Looper, de l’anticipation comme on l’aime

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Pour me décider à aller voir un film avec un nom aussi pourri et Bruce Willis au casting, il a vraiment fallu que je range ma fierté au vestiaire. J’ai plutôt bien fait de ne pas l’écouter, cette conne.

Motivé

001-850.jpgEtant l’heureux possesseur de chèques cinéma prenant fin à la fin du mois, je vous avoue que je me suis un peu forcé à aller voir ce film, que je n’aurai pas forcément choisi si j’avais eu plus de temps devant moi. D’ailleurs, Looper n’était clairement pas mon premier choix. Mais comme j’avais trois tickets à écouler, j’ai décidé d’aller voir celui-là tout seul et Argo avec ma copine (je vous en parlerai bientôt, donc). Et si je vous raconte ma vie, qui j’imagine vous passionne, c’est un peu pour m’excuser d’être allé voir un film avec un nom aussi ridicule. Vous remarquerez à ce propos, que même si ça m’a terriblement démangé, j’ai sciemment évité de vous faire LE jeu de mot de merde qui doit fleurir un peu partout sur le web, du style « Looper, est-il un film loopé ? ». Comme quoi les voies du marketing sont vraiment impénétrables. Car quand on voit que ces abrutis de marketeux sont capables de vous changer un titre de film classe (exemple : Bourne Identity) en un titre de film merdique (toujours le même exemple : La mémoire dans la peau), j’ai du mal à comprendre qu’aucun de ces « mentalement déficients » n’a eu la bonne idée de balancer au brainstorming un : « Euh, les gars ? Et si on francisait le titre du film histoire que ça n’ait pas l’air trop nase ?! ». Parce que bon, un film qui s’appelle Looper en France, il est déjà bien mal barré selon moi.

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Heureusement que je l’ai vu en VO, car j’en ai marre d’entendre sa voix française dans une pub sur deux.
Enfin bref, grâce aux bonnes critiques (comme quoi dès fois, elles servent à quelque chose) et à la providence qui m’a mis trois tickets gratos dans les mains (enfin pas si gratos, on les a acheté y a six mois), j’ai pris sur moi pour aller voir ce film. Toutefois, je reconnais que j’y suis allé en longeant les murs de Paname, tapi dans l’ombre, au cas où je croiserais quelqu’un que je connais, qui pourrait hurler « Hey Jeff ?! Tu vas voir un film avec Bruce Willis ? Ahahahah la honte… Et pourquoi pas un film avec Eddie Murphy pendant que t’y es ! ». Ouais, parce que de vous à moi, Bruce Willis était sympa dans les premiers Die Hard ou dans L’armée des 12 singes, mais c’était y a longtemps… très longtemps. Aujourd’hui, malgré vingt ou trente ans de carrière, le mec est toujours aussi monocorde. Il joue tellement toujours de la même manière, que si t’es réalisateur, que tu le fais tourner et qu’il te manque une ou deux scènes, tu peux toujours aller fouiner dans les archives et piquer une scène d’un autre de ses films pour combler. Personne ne verra la différence. Ouais, je suis allé voir un film avec Bruce Willis. Et si j’en avais terriblement honte au départ, ce n’est clairement plus le cas maintenant, tant j’ai été séduit par ce film au nom ridicule, porté par un acteur has been.

La boucle est bouclée

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Emily Blunt a ce côté naturel qui n’est pas pour me déplaire.
Bon, il faut dire aussi que Bruce Willis n’est pas l’acteur principal de ce film ; ça aide. On le voit assez régulièrement à l’écran, mais la vedette c’est clairement Joseph Gordon-Levitt, une des étoiles montantes d’Hollywood, qu’on avait déjà vu dans Inception ou, plus récemment, dans The Dark Knight Rises (c’est lui qui joue Robin). Difficile de juger de son talent sur un film de science-fiction (ce ne sont généralement pas les rôles les plus compliqués à jouer), mais ce qu’il fait il le fait bien, et c’est tout ce qu’on lui demande. En fait, celui qui brille à l’écran, c’est un acteur haut comme trois pommes, Pierce Gagnon, un gamin qui ne doit pas avoir beaucoup plus de dix ans et dont les interventions font toujours mouche. A la fois drôle et touchant avec son ton acerbe, il est la vraie pépite de ce film. Espérons qu’il confirme son talent dans un proche avenir, et ne nous fasse pas une Haley Joel Osment, le gamin de Sixième Sens, qu’on n’a plus jamais revu par la suite. Mention spéciale également à Emily Blunt, dont la « banalité » rend l’histoire plus crédible : Pour une fois qu’on ne nous plante pas une bimbo à la con pour faire bander les ados, c’est un plus vraiment appréciable.

