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On est des passionnés, on fait ça par amour du jeu mais si vous avez de l’argent on est preneur aussi

 

Mafia II, à passer sous omerta

J’ai toujours aimé l’ambiance gangsters, dans les films, dans les jeux, c’est un univers qui m’a toujours fasciné et amusé, avec ses codes, ses propres lois… Du coup je ne pouvais pas passer à côté de Mafia II.

Petite frappe

Les Affranchis est un de mes films préférés. Si je vous balance ça comme ça ce n’est pas anodin, Mafia II en reprend un nombre assez important de scènes et s’en inspire plus que grandement. New York (pastiché dans le jeu) époque 40’s et 50’s, narration en voix off par le héros, la scène du cadavre dans le coffre de la bagnole, la vente illicite de clopes, le passage en taule, la correction du type qui a frappé un personnage féminin de la connaissance du héros, l’utilisation plus qu’abondante de « fuck » en V.O. (absente du jeu PAL d’ailleurs) et j’en passe. Seulement si le scénario du film de Scorsese est magistral et raconte l’ascension (et la dégringolade) d’un personnage dans la Mafia depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, le jeu, lui, raconte un simple morceau de vie de Vito Scaletta sur une dizaine d’années, sur un fond mafieux. Des années rythmées par des événements qui ne prennent pas, qui sont mal fichus au point de ne pas nous attacher une seule seconde au personnage et à son entourage. Sa mère meurt ? Je l’ai vu 3 secondes en tout qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Sa sœur s’est faites tabasser ? Je l’ai vu 10 secondes, qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Même la disparition de personnages que l’on a côtoyé pendant des heures n’arrive pas à nous arracher quelconque émotion... C’est assez paradoxal pour un jeu sensé faire de la narration son fer-de-lance, les trailers diffusés pour la promo du jeu mettaient bien l’accent là-dessus.
Quitte à s’inspirer, voir recopier, un aussi bon film, pourquoi ne pas en avoir pris ses bons côtés narratifs au lieu de juste piocher dedans pour pomper des scènes ? C’est vraiment le plus grand problème du titre, sa narration est insignifiante, complètement ratée. Du début à la fin même lorsque le scénario tente de nous embarquer dans des rebondissements tragiques, on n’est pas une seule seconde immergé dedans… La faute à des missions trop banales, trop classiques, rarement intéressantes (hormis le passage en prison, bien amené) où ce qui aurait pu nous immerger pleinement est au final inexistant, abrégé ou raconté péniblement et bien trop abondamment en cinématiques (il y a deux moments où l’on sent que Vito prend de l’ampleur grâce à ses actes, ces deux moments actes compris sont intégralement en cinématiques…).

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Vito la moule

Des cinématiques à la syncro labiale mal foutue pour la (bonne) VF et, donc, bien trop nombreuses. Il y a 14 chapitres en tout, pour… 14 missions (dont certaines à rallonge mais bon), c’est vraiment extrêmement peu pour pouvoir raconter l’ascension en jeu vidéo d’un personnage dans la Mafia, pour pouvoir raconter une histoire se déroulant sur de nombreuses années. Une Mafia dans les grandes lignes d’ailleurs parce que pour un jeu qui porte ce nom c’est assez désespérant de voir à quel point tout ce qu’on peut en attendre est inexistant, impalpable, non jouable, non retranscrit. Pas de sensation de montée en puissance, de pouvoir, d’être au-dessus des lois, de brûler la vie par les deux bouts, de palper, d’être craint, de monter des gros coups… Vous conduisez et vous tirez, c’est à peu près tout ce que vous êtes amené à faire en jouant, sans avoir une seule fois l’impression d’avoir pris du galon alors que c’est sensé être le cas. Le scénario n’a aucune répercussion sur nos agissements, on a toujours l’impression d’être un larbin de base, le bras armé insignifiant qui va au charbon. Tout est beaucoup trop passif, mal fagoté, mal agencé, trop écourté, trop condensé, mal raconté tout simplement. Même dans une cinématique qui se veut un peu provoc’ où un personnage se fait tailler une pipe dans un bar à putes, c’est du déjà vu assez soporifique (même Saints Row, pourtant pas génial narrativement non plus, l’avait déjà fait), rien ne se dégage. C’est un jeu vidéo pas un film, peut-être que les développeurs l’ont oublié dans le script et le game design. Et si c’était un film il serait médiocre (on reproche à Heavy Rain de ne pas être un jeu mais un QTE géant, en attendant j’ai vécu des émotions avec contrairement à ici). Pourtant l’ambiance est là, du moins l’ambiance qui découle des années 40 et 50, elle est parfaitement rendue de par l’architecture de la ville, son design, ses véhicules d’époques, et sa (fantastique) musique. J’ai pris plaisir à évoluer durant ces périodes ce qui est déjà ça, et ce même si il n’y a strictement rien à y faire à part les missions (et acheter deux trois bricoles). Oui voilà, c’est-à-dire que c’est un jeu très mal scénarisé alors que c’est ce qui est mis en avant, et ludiquement c’est un sandbox où on n’a rien à faire à part conduire… En soi ça ne m’aurait pas gêné si les missions étaient palpitantes, mais vous avez bien compris que la vie d’une coquille de noix l’est déjà deux fois plus…

