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Franchement Tetris ça ne casse pas des briques comme jeu

 

Gray Matter, le Point & Click bipolaire

Déroulez le tapis rouge, faites sonner trompettes et clairons, Jane Jensen est de retour ! Après onze ans de silence, la géniale scénariste de la trilogie Gabriel Knight nous signe une nouvelle aventure exceptionnelle, emprunte d’ésotérisme, de romantisme et de magie.

Le journal de Sam

JPEGJe m’appelle Samantha Everett, je suis américaine, étudiante en lettres. Je vis ma vie à cent à l’heure, sans me soucier des autres.
Je sais bien que mon look de gothique ne plait pas à la jeune bourgeoisie anglaise, mais je m’en moque complètement. Et puis dans mon boulot, c’est plutôt utile.
Je suis magicienne, ou du moins apprentie magicienne. Je ne peux pas encore me comparer au grand Houdini, mais je connais quelques trucs qui me sont bien utiles dans la vie de tous les jours ; si tant est que j’exécute correctement mes tours.
Enfin, je dis mon boulot, mais ce n’est pas tout à fait exact. Mon boulot actuel, c’est d’être l’assistante de ce rustre mais néanmoins mystérieux David Styles, un ancien professeur réputé d’Oxford, spécialisé en neurobiologie.
Le terme « d’ancien professeur » m’a d’abord fait penser à ces savants fous qu’on peut voir dans Frankenstein ou Docteur Folamour, mais finalement il est étonnamment jeune. Si ce n’était ce masque de cire recouvrant la moitié brûlée de son visage, je pourrais même dire qu’il est séduisant.

JPEGCe job, je l’ai un peu trouvé par hasard. ; tout comme cette ville d’ailleurs.
Ma destination première, c’était Londres. Et par je ne sais quel coup du sort, je me suis retrouvé sur la route d’Oxford, ma moto tombant en rade à quelques mètres du manoir de Styles.
Là j’y ai vu sa nouvelle assistante débarquer chez lui, avant de s’enfuir à toutes jambes, aussi soudainement que si elle avait aperçue un fantôme.
Je ne suis pas fière de ce que j’ai fait, mais j’ai saisi cette opportunité pour me faire passer pour elle et lui ravir sa place.
Que pouvais-je faire d’autres ? Je n’allais pas rester dehors sous cette pluie battante, à pousser ma moto jusqu’à Oxford ! Je voulais juste profiter d’une bonne nuit de sommeil, au sec, avant de poursuivre ma route.
Puis tout est allé très vite et je me suis retrouvé embarquée dans cette histoire, ces expériences dans la cave du manoir, ces phénomènes étranges se produisant sur le campus, et ce sans même m’en rendre compte.
J’ai comme été happée par cette ville et l’ambiance si envoutante qui y règne.

Le journal de David

JPEGLaura, pourquoi m’as-tu abandonné de la sorte ?
J’avais tout : La réussite, la gloire, la jeunesse, le charme, le respect de mes pairs et je t’avais toi, Laura.
Nous étions le couple que tout le monde remarque, que tout le monde jalouse. Forcément, ça ne pouvait pas durer…
Depuis l’accident, je te sais auprès de moi. Je sens ta présence, je sais que tu es toujours ici.
Après tout, je suis le docteur David Styles, neurobiologiste de génie… si quelqu’un peut te ramener parmi nous, c’est bien moi.
L’esprit est grand, l’esprit peut tout. Il suffit de le comprendre, de le déchiffrer, pour apprendre à l’utiliser.
J’ai commencé ces expériences avec quelques jeunes universitaires en mal d’argent de poche. J’essaie de stimuler leur esprit pour leur faire accomplir toutes sortes de choses, sans jamais quitter les bancs d’IRM sur lesquels ils s’endorment.

JPEGJe sens que je touche au but, Laura.
Les expériences se passent bien, même si de curieux événements se produisent peu de temps après à chaque fois. Mais je subodore que l’un des étudiants cherche à se faire remarquer en faisant des blagues de mauvais goût.
Ils sont puérils et bas du front, mais ils remplissent leur rôle de rat de laboratoire à merveille. Et je dois avouer que ma nouvelle assistante m’est d’une aide précieuse pour ça ; un brin excentrique, insolente et sûre d’elle-même, mais efficace.
Ça me tue de le dire d’ailleurs. J’espère qu’elle ne tombera jamais sur ces notes, avec sa manie de fouiller le manoir comme si elle était dans un jeu d’aventures. Je ferais bien de les cacher.
Elle te ressemble parfois, Laura ; dans sa détermination tout au moins.

