Alan Wake, cauchemar additionnel

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Il y a quelques mois de cela, l’excellent Alan Wake se parait de deux DLC. Deux contenus additionnels radicalement différents l’un de l’autre, que je vous décortique ici… un peu tardivement, je le reconnais.

Tous des cons

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Vous avouerez qu’il se dégage quand même une sacré atmosphère de cet Alan Wake…
Il est de notoriété publique que je suis un connard ! Du haut de mes trente-cinq ans révolus et mon caractère de vieux con, j’ai tendance à mépriser les jeux que la plupart vont aduler (Heavy Rain, Assassin’s Creed, Bayonetta, …) et adorer d’autres sur lesquels le commun des mortels ne posera même pas les yeux (Chromehounds, Shadowrun, …). Et comme je suis un vieux con, lorsque j’ai décidé qu’un jeu serait exceptionnel, je n’accepte pas qu’on vienne me dire le contraire… surtout avec des arguments en carton. Dernièrement, ce fut le cas pour le vrai-faux reboot de Castlevania, Lords of Shadow, mais également, et c’est ce qui nous intéresse ici, pour Alan Wake. Pour moi, le titre de Remedy représente tout ce que je recherche dans un jeu vidéo. Honnêtement, me casser les doigts pour sortir un combo je m’en contrefous. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est une bonne histoire et une ambiance au poil qui me plonge dans l’univers que j’aborde manette en main (bon, il faut aussi un minimum de gameplay… sinon ça donne Heavy Rain).

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Oh, mais c’est qu’il y a de l’action dans Alan Wake… pauvre chouchou, tu pensais que c’était un Party Game ?
Et de ce coté là, Alan Wake excelle. Qu’importe donc les « Ouais mais euh y a trop d’action euh » (bah ouais, c’est un jeu d’action… comme tous les jeux de Remedy. Tu t’attendais à quoi ducon ?) ou les « Nan mais le gameplay il est trop rigide » (je n’ai pas souvenir que ça t’ait dérangé tant que ça dans GTA IV ou pire, dans Saints Row, face de pet), Alan Wake est pour moi un jeu brillant qui allie une atmosphère comme on n’en a rarement vu dans le jeu vidéo (Condemned et Bioshock sont les seuls à rivaliser), servi par un scénario intelligent et mature, découpé en épisodes à la manière d’une série télé. Mais bon, comme la grande majorité des joueurs n’est qu’une bande d’abrutis congénitaux, on se tape un Call of Duty et un Assassin bourrin’s Creed tous les six mois et Alan Wake va finir en jeu casual kinectisé pour belle-maman. Comme je regrette l’époque où le jeu vidéo était encore un loisir de niche…

Action Man chétif

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Quelque chose me dit que je ne vais pas juste prendre un café et repartir…
La première conséquence du foirage presque complet d’Alan Wake dans les charts, c’est que de trois DLC annoncés initialement, on est tombé à deux ; Remedy ayant déclaré qu’il n’y en aurait plus d’autres. Honnêtement, je ne vais pas gueuler outre mesure vu que la stratégie marketing consistant à te faire payer deux fois le prix de ton jeu par le biais d’innombrables DLC plus ou moins dispensables, n’est pas quelque chose que j’affectionne particulièrement. Reste donc à savoir si ces deux contenus additionnels se classent dans la catégorie des indispensables (aux cotés de ceux de GTA ou de Borderlands), ou dans celle des superflus (aux cotés de quasiment tous les autres que ceux pré-cités). Oui, je sais vous allez me dire que ça fait bien six mois que le premier d’entre eux est sorti, que la majorité d’entre vous (du moins ceux qui se sont laissés tenté par le jeu) ont revendu leur galette et que de toute façon, JeuxVideo.com leur a mis un pauvre 14/20. Mais voilà, je n’en ai rien à carrer de votre avis… donc c’est parti pour une critique quasiment post mortem des contenus téléchargeables d’Alan Wake.