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L’avantage de la méthode, c’est que ta cible n’est jamais en retard.
Enfin bref, je m’épanche un peu sur les acteurs, mais j’en oublierai presque de vous parler du film en lui-même. L’histoire de Looper se situe en 2044. Ce futur baigne dans un univers sombre et glauque, cher aux œuvres Cyberpunk. La pauvreté est à son paroxysme, la criminalité également (ça va généralement de pair). C’est dans ce crime organisé que travaille Joe, comme looper. Les loopers sont des tueurs à gage, dont le but est d’éliminer ceux qu’on leur envoie du futur, afin de les faire disparaitre sans laisser de trace. En effet, si en 2044 la machine à remonter le temps n’existe pas encore, elle le sera trente ans plus tard. Déclarée hors la loi sitôt inventée, elle est utilisée clandestinement par la mafia pour faire disparaitre des corps. Les loopers doivent éliminer leur cible sans poser de question, contre des lingots d’argent, jusqu’à ce qu’ils tombent sur eux-mêmes, trente ans plus vieux ; on appelle ça boucler sa boucle (d’où le titre). En contrepartie de l’élimination de leur propre personne, ils sont payés rubis sur l’ongle et peuvent alors jouir de la vie pendant les années qu’il leur reste. Toutefois, lorsque Joe tombe sur sa « boucle », les choses ne vont pas se passer comme elles étaient prévues.

Nolan sort de ce corps

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Par moment, Joseph Gordon-Levitt me fait penser à Ryan Gosling.
Si dès les premières minutes, on est happé par l’univers de ce film, flirtant allégrement et avec une réussite insolente entre le contemporain, la science-fiction et le rétro un brin sixties, on ne peut s’empêcher de penser qu’on en devine déjà la suite (je précise que je n’avais pas vu la bande annonce). Et pourtant, on est loin du compte. En effet, le film part constamment dans des directions où on ne l’attendait absolument pas, évitant avec une certaine maestria la plupart des clichés, et n’hésitant pas à s’ancrer dans la noirceur, voire l’immoralité. Surtout, le récit ne reste pas bloqué dans son script originel, et ne cesse d’évoluer. Certains détails distillés dans le film, dont on se demandait bien l’utilité, prennent tout leur sens quand arrive le dernier tiers de l’histoire, si bien qu’à l’arrivée on reste un peu sur le cul, convaincu d’avoir assisté à quelque chose qui deviendra culte, au même titre qu’un Blade Runner ou un Bienvenue à Gattaca. Et c’est justement dans les détails que Loopers tire toute sa crédibilité, des détails qui mis bout à bout, nous dépeignent un futur auquel on pourrait facilement croire.

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Le looper face à sa boucle.
Très honnêtement, je ne connaissais pas du tout Rian Johnson, le réalisateur. Sa filmographie AlloCine nous parle d’un épisode de Breaking Bad et de films dont je n’ai peu ou pas entendu parler (Une arnaque presque parfaite avec Adrien Brody et Rachel Weisz, et Brick où jouait déjà Joseph Gordon-Levitt). Mais avec ses plans soignés et sa photographie léchée, je pense que je vais un peu plus m’y intéresser. Clairement, il y a quelque chose de Nolan en lui… Le Nolan des débuts surtout, le Nolan qu’on aimait (enfin que moi, j’aimais). De plus, outre la réalisation, Rian Johnson signe également le scénario ; ce qui n’est pas si courant que ça dans cette grosse machine protocolaire qu’est l’industrie du cinéma. Et si le scénario est déjà excellent, les dialogues ne sont pas en reste non plus. L’humour y est savamment dosé et jamais gras ou pompeux. Non vraiment, je n’ai pas grand-chose à redire de ce film, si ce n’est peut-être quelques secondes, au cœur de la scène finale, qui m’ont plus perturbé qu’autre chose. En tout cas, je vous conseille vivement d’aller le voir, avant qu’il ne disparaisse des écrans (déjà que j’ai dû le voir dans une salle minuscule), étant donné que ça fera bientôt un mois déjà qu’il est sorti. N’attendez plus, foncez !

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