Zero Parades: For Dead Spies, but for english spies surtout

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Malgré tout le drama entourant le studio, ZA/UM revient avec un nouveau Point & Click aux allures de Disco Elysium au pays des espions…

Annoncé il y a tout juste un an par le studio estonien ZA/UM, le développement de Zero Parades n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. En effet, à l’issue du succès critique et commercial de Disco Elysium, les choses se sont compliquées avec le licenciement de Robert Kurvitz et Aleksander Rostov, respectivement directeur et directeur artistique sur le jeu. Un putsch du méchant actionnaire majoritaire capitaliste contre le communisme avéré des deux directeurs est invoqué par les intéressés, quand la maison mère rétorque qu’il s’agit d’une sombre histoire de harcèlement moral et de climat toxique au sein de l’équipe de développement. Difficile de dénouer le vrai du faux, et probablement qu’il y a un peu des deux dans tout ça. Du coup, j’éviterai de me prononcer sur cette fâcheuse histoire et me concentrerait sur le seul jeu, mais nul doute que cela a eu une incidence sur les mauvaises reviews qui ont fleuries sur Steam à son lancement (ça va beaucoup mieux aujourd’hui). Toujours est-il que non, Zero Parades n’est pas la suite, ni le fils spirituel de Disco Elysium. Il reprend à peu près tout de son aîné, de son esthétisme si particulier, aux mécaniques de gameplay oscillant entre Point & Click et jeu de rôle, en passant par sa narration cryptique au possible faite d’introspection alambiquée et de dialogues savoureux. Mais ce n’est pas une suite, ni un fils spirituel on vous dit, car les détectives ont laissé la place aux espions.

Portofiro nid d’espion

Tout commence dans une chambre d’hôtel, même si ça n’en est pas vraiment une…

On y incarne donc Hershel Wilk, une espionne quarantenaire plus connue sous le pseudonyme Cascade, revenant 5 ans plus tard à Portofiro, la ville qui fut le témoin de son plus gros échec : une opération qui a viré au fiasco et lui a valu d’être mise au placard. Et ce retour ne s’annonce guère plus réjouissant puisque sitôt arrivée, elle découvre que son opérateur, son seul contact sur place et détenteur de son ordre de mission, est devenu un légume incapable de bouger ou d’articuler un seul mot. Désobéissant à son supérieur qui lui intime l’ordre de rentrer immédiatement, elle se met en tête de rester sur place et d’enquêter sur ce qui a bien pu arriver à son opérateur. Mais cette ville n’étant définitivement pas comme les autres, elle va vite se rendre compte que dénouer cette pelote de laine ne va pas être une partie de plaisir, et que les fantômes de son passé pourraient bien revenir la hanter. Fait amusant, c’est dans l’intimité et l’exiguïté d’une chambre que Zero Parades débute, tout comme Disco Elysium à l’époque. Mais ce n’est en rien un fils spirituel, on vous dit…

Les différentes quêtes sont superbement illustrées via des sortes de cartes, aussi magnifique que torturées.

On ne va pas se mentir, les débuts sont un poil poussifs. On est un peu perdu à ne pas trop comprendre ce qu’on fait, ni savoir comment faire avancer l’intrigue. Ce sentiment est d’ailleurs amplifié par le fait que le jeu est en anglais, voix et textes (+ d’autres langues, genre allemand ou russe, mais pas français). Habituellement, je n’ai pas trop de mal avec l’anglais. Mais là, du fait que le jeu propose énormément de dialogues et de monologues, et qu’il est très littéraire avec un vocabulaire compliqué et peu commun, j’ai dû me résoudre à utiliser l’appli traduction de mon téléphone plus que de raisons. Une sacré leçon d’humilité.

Bref, il faut s’accrocher pour suivre le scénario durant les premières heures. Et je pense que le jeu aurait gagné à fournir une sorte de codex pour mieux appréhender son univers complexe aux relents de guerre froide et de dictature sud-américaine, mêlant techno-fascistes, communistes et capitalistes dans un joyeux bordel. Puis à partir d’un certain point clé, charnière, on se retrouve embarqué à une vitesse folle dans une histoire à tiroirs absolument passionnante, partant dans tous les sens, avec toujours des dizaines de tâches à accomplir là où quelques heures auparavant on se demandait encore ce qu’on pouvait faire.

Mental list

Le système de pensées se débloque au fur et à mesure, en fonction de vos actions, et offrent de sacrés boost de compétences.

Les joueurs habitués au jeu dont il n’est pas le fils spirituel vont d’ailleurs très vite retrouver leurs marques. On débute en choisissant un archétype (plus axé sur le physique, sur la réflexion, etc.) puis ensuite on se confronte à toutes sortes de dialogues et monologues pour lesquels des jets de dés, actifs ou passifs, permettent de déterminer la direction que prend l’aventure de votre personnage ou les informations qui lui sont délivrées. Cette mécanique est éprouvée et fonctionne particulièrement bien. A cela s’ajoute (un peu plus tard dans l’aventure) un système de conditionnement : sorte de pensées qui habitent le personnage et qu’on débloque au fur et à mesure de notre progression, en fonction des rencontres, des dialogues et des choix qui seront fait tout au long de l’histoire. Ce système vient renforcer certaines compétences de Cascade et donne des bonus bienvenus, tout en étant à double tranchant en proposant des malus conditionnels.