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Dans The Signal, vous allez beaucoup courir et beaucoup tirer… mais surtout courir en fait.
Et pour une fois, je vais être un peu moins dithyrambique pour ce jeu que je défendais pourtant bec et ongles plus avant. En tout cas, pour le premier DLC : The Signal. Car il faut reconnaître que si l’ambiance est bel et bien présente (encore heureux), Remedy a comme qui dirait oublié un détail, insignifiant dans la plupart des jeux modernes, mais pourtant si important ici : Le scénario ! Car dans ce premier contenu, on retrouve l’écrivain là où on l’avait laissé à la fin de l’aventure originelle : Au fond du lac… enfin l’océan comme dirait l’autre. Très vite, le monde qui l’entoure va lui jouer des tours et le balader dans des lieux plus ou moins connus, à l’atmosphère plus inquiétante encore que lors de son premier passage. Heureusement, Alan peut compter sur Zane pour le guider, grâce à un GPS sorti d’un peu nulle part. Sauf que le GPS en question oublie de préciser que le trajet s’avère particulièrement encombré, de spectres-redneck hostiles et de voitures volantes agressives façon Christine sous champis. Malheureusement, la où le jeu complet savait nous tenir en haleine avec une ambiance oppressante, ici on n’a pas le temps d’angoisser tant on shoot à tout va. Reste quelques scènes particulièrement bien pensées, tordues et originales, ainsi qu’un challenge retors, parfois trop même… si bien qu’on préfèrera parfois fuir comme une mauviette que de gâcher piles et munitions.

La drogue c’est bon, mangez-en

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C’est con d’avoir autant d’imagination quand le monde qui vous entoure est régi par elle.
Le second DLC, The Writer, fait directement suite au précédent qui, très honnêtement, n’apportait pas grand-chose au scénario ; tout juste faisait-il la lumière sur cette matérialisation des rêves de Wake. L’écrivain est donc toujours prisonnier de l’Antre noir et cherche par tous les moyens d’en sortir, aidé par la voix de Zane qui le guide dans certains moments clés. Ici, l’épisode tranche radicalement avec le précédent, très (trop ?) action, pour revenir à un rythme plus en adéquation avec le jeu originel. Du fait de la situation quelque peu tarabiscotée de Wake, cet épisode nage en plein délire et on sent que les développeurs ont pu se laisser aller avec délectation à toutes sortes de fantaisies. Les situations rencontrées sont donc tout aussi diverses qu’étranges, mais collent parfaitement au style du jeu ; et notamment à son dernier chapitre. Et après avoir parcouru le précédent épisode le doigt scotché à la gâchette, retrouver une progression à peu près normale, sans avoir à dérouiller du possédé par brouettes entières, est un plaisir incommensurable. Toutefois que les bourrins se rassurent, il en reste encore quelques uns disséminés ça et là pour satisfaire vos penchants pour l’annihilation de masse. D’autant plus que, comme pour son prédécesseur, ce DLC ne se montre pas avare en munitions… loin de là.

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Bon les gars, celui qui a eu l’idée de ce labyrinthe au brainstorming, qu’il se dénonce… une petite cure de désintox lui fera le plus grand bien.
Bref, je ne sais pas ce qu’ils prennent comme drogues chez Remedy, mais il faut avouer qu’elle a ouvert leur esprit créatif. Grâce à elle, on se retrouve face à deux heures de jeu complètement hallucinées ; une sorte de matérialisation d’un cauchemar sombre et torturé, où l’espace et le temps n’ont plus cours. On retrouve aussi un peu de ces randonnées forestières si pittoresque où chaque arbre semble en vouloir à votre vie et qui m’avait tant manquées dans The Signal. Au final, après six mois de sevrage, c’est toujours avec un plaisir non dissimulé que j’ai parcouru ces deux épisodes supplémentaires. L’occasion pour proclamer une fois de plus qu’Alan Wake est un grand, très grand jeu, et que quiconque affirme le contraire mérite d’aller finir ses jours dans l’Antre noir, à ruminer ses goûts moisis. Car il n’y a pas de place à la démocratie et à la liberté d’opinion quand il s’agit de décrier ce que je considère comme un pur chef d’œuvre, et sans aucun doute possible, l’un des plus grands jeux de cette génération. Maintenant je veux la suite, alors hâtez-vous Remedy, vous ne reverrez vos familles et partirez en vacances que quand vous l’aurez achevée…

Difficile d’émettre un verdict pour ces deux DLC radicalement opposés, mais complémentaires. Le premier reste agréable à jouer mais tranche par son action trop soutenue, le second revient à un rythme plus adéquat et nous plonge dans des délires cauchemardesques qu’on a plaisir à parcourir.

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