Alan Wake, la lumière au cœur des ténèbres

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Après un développement chaotique de cinq longues années, les créateurs de la série Max Payne nous plonge dans une aventure cauchemardesque chez les redneck de BrightFalls.

Saison 1 – Episode 1

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Si on m’avait dit qu’un jour j’incarnerai un héros avec une veste en tweed…
Alan, Wake up! Non mais allez, réveille-toi feignasse, tu risques de rater l’un des plus grands jeux jamais crées. Oui je sais, je ne suis pas des plus objectifs mais qu’importe, j’ai décidé de faire l’apologie de ce qui restera à mon sens l’une des plus grandes œuvres vidéoludiques de notre époque. Alors les énervés dont le bulbe rachidien n’est pas plus développé qu’une cacahouète avariée, dehors ! Parce que les discours débiles sur le tearing honteux qui apparait quelques secondes à un instant T, ou pire sur la redondance d’un jeu d’action qui, Ô trahison, se paie le luxe de multiplier les ennemis à dessouder, j’aimerai autant qu’ils restent dans les cours d’école. Bon, c’est vrai que Remedy aurait pu nous glisser un gigantesque robot cracheur de flammes ou un dragon bicéphale qui pisse de l’urine acide pour varier un peu l’action. C’est vrai ça, qu’est-ce qu’on s’en fout de la crédibilité du soft ? Qui s’intéresse à l’ambiance d’un jeu ? Sérieusement, y en a qui prête encore attention à l’histoire ? Tout ce qui importe c’est de trucider des zombies et des monstres de douze mètres de haut avec une grosse hache et un fusil à pompe tronçonneuse ! C’est ce qui fait que les gamers sont plus intelligents que la moyenne, non ? Enfin bref, ce n’est pas aujourd’hui qu’on va empêcher les adolescents de jouer aux jeux vidéo, mais je préfèrerais qu’ils s’en tiennent à Need for Speed plutôt que venir souiller des jeux du calibre d’Alan Wake avec leur stupidité exacerbée.

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Ah tu fais moins le malin en plein jour, enfoiré de tracteur !
Bon, promis j’arrête de faire mon vieux con qui méprise les gens… du moins pour ce paragraphe. Et je vais même émettre une critique, mais une seule, envers le titre de Remedy. Car je me souviens qu’à l’époque du press tour organisé par Microsoft, à grand renfort de décor champêtre et de pizzas beaucoup moins bucoliques (excepté pour celles aux champignons), les développeurs nous avaient assuré que leur bébé proposerait une version originale sous-titrée. A l’arrivée, encore une fois, il n’en est rien ! Et c’est une aberration, voire une infamie tant le jeu s’y prêtait. Car Alan Wake n’hésite pas à puiser son inspiration dans les séries télés américaine, que ça soit pour les cliffhanger à la fin de chaque épisode ou les « previously » de débuts. Vous vous imaginez mater Lost ou Weeds en français vous (Bon, je sais que certains d’entre vous le font… honte à eux) ? Heureusement, hormis peut-être la voix d’Alan pourtant personnage principal, les voix françaises sont relativement bien trouvées et très professionnelles. Chapeau bas tout spécialement à celui qui signe la voix de Barry (Christophe Lemoine, voix française de Jack Black et de Cartman dans la série SouthPark), l’une des plus réussies qu’il m’ait été donné de voir dans un jeu. Mais bon, tout cela ne pardonne pas la flemme de Microsoft, car il ne s’agit que de flemme puisque voix et sous-titres existent bien sur la galette. Même les pirates qui joue sur une version crackée ont su, en quelques secondes seulement, configurer leur galette prohibée en vost. Ça donnerait presque envie de passer du coté obscur…

Saison 1 – Episode 2

Précédemment dans mon test d’Alan Wake :
Je m’efforçais d’insulter tous ceux qui critiquent Alan Wake sans argumentaire solide, quand il m’a pris l’envie d’en mettre aussi une tartine sur Microsoft et son attitude anti-professionnelle, qui a jugé bon de ne pas offrir aux joueurs une version originale sous-titrée comme ils l’avaient promis.

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Qu’est ce que tu fais avec une serpe ? Tu crois que c’est avec ça que tu vas couper ces grands arbres ?
Bon Alan, tu te lèves oui ?! Tu vas finir par arriver à la bourre ! Déjà qu’on t’attend depuis plus de cinq ans, faudrait pas pousser… Je t’avais dit que je ferais l’apologie de tes aventures. Car certains vont sans doute vouloir m’assassiner pour ces propos, mais à mon sens ton ambiance surclasse tout ce qui s’est fait dans le genre, les vieux Silent Hill compris. De jour déjà, comment ne pas tomber sous le charme de cette petite bourgade typique de l’Amérique profonde ? Cette petite ville de redneck, son lac magnifique, ses montagnes à perte de vue et ses chemins de randonnée en forêt en font le cadre idéal pour s’isoler de ce monde de dingues. Surtout pour toi qui vient de New York ! Malgré le coté surnaturel de ton histoire, cet environnement qui lui sert de cadre dégage une certaine véracité, on s’y croirait vraiment et on n’a aucune peine à imaginer la région comme un ensemble et non un assemblage de niveaux. D’ailleurs, ce réalisme va plus loin que la simple géographie en faisant ouvertement référence à des œuvres et auteurs connus. A commencer par Stephen King bien sûr, qui t’a largement inspiré, mais aussi par de simples dialogues anodins, citant Le Seigneur des anneaux ou ce film culte qu’est Délivrance (« Fais la truie !! »).

