabel
Pour tout vous dire, à l’époque j’encensais le titre de Square comme jamais. Encenser me parait même faible comme mot, tant je considérais alors ce jeu comme LE meilleur J-RPG de l’histoire… rien que ça ! Mais depuis, j’ai quelque peu changé mon fusil d’épaule, et quiconque a déjà joué à ce titre, comprendra immédiatement pourquoi. Car oui, les 40 premières heures de Bravely Default, sont sans doute les meilleures 40 heures que j’ai passé sur un RPG japonais. Et si vous me connaissez un minimum, vous n’êtes pas sans savoir que des J-RPG, j’en ai écumé un sacré paquet. Il faut dire que celui-ci ne manque pas de qualités. Même encore aujourd’hui, alors que j’ai doublé le temps passé dessus et enfin vu le dénouement (les deux, même), je pense que Bravely Default tient du génie. Mais comme tout génie, il risque fort de rester incompris de beaucoup d’entre nous.

Spoiler Attack

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Tout commence par la mort, entre autres, de votre frère
Avant toutes choses, je préfère vous prévenir que je risque malheureusement de spoiler ceux qui n’ont pas joué ou pas terminé ce titre. Je peux difficilement faire autrement, car son principal défaut, le point sur lequel j’ai envie de mettre le doigt aujourd’hui, c’est sa redondance. Et pour l’expliquer, je vais devoir revenir sur certains détails de l’histoire. Pour faire court, Bravely Default est un jeu long, très long (comptez 80 heures si vous faites toutes les quêtes annexes), qui malheureusement se perd un peu à mi-chemin dans des redites quelque peu rébarbatives. Car à la manière de Un jour sans fin, nos héros vont revivre leurs aventures plusieurs fois, combattre les mêmes boss (en plus forts toutefois), et entreprendre grosso modo les mêmes actions. Scénaristiquement, ça se tient ; c’est même assez couillu. Mais en terme de plaisir de jeu, c’est tout autre chose. Dans un même ordre d’idée, et avec un peu moins d’insistance tout de même, ces récurrences me font penser à la deuxième saison de La mélancolie d’Haruhi Suzumiya. Dans cet animé, le réalisateur a pris le risque de répéter inlassablement les mêmes épisodes, en variant certains plans, certaines tenues des personnages, et quelques menus détails, pour le bien de l’histoire. A regarder, c’est une plaie. Mais force est de constater que l’idée tient du génie pur. Et bien ici c’est la même chose.

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Les effets de lumières sont chouettes
Nos héros vont donc accomplir leur quête, à savoir réveiller les cristaux de l’eau, de la terre, du feu et du vent, de la manière la plus commune qui soit (donjons, boss, cinématique, etc.). L’histoire à ce moment-là, sans être inintéressante, reste relativement commune. Seules quelques réflexions sur la solitude, ou d’autres points de détails de ce type, apportent un peu d’originalité. Puis, tout bascule. Nos héros échouent lamentablement, sans trop savoir pourquoi… comment… où ils ont merdé. Ils se retrouvent alors propulsés au début de leur histoire, coincés dans les méandres de mondes parallèles, et vont répéter les actions accomplies précédemment sans trop se poser de questions, espérant que cet échec tienne de la coïncidence malheureuse. Ce n’est qu’au bout de la troisième tentative, que les doutes apparaissent et que le scénario se dévoile réellement. Au bout du compte, c’est plutôt chouette. Mais force est de constater que durant la dizaine d’heures où on se retape les boss déjà affrontés par le passé (principaux et secondaires), la lassitude s’installe. Au point qu’il faudra une sacré dose de courage et de pugnacité pour ne pas lâcher le jeu en cours de route.