La drogue est votre amie, consommez-en !

Enfin, désormais votre personnage sera affublée de trois jauges mentales : Fatigue, Anxiété, Délirium. Ces jauges grimpent ou diminuent en fonction de nos choix et de certaines situations. Dès lors que la jauge arrive à son terme, le jeu nous demande de sacrifier un point de l’une de nos compétences. On peut d’ailleurs volontairement augmenter l’un de ces trois états pour améliorer nos chances aux dés (un troisième dé proposé pour un lancer 2D6, où seules les deux plus hautes faces sont prises en compte). Dans les faits, il est relativement simple de maintenir un niveau raisonnable de ces états mentaux, en dormant pour commencer (mais seulement disponible toutes les 12h ingame) ou en absorbant toutes sortes de « drogues » : Bière, Schnaps, Cigarettes et même Herbe ou Cocaïne. Bref, ces jauges sont donc plus dissuasives que réellement handicapantes, puisque si on réfléchira à deux fois avant de forcer la chance pour éviter de se retrouver en overdose morale, en jouant intelligemment on aura assez peu besoin de diminuer un niveau de compétence.

I’m a Barbie Girl

Ma devise est immuable : Le style avant le skill !

Pour mettre toutes les chances de son côté lors d’un choix cornélien, il existe aussi la possibilité de se changer… littéralement. En effet, au fur et à mesure de l’aventure, Cascade va se doter d’une garde robe à faire pâlir toutes les influenceuses mode, que ce soit en les trouvant dans le décor ou en les achetant à divers revendeurs. Tête, visage, mains, haut du corps, bas du corps, chaussures, autant de vêtements qui auront un impact sur les compétences de votre personnage, en positif comme en négatif d’ailleurs. L’idée est très cool en soit, surtout pour quelqu’un comme moi qui adore jouer à la Barbie avec ses avatars. Mais il faut bien reconnaître qu’à un moment, le principe commence à être redondant et poussif ; surtout avec un inventaire ultra chargé sans possibilité de filtres. Alors certes, on peut très bien s’en passer et se fringuer juste de la manière la plus cool qui soit. Mais c’est tirer un trait sur des chances, parfois très élevées, de réussir un jet de dé particulièrement important. Je pense qu’un système de set à pré-enregistrer pour passer d’un style à l’autre à la volée en fonction des situations, aurait grandement amélioré l’expérience du joueur.

Votre personnage est défini par 15 traits distincts avec lesquels il faut constamment jongler.

C’est d’autant plus important que tout le gameplay du jeu réside dans ces jets de dés, ou presque. En effet, il n’y aura pas ou peu ici de situations typiques des Point & Click avec des associations d’objets. Il existe bien des objets à collecter et à utiliser de temps à autre, mais la plupart des « énigmes » se résoudront par le dialogue, les choix que l’on fera et les résultats qu’on obtiendra avec ces jets de dés plus ou moins visibles. Fort heureusement, un résultat malheureux de ne sera jamais synonyme de Game Over, cela vous emmènera juste sur un autre embranchement ou vous fera, au pire, échouer une quête annexe qui aurait pu vous faciliter la tâche ailleurs, vous apporter des précisions sur le lore et sur l’histoire, voire même débloquer une quête supplémentaire à réaliser. Du coup, pas le choix : On se sape et se désape plus souvent que Arturo Brachetti…

Cascade is in the kitchen

Dormir permet d’abaisser vos jauges mentales, mais vous ne pouvez malheureusement pas dormir quand vous voulez.

En définitive, peu importe les polémiques autour du jeu et du studio, l’important c’est la qualité intrinsèque de Zero Parades et, pour le coup, c’est selon moi une franche réussite. Toutefois, je ne saurai que vous déconseiller d’y jouer. C’est un peu paradoxal, mais personnellement je pense que je me suis gâché le jeu de ne pas avoir attendu la version française. Je n’ai pas trop de difficultés avec l’anglais, surtout à l’écrit, mais on n’est pas ici sur du dialogue habituel de jeux vidéo, mais davantage dans de la bonne grosse littérature avec une histoire alambiquée, compliquée à suivre même en français. Donc à moins d’être totalement bilingue, il est vraiment préférable d’attendre la traduction franchouillarde.

Le jeu propose deux ou trois scènes « d’action » dans lesquelles il faudra prendre des décisions rapides aux conséquences significatives.

L’autre défaut que je trouve au jeu, c’est son scénario… ou plutôt la façon dont le scénario évolue. En effet, l’histoire est plutôt intéressante, même si le lore mériterait d’être plus documenté, mais elle part un peu trop dans le grand n’importe quoi à mon goût. Pour une fois qu’on nous propose un jeu d’espionnage, j’aurai préféré que l’histoire reste plus terre à terre. C’est un point de vue purement personnel, car en réalité l’histoire est bien ficelée, bien écrite, mais pas comme je l’aurai espéré. Bref Zero Parades est un excellent jeu, et si vous aimez les jeux d’aventures, si vous avez aimé Disco Elysium, il n’y a pas de raison que vous ne succombiez pas au charme de Zero Parades… il faut juste se montrer un peu patient en attendant la trad Fr.

 

Jeu secrètement achetée sous un pseudonyme, via un montage financier ayant transité par les îles Caïman, transaction pour laquelle je nierai toute implication si elle venait à être dévoilée.

 

 

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