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Ces vieux générateurs rouillés sont comme une oasis en plein désert.
Mais si de jour ton univers est déjà envoûtant, de nuit il atteint alors des sommets. A la lumière d’une lampe torche pour laquelle, il est vrai, t’aurais pu t’abstenir de promouvoir les piles (surtout que finalement, elles s’usent bien vite ces piles), ce paysage qu’on pensait idyllique se meut en un véritable cauchemar. Il faut voir la brume se lever sur ces terres envoûtées et ces ombres danser comme pour t’entrainer dans une ronde macabre qui ne prendra fin qu’au petit matin. Il faut vivre ces treks en forêt, qui te prennent aux tripes et souillent ton caleçon au rythme des apparitions de ces autochtones fantomatiques, qui aimeraient tant planter leur hache sur le sommet de ton crâne et souiller ta belle veste en tweed aux coudes rapiécés de quelques litres d’hémoglobine. Finalement, même si tu ne t’en rends pas bien compte trop occupé que tu es à sauver ta peau, il y a quelque chose de poétique, voire de magique, dans cette horreur qui t’assaille. D’autant plus que si certains crétins congénitaux s’arrêteront sur la texture baveuse du troisième arbre, à gauche après le chemin de terre, ta maitrise des jeux d’ombres et de lumières est inégalée à ce jour et force l’admiration et le respect.

Saison 1 – Episode 3

Précédemment dans mon test d’Alan Wake :
Nous parlions ambiance, dissertions sur la magnificence de ce petit village perdu en pleine montagne et évoquions la poésie qui émane des ténèbres qui t’entourent.

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Avec un agent qui se prend pour un sapin de Noël, je comprends qu’Alan soit tourmenté.
Ça y est Alan, t’es levé ? Chouette car on a encore de la route et tu sais combien il est délicat de te bouger. Oui, je sais que tu es un écrivain torturé, mais avoue qu’au lieu de trainer dans les bars newyorkais tu ferais mieux de fréquenter les salles de sport. On ne sait jamais quand on va rencontrer des psychopathes en pleine forêt ; mieux vaut être en bonne condition physique pour prendre ses jambes à son cou. Tu vois, tu es déjà essoufflé. Tu n’as plus le choix maintenant, il va falloir se battre. Non, je ne vais pas te critiquer sur ce point, je sais que d’autres l’ont déjà fait. Ils t’ont pris pour une bille, une sorte de vieux de la vieille ringard qui n’aurait su évoluer avec son temps. Ils ont sans doute oublié que tu as appris avec les meilleurs et que tu étais encore capable d’innover. Car comme ton pote Max en son temps, tu mènes ta petite révolution et introduit une nouvelle donnée : La lumière. Tu te fais du souci pour tes munitions, mais elles te sont inutiles sans lumière. Garde-le à l’esprit et économise tes piles car, crois-moi, tu les regretteras lorsque la fuite sera ta seule option. Et n’oublie pas les fumigènes, ils seront salvateurs dans les situations désespérées.

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Les voyages en voitures sont l’héritage du GTA-like que devait être Alan Wake à l’origine.
D’ailleurs en parlant de révolution, je tiens à souligner tout le talent qui t’anime lorsqu’il s’agit de raconter des histoires. A n’en pas douter, tu devrais rapidement faire des émules avec tes méthodes très largement inspirées de ces séries américaines dont le monde entier raffole tant. Car il ne s’agit pas seulement de contenu épisodique comme nous avons pu le voir par le passé, mais bel et bien de tous ces artifices de narration dont tu fais preuve, avec lesquels tu joues non sans une certaine maestria. Non vraiment, je ne comprends pas tes détracteurs même si moi aussi j’aurai souhaité te voir plus aventureux. Mais comment peut-on t’en vouloir quand tu nous offre une expérience aussi plaisante, où s’entremêlent l’amour, l’angoisse, l’humour, la poésie et le mystère ? J’ai passé des moments inoubliables en ta compagnie et n’aie qu’une hâte, c’est de te retrouver. Si ce n’est une preuve d’amour, c’est au moins la marque de mon admiration sans borne, aussi profonde qu’un lac. Que dis-je d’un lac, d’un océan…

Magique, magnifique, enivrant, flippant et passionnant… Alan Wake est une œuvre majeure !

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