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Toutes les positions sont bonnes pour jouer

 

Assassin’s Creed Origins, Un début à tout

Après avoir essuyé les critiques et lassé même ses fans les plus endurcis, la série Assassin's Creed a pris le temps de se réinventer en s'appropriant les idées de ses petits copains.

J’oublie tout

Autant vous prévenir de suite, je ne suis pas le plus grand fan de la série Assassin’s Creed. Je suis peut-être même l’un de ses plus grands détracteurs. Je n’aime pas son côté infiltration du pauvre, je n’aime pas ses combats QTE où il suffit de contrer un par un des ennemis neuneu qui attendent patiemment de mourir, je n’aime pas son schéma redondant “je monte sur une tour et je débloque plein de missions chiantes comme la mort” et, pire que tout, je ne supporte pas son scénario ridicule à base d’Animus et d’affrontement entre deux factions séculaires pour s’arroger une pauvre boule de cristal (si encore on pouvait faire apparaître un dragon sacré une fois les sept boules réunies, mais même pas). Proposer aux joueurs des époques et des environnements aussi originaux, et annihiler tout sentiment d’immersion avec des effets de pseudo réalité virtuelle, c’est sans doute la pire décision d’un studio de jeu vidéo de toute l’histoire de ce média. Bref, tout ça pour dire que je n’étais pas la personne la plus désignée pour vous proposer une critique d’Origins.

Seulement, le paradoxe avec Assassin’s Creed, c’est que malgré mon aversion pour cette saga, j’ai toujours voulu y croire. D’épisode en épisode (enfin, je me suis arrêté à Black Flag, je ne suis pas totalement masochiste quand même), je pensais bêtement que Ubisoft allait révolutionner une série pourtant adulée par une armée de fanboy. Comme s’ils se risqueraient à tuer la poule aux œufs d’or en lui offrant un scénario et un gameplay. A chaque nouvel épisode, je me prenais les conséquences de ma naïveté en pleine face. Pourtant, cette fois encore, je me suis laissé convaincre par le discours emprunt de bonnes intentions et de velléités de renouveau, martelé par les développeurs tout au long de la campagne promotionnelle. J’étais alors persuadé que je m’acharnais une énième fois pour rien et que je serais encore déçu. Et pourtant, je dois admettre qu’après neuf épisodes et bon nombre de spin-off, mes attentes sont enfin récompensées. En tout cas, même si tout n’est bien sûr pas parfait encore, la série semble enfin prendre la bonne voie.

Mort sur le Nil

Question histoire, Origins revient comme son nom l’indique, aux origines des assassins ; lorsque la confrérie n’existait pas encore. On y incarne Bayek, un medjaÿ égyptien (un protecteur du peuple), dans sa sanglante quête de vengeance contre les assassins de son fils unique. En parallèle, vu que cette connerie d’Animus peut difficilement être complètement ignorée (ou alors ça ne s’appelle plus Assassin’s Creed), on incarne une jeune femme qui a développé son animus perso, au nez et à la barbe d’Abstergo. La bonne nouvelle, c’est que l’influence de l’Animus sur l’aventure principale est réduite à peau de chagrin, toutes comme les séquences dans le présent, peu nombreuses (et tout aussi peu passionnantes) et plutôt courtes. L’essentiel de son temps, on le passera donc dans la peau de Bayek, à parcourir la trentaine de régions qui composent l’Egypte antique ; des régions d’ailleurs divisées et classées par niveaux de difficulté relatifs au niveau du héros.

Car c’est l’une des grandes nouveautés de cet épisode : En lorgnant du côté du RPG, Origins offre à son personnage principal, un système d’XP et de level (jusqu’à 40). Certains réfractaires hurleront au scandale de ne pas pouvoir s’aventurer sur l’ensemble de la map, sans se faire exterminer dans les règles de l’art par des ennemis bien plus haut level qu’eux. Les autres apprécieront les mécaniques de loot qui confèrent à la série un regain d’intérêt dans la progression et la montée en puissance de son personnage. On regrettera toutefois que la partie relative à l’esthétisme soit relayée à quelques minimes occurrences, Ubisoft préférant largement que les joueurs repassent à la caisse pour habiller leur assassin pour l’hiver. Au moins, et contrairement à Electronic Arts et son système de Pay 2 Win sur Battlefront 2, il ne s’agit (presque) que d’esthétisme.

Le gameplay pioche donc allègrement du côté du RPG, avec des points de vie, d’armures, de DPS, fluctuant au rythme des niveaux passés et de l’arsenal utilisé. Vos armes se dotent même de capacités spéciales, comme le regain de vie, le poison ou même le feu, particulièrement efficaces pour mettre à mal un adversaire avec un unique coup. A disposition du héros, des épées, des lances, des haches, des sceptres, des arcs (quatre distincts, aux propriétés diverses et variées), et bien entendu, la fameuse lame rétractable caractéristique de la saga. Les combats par contre, sont bien plus proches d’un jeu d’action, dans leur fluidité et leur technicité. Plus riche et plus complexe que par le passé, le système de combat a gagné en intérêt, avec une palette de mouvements plus large et un comportement des adversaires moins stéréotypé et surtout, plus agressif. Un gameplay d’autant plus enrichi d’ailleurs, par un arbre de compétences particulièrement fourni, offrant de nouveaux mouvements au corps à corps, à distance, de nouvelles armes annexes (bombes incendiaires, fléchettes soporifiques) et même la possibilité d’apprivoiser les animaux sauvages.