Le journal d’un joueur (Part I)

JPEGA l’instar de la dualité qui règne entre les deux personnages principaux de cette aventure, Gray Matter oscille constamment entre le tout et le rien, l’excellent et le médiocre.
Fidèle à elle-même, Jane Jensen nous a signé une histoire formidable. Décidemment, cette femme a le chic pour nous absorber dans ses récits, avec son souci du détail, l’authenticité de ses personnages et de ses lieux et cette touche de romantisme baigné dans une atmosphère sibylline inimitable.
De plus, cette histoire est portée par des environnements d’une beauté sans égale et quelques originalités, comme l’utilisation de tours de prestidigitation pour résoudre certaines énigmes.
Tantôt ce sera un tour pour voler quelque chose à un personnage, tantôt ce sera pour en duper un autre, totalement crédule. Régulièrement, Samantha se jouera de ses congénères avec une mesquinerie qui lui va comme un gant et ajoute à son charme indéniable.

JPEGSoudainement, le galérien qui s’est fait chier pendant vingt ans à distraire l’attention d’un clampin pour lui piquer un objet essentiel à la suite de l’aventure, dans plusieurs centaines de Point & Click différents, voit en un simple tour de passe-passe magistralement exécuté, une sorte de messie… la lumière au bout du tunnel.
Tout n’est pas simple pour autant, et l’utilisation de la prestidigitation demande souvent quelques préparatifs en amont. Toujours est-il que s’il arrive qu’on bloque de temps en temps, les énigmes s’enchainent tout de même avec une certaine aisance. Rien de trop tordu ou de trop complexe comme on a pu en voir par le passé dans d’autres productions, Gabriel Knight en tête.
Malheureusement, n’est pas LucasArts ou Pendulo qui veut. Et lorsqu’on prend plaisir à évoluer dans un Runaway parfaitement orchestré et merveilleusement réalisé, Gray Matter au contraire, c’est la douche froide ; un retour de quinze ans en arrière.

Le journal d’un joueur (Part II)

JPEGL’incrustation des personnages et objets en trois dimensions, dans des environnements flirtant parfois avec des toiles de maitres, se fait dans la douleur. Un peu comme si un gosse avait dessiné aux feutres sur La Joconde ou si on rajoutait des prothèses à la Vénus de Milo.
Et je ne parle pas des animations qui vous feront faire des cauchemars tant je faisais mieux avec mon Thomson TO9 et mon shoot’em up réalisé en Basic dans les années 80. Il faut voir Sam attraper son lapin par les oreilles, où la regarder choper une boite à pharmacie de la taille d’un radio réveil, pour l’enfiler dans la poche arrière de son jean moulant.
Le ridicule n’est jamais bien loin dans Gray Matter, ce qui tranche complètement avec l’atmosphère du jeu et sa qualité d’écriture qui vous scotche parfois à votre canapé, comme devant un bon film.
Enfin, sachez qu’après une heure passée en compagnie du jeu sur 360, j’ai finalement abandonné l’idée d’y jouer sur console pour me le procurer sur PC. La faute à une interface absolument abominabe.

JPEGEn effet, sur consoles (enfin sur 360 vu qu’il lui est exclusif) les développeurs n’ont pas jugé bon d’utiliser un système classique d’émulation de la souris via le stick du pad. Ils auraient même pu ajouter un accéléromètre et un système de balayage des objets s’ils étaient consciencieux. Ce ne sera jamais aussi pratique que sur PC, mais au moins on n’aurait pas assisté au pire gameplay que la console de Microsoft ait connu.
Car à la place d’un système certes simpliste, mais néanmoins efficace, ils nous ont pondu une sorte de roue accessible via une gâchette haute, sur lesquels on peut discerner les objets interactifs de la pièce. En gros, on voit tout les objets sans avoir à les chercher, mais en plus, on ne sait jamais où on en est dans notre exploration puisque ces derniers changent constamment de place dans la roue, de manière aléatoire et illogique.
J’ai failli tout abandonner et tirer un trait définitif sur cette aventure que j’attendais pourtant tant, mais grand bien m’en a pris de me relancer sur PC ; j’ai pu y découvrir un jeu qui, malgré des défauts surfant parfois avec le rédhibitoire, m’a passionné par son histoire, portée par le talent de sa scénariste et la justesse des doubleurs anglophones.

Jane Jensen n’a rien perdu de son talent. Grâce à elle, Gray Matter peut se targuer d’une qualité d’écriture comme on n’en voit que trop peu dans le jeu vidéo. Ça m’enrage d’autant plus qu’il aurait pu être le chef d’œuvre qu’on était en droit d’attendre, s’il ne faisait pas montre d’une réalisation aussi archaïque.

Par Fylodindon, le 21 février 2011

 

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