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Bonus

Analysons un point en particulier concernant l’immersion du jeu, histoire de vous faire bien comprendre en quoi elle est foirée. Pour se faire je vais parler de Shenmue 2, mais ne me reprochez pas d’encore vous casser les couilles avec ce chef-d’œuvre, c’est justement lié. En effet, dans le titre de SEGA on est amené durant quelques minutes à travailler sur le port en portant des caisses (je vois déjà Tsokoa et Fylodindon monter au créneau), c’est un labeur volontairement pénible pour le joueur ET pour le personnage (quoique, moi ça m’a amusé). On doit gagner notre croute, la mériter, et donc travailler, il y a une récompense au bout qui va faire avancer le scénario. Au final la scène, malgré tous les trolls qu’elle peut recevoir sur internet, réussie un peu plus à nous immerger dans la peau du personnage de Ryo. On en a chié comme lui et on veut être récompensé pour ça, que ça n’ai pas servi à rien, on a travaillé dur. On a un passé avec le personnage, quelque chose qu’on lui a fait vivre et qui nous a marqué. Dans Mafia 2 arrive un moment où, je vous le donne en mille, ou plutôt en huit : on doit porter des caisses sur le port. On est là à se baisser pour attraper une caisse et se déplacer jusqu’à la remorque du camion qui va la transporter. Sauf qu’en fait au bout d’une caisse on a pour objectif de monter voir le patron pour lui dire qu’on n’est pas un larbin, que c’est pas pour nous, et il va de ce fait nous filer un taff moins légal dans la foulée… C’est assez rigolo me direz-vous, mais le problème d’immersion de Mafia II vient en partie de là. A chaque fois qu’on peut se prendre au jeu, compatir envers son personnage, être agacé de part ce qu’il a à faire, être amusé, être révulsé, en gros être immergé : les développeurs coupent court. Vous vendez des clopes avec votre pote en lui jetant les cartouches qu’il demande ? Hop c’est automatiquement abrégé jusqu’au rebondissement. Vous avez à rosser un tas de mecs pour faire vos preuves, grimper les échelons ? Ça se fait en cinématique. Vous avez à vendre de la dope contre l’avis de la cosa nostra tout en évitant les flics et les embrouilles ? Ça se fait en cinématique… Génial… Ils auraient vraiment du en faire un mauvais film en images de synthèse de ce jeu...

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Mafia II malgré plein de bonne volonté est une déception. GTA-Like insignifiant, narration complètement ratée, peu attachant… Reste un gameplay agréable et une ambiance 40&50’s "chouettement" retranscrite...

Le jeu est rentré dans le Guiness Book des records pour la plus grande utilisation du mot "fuck". En V.O. évidemment.

Il existe quelques petits clins d’oeil au premier Mafia, notamment les mentions de Tommy Angelo et Ennio Salieri durant les écrans de chargement.

Par K.mizol, le 27 septembre 2010

 

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