Walk like an egyptian

Car cet Assassin’s Creed pioche aussi très largement du côté de Far Cry (qui lui-même piochait chez Assassin’s Creed... la boucle est bouclée), d’abord via le craft d’équipement issu de la chasse, ensuite et surtout, par l’utilisation de Senu, l’aigle de Bayek qui fera office de jumelles/drone pour locker les ennemis à proximité. Le copié/collé est plutôt flagrant et à la limite du foutage de gueule (mais après tout, on parle d’un éditeur qui nous a vendu 3 épisodes de Far Cry absolument identiques), mais il faut tout de même avouer que l’utilisation de l’aigle a beau être moins crédible, elle reste plus agréable et moins téléguidée que celle du drone de Ghost Recon Advanced Warfighter. Bref, Origins est peut-être un melting pot de tous les titres qu’Ubisoft nous a pondu ces dernières années, mais il a le bon goût d’être un melting pot de leurs meilleures idées. Du coup, ça fonctionne plutôt bien et on prend plaisir à incarner Bayek dans cette Egypte antique aux paysages plus fantastiques les uns que les autres.

Et s’il y a bien un élément qui mettra tout le monde d’accord, c’est l’esthétisme fabuleux du jeu. Graphiquement et techniquement, c’est déjà plutôt pas mal ; d’autant plus pour un environnement aussi gigantesque. Mais au-delà de l’aspect technique, il faut souligner la magie qui se dégage de cet univers prompt à faire de vos photos, un mode inclus dans l’interface du jeu, de véritable cartes postales au moindre déclic de l’obturateur. Bien sûr, quand on pense à l’Egypte, on a en tête ces images de pyramides dressées en plein désert, mais limiter ce pays aux seuls déserts de sable fin serait une insulte aux régions luxuriantes qui bordent le Nil. Car finalement, entre les déserts, les villes et villages, les zones montagneuse ou les régions verdoyantes ou marécageuses, on se retrouve à arpenter une map bien plus variée qu’on aurait pu le penser de prime abord, peuplée d’un très grand nombre d’autochtones vaquant à leurs occupations, ainsi que d’une faune dense et relativement variée.

Cependant, toutes ces qualités ne sont pas encore suffisantes pour faire d’Assassin’s Creed Origins un chef d’oeuvre du jeu vidéo. D’abord, parce que s’il reprend bon nombre de bonnes idées à la saga Far Cry, il lui en a aussi piqué quelques mauvaises, à commencer par la prolifération outrancière de camps à prendre d’assaut pour gonfler artificiellement la durée de vie. Et comme le jeu nous pousse très largement à farmer pour monter en niveau, on se retrouve presque obligé à prendre d’assaut ces places fortes ennemies, et la lassitude n’est jamais bien loin.

C’est d’autant plus vrai que l’histoire n’est pas très engageante non plus. Même si Ubisoft a jugé bon d’implémenter quelques personnages et éléments de l’Histoire avec un grand H, à son histoire avec un petit h, ce scénario basé sur la vengeance d’un père qui assassine uns à uns tous les responsables de la mort de son fils, peine à nous tenir en haleine. C’est d’ailleurs pas tant le scénario que les personnages qui nous font lâcher prise car, à l’exception peut-être d’Aya (la femme de Bayek) et Cléopâtre, les très (trop ?) nombreux personnages qui ponctuent cette grande aventure n’ont que peu d’intérêt.

Bref, il y a clairement du mieux dans la saga Assassin’s Creed. D’abord parce qu’elle s’offre enfin un gameplay digne de ce nom, ensuite car l’Animus semble vouloir se faire de plus en plus discret, afin de ne pas nuire à l’immersion du joueur dans les univers, toujours fantastiques, que cette série nous offre. Si elles ne raviront sans doute pas tout le monde, les fonctionnalités RPG (le level, le loot, l’arbre de compétences) offre également à Origins une dimension que n’avaient pas les autres épisodes. Malheureusement, il y a encore beaucoup d’efforts à fournir dans l’écriture, pour passionner les joueurs des dizaines d’heures durant, et si un jeu d’infiltration pouvait un jour nous offrir des ennemis avec une I.A. correcte, ça serait top ! Toujours est-il que cette remise en question mérite des encouragements. Et aux vues de la production Action/Aventures actuelle, il serait dommage de passer à côté de ce qui est sans doute, l’un des meilleurs représentants du genre cette année.

Par Fylodindon, le 14 décembre 2017

 

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