Brave / Default

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Pour acquérir un job, vous devrez d’abord battre le boss qui en est propriétaire
C’est d’autant plus dommage que, hormis ce point de détail, Bravely Default se pare d’un sacré paquet d’atouts pour séduire l’amateur du genre. A commencer par son rendu graphique, à la fois old school, avec ses personnages chibi et ses pixels qui gerbent de partout, et tellement d’actualité. Il faut voir ces effets de lumière absolument somptueux et tous ces petits détails qui font que l’univers du jeu fourmille de vie. Alors certes, on n’échappe pas aux sempiternels clichés des régions enneigées, désertiques ou des plaines et forêts, mais si le dépaysement n’est pas forcément garanti, les univers proposés n’en restent pas moins soignés. On regrettera toutefois le level design des donjons, peu inspirés et plutôt pénibles à arpenter ; surtout lorsqu’on revient pour la troisième fois. Dans le même ordre d’idées, je n’ai pas particulièrement aimé le recyclage du bestiaire, qui vous décline le même monstre en version « de feu », « de glace », etc. histoire de faussement gonfler le nombre de bestioles au générique. Cela a beau être une pratique courante chez les japonais (Gran Turismo et ses 12 voitures déclinées en 800 versions…), c’est toujours frustrant d’arriver dans une nouvelle zone et de devoir se farcir les mêmes ennemis que dans la précédente.

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A chaque job, son apparence
Surtout qu’à part cela, les combats sont vraiment plaisants. On fait face ici à un système cher à K.mi, le tour par tour. Toutefois, il est possible de « forcer » ses tours de jeu, soit en les cumulant (jusqu’à quatre) au risque de se retrouver désarmé pour les tours suivants, soit en les économisant pour les utiliser plus tard durant l’affrontement. Ce système est même à l’origine du titre, si curieux pour nous français, puisque l’action visant à multiplier les attaques s’appelle Brave, quand celle pour les économiser se nomme Default. C’est sur cet ingénieux système que repose toute la stratégie nécessaire pour venir à bout des adversaires les plus coriaces. Et compte tenu du fait que la difficulté, bien que tout à fait surmontable, est bien réelle, il va falloir maitriser l’art du Brave/Default si vous voulez avoir une chance de survivre. Pour le reste, c’est du classique avec l’utilisation d’objets et potions, ainsi que les attaques physiques ou magiques auxquelles s’ajoutent des attaques spéciales, que vous pourrez déclencher qu’une fois après avoir rempli certaines conditions (Utiliser Default dix fois pour un même perso, infliger dix coups critiques, etc.).

Pôle Emploi

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Une bonne gestion du Brave et du Default est absolument nécessaire pour s’en sortir vivant
Toutes ces possibilités offensives, défensives ou de soutien, sont régies par le job de chacun de vos quatre héros. Ou plutôt LES jobs ai-je envie de dire, puisque chaque compétence apprise, reste acquise même si vous avez changé de métier entre temps. Ainsi, si vous apprenez la compétence « ambidextre » du ninja (permettant d’utiliser une arme dans chaque mains, sans subir de pénalité), vous pourrez toujours en bénéficier peu importe votre job actuel. Toutefois, les compétences équipées pour chacun des personnages sont limitées en nombre (deux au début, puis trois, quatre, etc.). A vous donc de faire le choix le plus judicieux, pour votre personnage comme pour le groupe (sachant que les compétences les plus puissantes comptent souvent pour deux ou trois, réduisant d’autant plus les possibilités). Cet ingénieux système, permet de personnaliser ses héros à l’envi. Car comme chaque classe possède des types d’armes et armures fétiches, des compétences passives, des compétences actives et des coups spéciaux, pouvoir mélanger tout cela dans un beau bordel organisé, permet d’arriver à des résultats aussi improbables que dévastateurs. Ainsi une jeune et frêle mage blanche, peut manier un fuckin’ glaive comme un bonhomme, parce qu’avant d’embrasser la soutane, elle faisait carrière dans la chevalerie. A l’inverse, un bon gros pirate des familles peut se la jouer planqué, à balancer des sorts de mage temporel, plutôt que de tanker au corps à corps à coups de hache in their faces.

