La nalyse n’est pas systématiquement raccord avec l’actu, elle n’est pas objective, ce n’est pas une fiche technique, elle ne fait pas de détails ou en donne tout plein selon l’humeur, elle n’est pas faites pour influencer tes achats de consommateur fou parce qu’elle n’en tirerait aucun intérêt, elle est juste écrite pour te faire partager mes goûts à moi, ton K.mi qui t’aime (un peu comme un gosse qui fait popo et qui est fier et émerveillé de le montrer à tout le monde.)
Pour le grand public, partout dans le monde, Hergé c’est Tintin et rien d’autre (c’est déjà pas mal vous me direz). Pourtant son œuvre ne se limite pas au fameux reporter et son clébard, loin de là, une des autres bande dessinées du légendaire auteur se nomme Quick et Flupke. Une série intéressante parce qu’en plus d’être amusante elle est aux antipodes de Tintin.
Si le style de trait de Quick et Flupke est forcément en ligne claire, Hergé oblige, l’univers est totalement différent. Si Tintin est un garçon sage qui dans chaque récit rétablit la paix, Quick et Flupke foutent le bordel, même - et souvent - malgré eux. Si Tintin voyage autour du globe, Quick et Flupke traînent toujours dans les mêmes rues de Bruxelles. Leur souffre douleur/némésis est l’agent de police numéro 15, il est au passage doté d’un visage qui n’est pas sans rappeler ceux de Dupond et Dupont. Il faut dire qu’Hergé a dessiné ces deux séries en même temps avant de finir par arrêter Quick et Flupke par faute de temps. De 1930 à 1935 leurs aventures paraissaient quasi hebdomadairement dans Le petit vingtième sous forme de gag en deux planches, voire une, puis beaucoup moins régulièrement jusqu’à 1940, dernière année de parution de la BD.
Sans être non plus incroyablement irrespectueux on sent que l’auteur se défoulait avec Quick et Flupke. Alors bien sûr les dialogues paraissent aujourd’hui, en 2012, bien fades, même pour un lectorat très jeune - à côté de Titeuf ce sont presque deux anges -, mais tout de même, tout l’espèce de conformisme de Tintin est pris à revers aussi bien dans le fond que dans la forme. Par exemple les deux gamins parlent parfois de leur créateur en le tournant en dérision. Parfois les cases n’ont même pas de séparations tracées entre elles, les mises en pages des planches ne se ressemblent pas toutes, on voit même les héros se cogner contre le bord d’une case ou gommer des trucs qui ne leurs plaisent pas. Hergé en profite même pour faire de l’exercice de style en dessinant quelques planches sensées avoir été réalisées par Flupke lui-même. Si aujourd’hui c’est du déjà vu (et revu), tout ça était foutrement précurseur il y a 80 ans ! Ce qu’Hergé a commencé avec Quick et Flupke entre 1930 et 1940, une tripotée de dessinateurs l’ont poursuivit et fortement développés à partir des années 60/70, profitant de l’effervescence de l’époque pour coller de grands coups de lattes dans la bande dessinée jusque là tellement conventionnelle. Quick et Flupke était juste la petite exception qui confirmait la règle.
Ceci dit tout en ayant conscience de l’aspect précurseur de la chose, un relatif anticonformisme des années 30 n’équivaudra jamais à une révolte dessinée des années 70 hein… Voyez plutôt cette série comme un grand classique, collector, vous les fans de BD. On appréciera aussi ne pas constater dans les histoires une retranscription des mœurs adultes de l’époque qui aujourd’hui paraîtraient évidemment choquantes, les dites mœurs ayant bien heureusement évoluées – et il serait temps, en 80 ans. Ce que je veux dire c’est qu’en gros et à contrario de certaines aventures de Tintin, comme Tintin au Congo par exemple, Quick et Flupke peut tout à fait être lu par un enfant sans qu’il ne lui nécessite de prendre du recul sur le contexte de l’époque où ça a été dessiné, foncièrement dégueulasse d’ignorance, de misogynie et de racisme. Et ce pour la simple et bonne raison que les histoires sont racontées depuis le point de vue de deux enfants avec leurs simples préoccupations d’enfants. Mais de toutes façons c’est un peu parler dans le vent (je vous emmerde) puisque Quick et Flupke est définitivement trop ringard pour la jeunesse moderne. En gros c’est destiné aux enfants d’hier et aux adultes d’aujourd’hui. C’est beau c’que j’dis.
Par , le 24 mai 2012