Révolution, le peuple de France en a gros !

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C’est à reculons que, 3 mois après l’avoir reçue en cadeau de Noël par un vieil ami libraire, j’entame la lecture de cette bande-dessinée que j’imaginais historique et didactique, un peu rébarbative donc. Quelle ne fut pas mon agréable surprise de découvrir que ce n’était point le cas du tout !

Fauve d’or 2020

Non, il ne s’agit pas de la récompense du meilleur braconnier au Botswana, mais du prestigieux prix du festival de la bande dessinée d’Angoulême, décerné cette année à Révolution. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille ! Parmi les préjugés que j’avais, j’imaginais que les 2 auteurs, avec leurs noms bien franchouillards, étaient deux vieux croûtons, responsables d’UFR d’une obscure fac d’histoire moderne. A l’image d’un Luc Ferry qui fait des BD de vulgarisation de la mythologie grecque. Perdu ! Nos deux loustics, Younn Locard et Florent Grouazel, sont des trentenaires bretons qui ne voulaient justement pas laisser ce sujet à de vieux cacochymes d’amphis. Ils se réapproprient avec brio cet épisode ô combien français, loin des ouvrages  froids et factuels portant sur ce moment charnière de notre roman national.

La taille du bouzin aussi me faisait peur : un gros morceau de 327 pages, ça avait l’air peu digeste. Mais une fois que l’on met son nez dedans, il est difficile de ne pas l’engloutir tellement le récit est à la fois captivant et les personnages attachants.

Les oubliés de l’Histoire

A la façon de la série Rome qui relate la période de la fin de la République et l’avènement de l’Empire à travers les yeux de deux simples légionnaires, les auteurs ont fait le choix d’utiliser des quidams pour emmener leurs lecteurs au cœur du réacteur de la Révolution Française, c’est-à-dire dans la rue. Du Faubourg Saint-Antoine, aux jardins du Palais-Royal jusque dans les ruelles crasseuses du Châtelet, les auteurs nous décrivent par la petite lorgnette cette période trouble, afin d’avoir une vision organique et plus intime des multiples évènements dont l’enchevêtrement conduira à la chute de l’Ancien Régime.

Parmi ces personnages aussi fictifs que hauts en couleurs, on compte un fort des halles, un vil éditorialiste monarchiste, une gueuse éborgnée, sa grande sœur dont s’amourache le frère jumeau d’un député des Etats Généraux (qui lui a bel et bien existé, et Breton de surcroît !), et bien sûr de nombreux crève-la-faim, légions à Paris avec la flambée du prix du pain et des denrées alimentaires à cause des disettes. Parmi cette galerie d’illustres inconnus, le lecteur apprécie d’autant plus les caméos de personnages célèbres tels que Marat ou Robespierre.

Mais pas de reposter 🙂

Au détour d’un phylactère et sans lourdeur professorale, on redécouvre des mots peu usités voire oubliés. Ainsi l’on apprend que les dames poissardes étaient celles qui, pour vendre leurs poissons, haranguaient les foules (rien à voir avec le hareng). Le mot désormais désigne quelqu’un qui s’exprime de façon ordurière et on l’imagine, gouailleuse (il est pas frais mon poisson ?!?). Les auteurs nous régalent d’ailleurs avec des insultes issues du franc-parler populaire de l’époque que la bienséance m’interdit de réécrire ici.

A l’image de la démocratie qui s’esquisse au fil des pages, les auteurs ont conçu l’ouvrage à égalité : les deux ont écrit et dessiné, ce qui explique que d’une planche à l’autre les traits des personnages ne soient pas toujours exactement les mêmes.

 

Conclusion

Ce qu’on appelle communément la Révolution Française se révèle être constituée d’une succession de petits évènements dont le tissage donnera son nom à ce moment fondateur de l’Hexagone. Rien n’était pourtant prémédité, et c’est finalement un concours de circonstances et de forces en présence qui fera bourgeonner ce printemps français à l’été 1789.

Le timing de publication tout autant que le sujet de cette bande dessinée m’interpellent. Depuis quelques années, la période que nous traversons n’est sans doute pas comparable à celle de la fin du XVIIIe siècle, néanmoins certaines similitudes demeurent. Après les récentes tensions sociales avec les Gilets Jaunes, les grèves, les réformes impopulaires, la paupérisation de la classe moyenne et les restrictions budgétaires imposées aux services publics, des micro évènements pouvant être considérés comme anecdotiques et négligeables, comme par exemple le maintien des élections municipales dans un contexte de crise sanitaire, pourraient peut être, qui sait, remettre le feu aux poudres…

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