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La carte du monde est jolie et détaillée
Et si ça ne suffit pas, vous pourrez également faire appel à deux techniques un peu cheatées pour vous sortir des pires situations. La première, c’est l’assistance. Grâce à la fonction StreetPass de la 3DS, vous allez pouvoir invoquer en plein combat, les guerriers des joueurs que vous aurez croisé, le temps d’un coup unique. Bien entendu, vous-même pourrez proposer votre meilleur coup aux autres joueurs, en l’enregistrant au préalable. La deuxième, un peu plus sujette aux critiques, est un coup spécial qui arrête le temps, que vous ne pourrez déclencher qu’à trois reprises en 24h. Malheureusement, pour la recharger, vous allez devoir compter sur le podomètre de la console ou sur votre carte bleue. Cependant, contrairement à quelques autres (NBA 2K14 par exemple), ici l’achat n’est jamais mis en avant ; bien au contraire. Et puis, même si le jeu peut parfois s’avérer difficile, on peut très bien s’en sortir sans. Moi-même n’y ai jamais eu recours, si ce n’est une fois pour savoir de quoi il en retournait. M’enfin, même sans être obligatoire et/ou intrusive, cette pratique reste une pratique nauséabonde ; d’autant plus dans un jeu payant.

Nivellement

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Le jeu dans le jeu : Reconstruire le village pour gagner objets, coups spéciaux et équipement.
De toute façon, lorsque vous commencez à galérer en combat, la meilleure des solutions reste encore de grimper en niveaux. D’autant plus que dans Bravely Default, tout est fait pour vous faciliter la tâche. Ainsi, nul besoin d’arpenter le monde en long, en large et en travers pendant des heures, puisque vous pourrez influer sur la fréquence des rencontres hostiles ou encore la vitesse du jeu. Il suffit en effet de doubler le nombre de combats aléatoires pour faire du leveling comme un porcin, mais aussi à gagner un max de flouze rapidement (notamment avec le job de marchand) histoire de s’équiper convenablement. Le diviser par deux, permettra au contraire de revenir comme une fleur dans les contrées déjà visitées, sans avoir à se farcir des combats ennuyeux, à base de One Shot Kill. De plus, à tout moment vous pourrez passer les combats en accéléré, façon magnétoscope, et même mettre vos héros en pilote auto. Ils répèteront alors la dernière compétence utilisée. En clair, si vous avez besoin de monter de niveau, vous vous pointez dans une zone déjà visitée, vous montez la jauge de rencontres aléatoires au max, paramétrez vos héros pour qu’ils utilisent leurs attaques les plus efficaces, accélérez la vitesse de jeu, et roule ma poule. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous voilà fin prêt pour humilier cet enfoiré de monstre qui vous en faisait baver jusqu’alors.

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Leu jeu reprend l’idée des saynètes facultatives des Tales of…
Ceci étant, et malgré toutes ces facilités accordées pour monter son XP rapidement, il m’est déjà arrivé de passer l’après-midi à faire du seul leveling, notamment pour monter le niveau d’une toute nouvelle classe. Car si la puissance de vos personnages est conditionnée par leur niveau d’XP général et leur équipement, elle l’est tout autant par leur niveau de classe. Ainsi, se pointer devant un boss dans la seconde partie du jeu, en étant quasiment puceau dans sa classe, peut vite transformer votre combat en enfer tactique, vous forçant donc à bourriner du péon des heures durant. Toujours est-il qu’avec un nombre incalculable de qualités, Bravely Default entre, sans trop forcer son talent, au panthéon du J-RPG. Dommage que cette redondance extrême au milieu de l’aventure le destine presque exclusivement aux fans acharnés du genre ; ceux qui seront bien incapables de lâcher l’aventure en cours, tant l’industrie les a privé de bons J-RPG ces dernières années. On espère donc que sa suite, d’ores et déjà annoncée par un mini-teaser à la fin du jeu, saura gommer ces errances. Si tel est le cas, nul doute que ce Bravely Second (puisque ce sera son nom), saura se hisser au rang de hit incontournable. J’en trépigne d’impatience…

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